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Au Trianon, l’autre voix de la Callas

Il ne s’agira pas d’un livre, cette fois. Mais d’une lecture quand même. Celle que propose la comédienne Armelle, dans une mise en scène de Nicolas Delas, d’entretiens donnés à différents journaux et magazines, tout au long de sa carrière, par Maria Callas. « Une heure avec Maria Callas ».

Exigences du travail

C’est une belle idée, en cette année du quarantième anniversaire de la mort de la Diva, que de donner à entendre la voix même de la Callas alors que se multiplient celles, étrangères, qui se substituent à elle pour tenter de déceler les ressorts profonds de son inégalable génie. Armelle « parle » Callas avec une confondante justesse sans qu’on songe à sourire un seul instant de l’accent inimitable qu’elle sait si bien imiter..

Pour nous qui avons passé un été en Provence à écouter « Carmen » que Callas enregistra sous la direction de Georges Prêtre – c’était, si je ne m’abuse, en 1964 –, qui avons pleuré à la scène finale où, grandiose dans sa dureté, sa colère de femme qui clame sa liberté (« cette rose que tu m’avais donnée… tiens… »), la gitane provoque Don José dont elle sait bien qu’il ne la laissera pas à un autre (« mais moi, Carmen, je t’aime encore…), nous avons appris que la Callas n’aimait pas ce personnage, mais qu’elle avait, comme pour les autres d’ailleurs, dû travailler dur pour l’interpréter.

C’est l’accent mis sur les exigences du travail accompli, sur ce souci de perfection qui l’anime qui émeut le plus parce que la Callas a le sentiment que le public, les critiques, les journalistes n’ont aucune idée de ce que cela représente.

Performance d’actrice

La mise en scène est très sobre, le décor minimaliste, le jeu d’éclairages subtile ; j’aime moins le mur noir qui occupe tout le fond de la scène – le côté funèbre, à mon sens, est trop souligné. La Callas est là, et c’est une belle performance d’actrice, elle s’explique sur la vie qui a été la sienne – sur ses succès, sur ses échecs, sur les sacrifices qu’elle dut accomplir pour servir l’art dont elle se sentait dépositaire.

On rit souvent, on est ému, on a à la fois l’impression d’une proximité plus grande avec la cantatrice, et de mieux la comprendre, et d’une distance qui se creuse, entre elle et nous, par des silences, des hésitations, des mots qui ont peine à sortir dans quelque langue que ce soit, d’un secret qui ne sera pas défloré – et il faut laisser la place aux extraits d’opéra qui ponctuent la lecture.

Il convient de saluer la réussite de ce spectacle. Il se donne au Trianon, à Bordeaux, du 16 septembre au 26 octobre.

 

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L'AUTEUR
Patrick Rödel
Patrick Rödel
Jadis prof de philo, désormais écrivain à temps presque complet, ne détestant pas la forme courte des billets de blog pour parler littérature et philosophie.
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