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Xavier Veilhan, à propos du Lion bleu : « faire une œuvre qui puisse “prendre” »
Culture  Entretien 

Xavier Veilhan, à propos du Lion bleu : « faire une œuvre qui puisse “prendre” »

par Walid Salem.
Publié le 20 décembre 2016.
Imprimé le 24 octobre 2021 à 23:11
5 941 visites. 1 commentaire.

Pour ses 11 ans, le Lion bleu de la place Stalingrad à Bordeaux a connu un mois de travaux pour sa restauration. Entretien avec son créateur, Xavier Veilhan, l’artiste lyonnais qui représentera la France à la biennale de Venise.

Xavier Veilhan (© Diane Arques/ADAGP, Paris, 2016)

Xavier Veilhan (© Diane Arques/ADAGP, Paris, 2016)

Rue89 Bordeaux : Qu’est ce qu’une œuvre dans l’espace public ?

Xavier Veilhan : Il y a différentes dimensions à la notion de l’espace public : on peut être dans un espace partagé et donc public, mais il faut aussi se poser la question de qui décide et qui finance. En l’occurrence, le projet du « Lion » était ici lié au tramway avec un comité de sélection et un financement local municipal.

Les habitants du quartier s’étaient majoritairement opposés à son installation. Aujourd’hui, ils semblent l’avoir « adopté ».

Le Lion était en effet contesté au départ et adopté par la suite. D’une manière, je trouve ça normal car les gens qui, par exemple, habitent autour de cette œuvre n’ont pas voté ou décidé directement pour son apparition. Il est pour moi légitime qu’ils puissent se poser des questions.

Mon rôle en tant qu’artiste est de faire une œuvre qui porte en elle à la fois une certaine radicalité ou un choix qui ne se repose pas sur des critères démocratiques, et en même temps quelque chose qui soit adaptée à un certain contexte et qui puisse « prendre », à la manière d’une greffe sur un arbre.

Pourquoi avoir restauré le Lion et comment s’est déroulée cette restauration ?

J’ai supervisé cette restauration qui consistait à ramener l’œuvre à son état initial. C’était sans doute urgent pour qu’elle soit propre, mais aussi parce qu’il y a toujours une forme d’usure liée à tout élément de mobilier urbain ou de véhicule dans l’espace partagé. Nous avons la chance d’avoir l’atelier Binôme, qui a fabriqué la sculpture, encore disponible pour faire ce type de travail, ce qui permet une certaine continuité.

Les commandes publiques intègrent dorénavant la notion de pérennité de l’œuvre dans leurs cahiers des charges. Est-ce un frein à la création ?

Je ne pense pas car une des choses importantes dans le domaine de la commande publique est la capacité à s’intégrer dans un certain contexte. Pour ma part, je choisis des formes assez simples avec une fonction qui va de paire avec cette simplicité : de servir par exemple de point de repère ou de rendez-vous dans l’espace urbain ou encore de lien symbolique à la ville. Il faut donc que la pièce résiste.

De plus, n’importe quelle pièce, même faite dans le matériau le plus permanent, disparaît si elle n’est plus dans un contexte qui souhaite qu’elle existe. Il y a bien des sculptures qui ont été fondues, transformées ou déplacées, abîmées ou détruites symboliquement, non pas à cause de leur (manque de) solidité mais à cause de leur justesse ou de leur dialogue avec l’environnement.


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L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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