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Les écoles de codeurs ont la cote à Bordeaux
Economie  Société 

Les écoles de codeurs ont la cote à Bordeaux

par Amélie Petitdemange.
Publié le 9 juin 2016.
Imprimé le 18 janvier 2021 à 09:06
13 648 visites. 5 commentaires.

Ambiance salon de thé à la Wild Code School (DR).

Ambiance décontractée à la Wild Code School (DR/Wild Code School).

Deux nouvelles écoles exclusivement consacrées au code et aux logiciels libres ouvrent un campus à Bordeaux l’année prochaine. Objectif : répondre à une pénurie d’experts en numérique dans toute la France.

Bordeaux ne sera vraiment pas la dernière pour décoder. L’Open Source School ouvre ses portes la rentrée prochaine sur le nouveau campus des Bassins à Flot, en même temps que la Wild Code School dans le quartier Saint Michel. L’école du web Webforce3 voyait elle le jour au sein de la Philomatique fin 2015, quand Le Wagon s’était déjà installé dans 12 villes du monde avec son concept de formation courte en code.

Si les étudiants sont soudainement formés au numérique, c’est que les recruteurs manquent de compétences dans ce domaine. Dans le secteur de l’open source, par exemple, 4 000 emplois sont non pourvus chaque année. Un secteur à la croissance annuelle de 10%, mais qui prend déjà bien plus de place qu’on pourrait le penser.

« Les gens ne s’en rendent pas compte, mais l’open source est partout : dans le médical, le commerce, l’information, la grande distribution, le tourisme… », explique Jean-Paul Chiron, expert en logiciels libres.

Le principe de l’open source est de mettre à disposition du public le code source d’un logiciel. Ainsi, tout un chacun peut le modifier, l’améliorer… dans la limite de ses connaissances en informatique ! L’open source est présent dans tous les grands secteurs d’innovation informatique, comme le cloud ou le big data.

Pénurie de compétences

Selon Fabien Cauchi, délégué régional chez Syntec Numérique Aquitaine, l’essor soudain de ces écoles, qui éclosent dans toute la France depuis deux ans, est dû à de nombreux facteurs.

« Tout d’abord, une prise de conscience généralisée, avec la montée de la French Tech et des entrepreneurs comme Xavier Niel, qui alertent sur la pénurie de compétences dans le numérique. C’est d’ailleurs grâce à des écoles comme l’Ecole 42 que les autres se sont créées. Il y a aussi un facteur politique, avec le lancement de la Grande Ecole Numérique par le ministère de l’Education en septembre 2015. » Un label d’ailleurs obtenu par Webforce3 et la Wild Code School.

« Mais il ne faut pas croire à une révolution », met-il en garde. Le même phénomène a déjà eu lieu à la fin des années 90 avec l’explosion d’internet :

« On a eu besoin de compétences en informatique comme désormais en numérique. Mais c’est vrai qu’à cette époque il n’y a pas eu de formations spécifiques, ce sont les entreprises qui ont formé les jeunes sur le tas. »

Apprendre sans chaussures

Ces nouvelles écoles ne sont pas pour autant des formations traditionnelles. A la Wild Code School, on code sans chaussures.

« Ôter ses chaussures, c’est aussi se libérer du carcan de l’éducation traditionnelle, qui enferme, formate, et empêche souvent de s’exprimer. Quand les pieds sont libres, l’esprit l’est aussi ! », revendique l’école.

Avant d'entrer en cours, tous les élèvent se déchaussent (DR)

Avant d’entrer en cours, tous les élèvent se déchaussent. (DR/Wild Code School)

Pas d’heures de cours ni de sonneries, mais une plateforme pédagogique sur internet. Des caractéristiques qui découlent tout simplement des besoins liés aux métiers du numérique, selon le responsable pédagogique de l’école d’ingénieur EPSI Arnaud Cueille :

« Dans l’informatique, on doit apprendre aux gens à penser par eux même. Pour apprendre de nouveaux langages, de nouveaux codes, alors qu’on est déjà entré dans le monde du travail, il faut être autodidacte. »

Ainsi les cours se font souvent sous formes de projets, les élèves sont peu nombreux et travaillent en groupe. Chaque session de cours recrute seulement une quinzaine d’élèves.

« On est proches de l’esprit de l’Ecole 42 (ouverte 24h/24h) », explique Anna Stepanoff, co-fondatrice de la Wild Code School.

La motivation pour CV

Ces formations revendiquent une ouverture à tous les profils : pas de limite d’âge, et aucun diplôme obligatoire, pas même le bac. A la Wild Code School, les étudiants sont majoritairement des trentenaires en reconversion. « La double compétence d’un ancien métier, de l’historien au graphiste, associé à la compétence du code est très recherchée », assure la co-fondatrice de l’école.

Une philosophie commune à ces nouvelles formations, explique Alain Assouline, président de l’école Webforce3 :

« Notre mission est double : offrir une solution alternative, notamment aux décrocheurs d’après BAC, et pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée. »

A la sortie, les étudiants deviennent pour la grande majorité des développeurs. Ils sont embauchés dans des starts-up, comme la bordelaise JeStocke, le concurrent de Huber Heetch, ou encore la plateforme de financement participatif KissKissBankBank

Formations ultra-courtes

L’autre spécificité de ces formations est leur durée très courte : 5 mois à la Wild Code School, 3 mois et demi à Webforce3, et même 2 mois pour Le Wagon.

« La pénurie est telle qu’il faut former des étudiants rapidement, explique Fabien Cauchi. D’autre part, les métiers du numérique sont en constante évolution, il est donc inutile de se projeter dans des formations longues qui deviendraient obsolètes ! ».

Si ces écoles du numériques sont les enfants de l’Ecole 42 dans leur mode de recrutement et d’apprentissage, une différence est notable : leur prix. Alors que Xavier Niel a innové avec une école totalement gratuite, les profils sont peut-être moins variés sur ces campus, où le coût de formation va de 4 500 euros au Wagon à 6 000 euros annuels la Wild Code School. Seule l’Open Source School ne fait payer aucun de ses élèves, puisque la formation est financée par les entreprises qui les embauchent comme apprentis. Mais elle recrute à niveau bac+3 minimum. « Open » à toutes et tous, donc, mais peut mieux faire.

Article actualisé le 09/06/2016 à 16h29
L'AUTEUR
Amélie Petitdemange
Etudiante à l'Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA)

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