Robert Wilmers, un banquier de Buffalo mécène à Bordeaux
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Robert Wilmers, un banquier de Buffalo mécène à Bordeaux

Banquier américain, propriétaire des châteaux Haut-Bailly et Le Pape (Pessac-Léognan), le milliardaire Robert Wilmers est décédé samedi à New-York à l’âge de 83 ans. Il était également un mécène important des musées de la ville de Bordeaux. Bruno Boidron, auteur et éditeur spécialisé dans le vin, parle d’un « banquier peu ordinaire ».

Nous le connaissions peu, mais suffisamment pour savoir que nous avions en face de nous un Homme qui compte par sa générosité, son élégance, sa rareté.

Lorsqu’il acheta Haut-Bailly, comme beaucoup d’autres nous, nous fûmes attristés qu’une si belle propriété de Bordeaux échoie dans les mains d’un banquier, américain de surcroît. C’était le méconnaitre. Méconnaitre ses engagements, sa profondeur d’âme et sa gentillesse.

Le long chemin qui le conduisit sur les terres de Montesquieu n’en fut que plus profitable à Bordeaux.

Amoureux du vin

Patiemment, il reçut le ban et l’arrière ban de notre petit monde viticole. Nous découvrîmes alors un banquier peu ordinaire. Adepte du bon sens de John Kenneth Galbraith [économiste réputé américano-canadien, NDLR], lecteur convaincu de sa Brève histoire de l’euphorie financière, il nous conduisit lors d’un dîner vers des rives lointaines où l’économie rime avec humanisme.

Il fut à Bordeaux tel qu’il était à Buffalo. Curieux et attentionné, donateur généreux et engagé, il devint mécène d’honneur des musées de la ville de Bordeaux, du Grand Théâtre, de la Cité du Vin…

Robert Wilmers était un amoureux de la France. Il l’avait découverte à son plus jeune âge lors d’un voyage avec ses parents à Lourdes. Mais comme il le soulignait, la magie française ne lui est pas apparue cette fois-là. Plus tard, adolescent, il découvrit Paris. Ce fut une véritable révélation. Il épousa deux fois notre pays : une première fois par son mariage avec Élisabeth, une seconde fois en faisant l’acquisition du château Haut-Bailly à Léognan.

Sa passion était le vrai. Il trouva à Haut-Bailly cet accomplissement que révèle la terre.

Un ambassadeur

Lors de la remise de sa Légion d’honneur, au mois de septembre, nous le vîmes entouré affectueusement d’une famille. Ses proches bien sûr, mais également ses collaborateurs, du premier au dernier, ils étaient tous là, autour de cet homme bienveillant. Image rare qui nous a profondément émus. À se demander si sa présence ne nous honorait pas plus que le cordon d’officier qui lui a été remis.

Monsieur Robert G. Wilmers s’en est allé, discrètement, sans tambour ni trompette. D’une rive à l’autre de l’océan, il tissait des liens solides. Nous perdons un ambassadeur, un ami de la France, de Bordeaux, des arts, de la littérature…

Haut-Bailly est orphelin. Nous nous associons à cette profonde tristesse de savoir une lumière éteinte et transmettons toute notre affection à ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés, de vivre son quotidien, de partager avec lui l’espérance d’une plus grande sagesse de notre monde.

Bruno Boidron est directeur des éditions Féret
Illustration Dereck Gee/Buffalo News

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