Grosse promo de l’Etat sur le logement social à Bordeaux
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Grosse promo de l’Etat sur le logement social à Bordeaux

actualisé le 06/10/2016 à 00h16

La résidence "Les écluses", à Bacalan (SB/Rue89 Bordeaux)

La résidence « Les écluses », à Bacalan (SB/Rue89 Bordeaux)

Après les emprises de Castéja et des Ecluses, vendues à prix d’ami à Gironde Habitat, l’État pourrait céder d’autres terrains pour construire des logements sociaux à Bordeaux. Et pousser ainsi la ville vers son objectif de 25% de logements sociaux en 2025, dont elle est encore loin.

« Peut mieux faire ». De passage ce mercredi à Bordeaux, Thierry Repentin, délégué interministériel à la mixité sociale dans l’habitat, a ainsi jugé la politique de la ville pour le logement social :

« Bordeaux est dans la trajectoire qui peut lui permettre d’atteindre l’obligation de 25% de logements sociaux sur son territoire, mais elle est en retard, comme 126 communes de Nouvelle Aquitaine. La ville est passée de 14,7% en 2002 à 16,7% en 2015, il faut qu’elle continue ses efforts. »

Pour soutenir la construction de logements sociaux dans les zones tendues, l’État cède son patrimoine – en 2015, la vente de 71 terrains a permis la programmation d’environ 8000 logements. Ce mercredi à Bacalan, Thierry Repentin a ainsi visité un immeuble de 23 logements, bâti sur l’emplacement d’anciens bureaux du ministère de la Défense, près de la station de tram Brandenburg. Le foncier a été vendu 150000 euros à Gironde Habitat, avec une décote de 60% par rapport aux prix du marché – 370000 euros.

« Cela nous a permis de baisser les prix des loyers de 10 à 12%, indique Gilles Darrieutort, directeur général adjoint du bailleur social. Nos deux T3 sont loués 510 euros, et nos 21 T1 bis 220 euros (hors charges), et même 153 euros pour les 7 d’entre eux en PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), destinés aux personnes en difficulté. C’est un montant très faible. »

40000 demandes en souffrance

La résidence « Les écluses » comprend ainsi surtout des petits logements – « une volonté de la ville de Bordeaux pour privilégier les jeunes salariés, et attirer plus de jeunes dans ce quartier prioritaire », glisse Gilles Darrieutort.

« Je ne connais pas très bien Bordeaux, et Bacalan n’avait pas bonne réputation, alors quand on m’a proposé ce logement, je suis venue voir, raconte Touty Danielle Sy, qui habite désormais un T3 en colocation avec son fils. C’est parfait ici, on se sent un peu comme à la campagne, et on est à côté du tram. Et cela me va bien de vivre dans un petit immeuble, je n’avais pas envie de me retrouver dans un grand ensemble. »

Installée depuis 6 mois rue Joseph Brunet, la locataire de Gironde Habitat a toutefois dû attendre un an et demi avant qu’on lui propose un logement.

« Mais ce n’est rien par rapport aux délais d’attente à Paris, relativise-t-elle. Je suis venu à Bordeaux après le grave accident de mon fils, qui était à l’université ici, et j’ai vécu chez ma sœur pour m’occuper de lui. Notre dossier était ainsi jugé prioritaire. »

Des demandes en souffrance, il y en a 40000 en Gironde, dont 30000 sur Bordeaux Métropole. Aussi, l’Etat tente de transférer son patrimoine quand l’opportunité se présente. Outre l’immeuble de Bacalan, un lotissement de la DGAC (direction générale de l’aviation civile), à Mérignac, a été converti en logements sociaux.

Volonté politique

A Bordeaux, le permis de construire est en cours d’instruction pour le projet (Ré)public : l’aménageur, Gironde Habitat, va transformer l’ancien commissariat de Castéja (vendu 12 millions d’euros par l’Etat, avec une décote de 30%) en un ensemble comprenant un hôtel 5 étoiles, une école maternelle, et 75% de logements – dont une minorité de logements locatifs sociaux (64, contre 52 logements libres, 36 en accession sociale à la propriété, et 46 dans une résidence pour les jeunes).

Thierry Repentin (au centre) et les responsables de Gironde Habitat (SB/Rue89 Bordeaux)

Thierry Repentin (au centre) et les responsables de Gironde Habitat (SB/Rue89 Bordeaux)

Le délégué interministériel à la mixité sociale a annoncé mercredi que « d’autres terrains de l’État seraient susceptibles d’être mobilisés » pour construire du logement social, sans vouloir préciser lesquels, car « les négociations sont en cours ». De quoi couper l’herbe sous le pied d’Alain Juppé : le maire de Bordeaux affirme régulièrement que si la ville n’atteint pas plus rapidement son objectif de 25%, c’est parce que les prix flambent, que les terrains se font rares et que l’État tarde à céder certaines emprises. Un argument que balaye Thierry Repentin :

« Des communes comme Paris et Lyon ont totalement rattrapé leur retard alors que le foncier est au moins aussi cher qu’ici. Il faut une vraie volonté politique. »

Préemptions

Si François Hollande valide le projet de société foncière publique, cela pourrait constituer une autre pierre dans le jardin de Bordeaux Métropole : alors que son président, Alain Juppé, a toujours refusé de créer un établissement public foncier, ayant pour mission de « geler » des terrains et d’enrayer la spéculation, cette société pourrait mettre des propriétés publiques à la disposition des collectivités et des bailleurs, mais aussi préempter des terrains privés pour bâtir du logement social.

« Elle sera dotée de pouvoirs exorbitants en matière d’urbanisme et de fiscalité, avec par exemple la possibilité de ne pas payer de taxes sur le foncier pendant 5 ans, le temps que les projets aboutissent », indique Thierry Repentin.

Concernant ses moyens, cette société aura un capital de 750 millions d’euros, abondés pour moitié par l’Etat, et pour l’autre par la Caisse des dépôts. Voila pour la carotte. Pour le bâton, le délégué interministériel se réjouit que la loi « égalité et citoyenneté », votée en juillet en première lecture par l’Assemblée nationale, renforce les pouvoirs du préfet à se substituer aux maires dans les communes récalcitrantes à faire du logement social. Reste à voir si le Sénat ne retoquera pas cette mesure en octobre.

Or derrière le logement, il y a un autre enjeu, a rappelé Thierry Repentin : selon le Medef, 500000 emplois ne sont pas pourvus en France parce que les salariés ne peuvent pas se loger à proximité à moindre coût.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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