Stationnement payant : bousculé à Saint-Augustin, Alain Juppé fait des appels de phares aux riverains
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Stationnement payant : bousculé à Saint-Augustin, Alain Juppé fait des appels de phares aux riverains

Après des vœux chaud bouillants à la mairie de quartier Saint-Augustin, où des habitants dénoncent l’extension du stationnement résidentiel payant, Alain Juppé a indiqué ce lundi qu’il ne reculerait pas sur cette décision, tout en donnant des gages aux automobilistes, notamment la création d’un nouveau parking et la baisse des amendes.

« La concertation ne consiste pas à empêcher le maire de s’exprimer lors d’une cérémonie de vœux, a estimé l’édile de Bordeaux lors du point presse précédant le conseil municipal. Je me suis retrouvé face à une bande d’excités qui font circuler des informations déformant la vérité. »

Il évoque en effet le coût de 5799 euros par an estimé par l’ABDRSPR (association bordelaise de défense des résidents pour un stationnement payant raisonné) pour garer son deuxième véhicule dans la rue – « 1,80 €/h soit pour une journée complète du lundi au samedi, de 9h à 19h : 18€. Soit 108€/semaine et approximativement  5799€/an ! »

Car le but de l’extension du stationnement payant, qui accorde aux résidents un tarif de 15 euros par mois pour leur première voiture (un des plus bas dans les grandes villes de France, souligne la mairie), c’est justement d’éviter que des « véhicules ventouses » squattent l’espace public aussi longtemps.

10% de circulation auto en moins

Pour le maire de Bordeaux, dans toute la zone intra-boulevards qui est soumise à ce régime, cela a « un double effet positif » : pour les habitants qui peuvent se garer plus facilement, et pour les commerçants qui voient une plus grande rotation des voitures dans leur secteur.

« Alors que 20 à 25% des automobiles roulent pour chercher une place, la circulation a baissé de 10% dans les zones à stationnement résidentiel payant (en fait sur une zone où cela a été mesurée, le Tondu, NDLR), c’est donc de la pollution en moins », estime Jean-Louis David, adjoint au maire de Bordeaux en charge du dossier (et maire adjoint de Saint-Augustin, où ses nerfs ont un peu lâché samedi).

Or Alain Juppé estime que « l’enjeu majeur, c’est la santé publique. La pollution à Bordeaux est en train de rejoindre les niveaux parisiens ».

Quels effets du stationnement payant sur la mobilité ?

Selon l’enquête ménage déplacements simplifiée réalisée par Bordeaux Métropole fin 2017, 8,5% des habitants des zones passées sous le régime du stationnement résident déclarent avoir changé de mode privilégié de mobilité. 47% de ces personnes déclarent emprunter plus souvent les transports en commun, 20% déclarent faire plus de vélo, 18% plus de marche à pied.

Le changement est plus fort encore chez les non résidents : 19,5% des habitants résidant dans Bordeaux Métropole hors des zones réglementées déclarent avoir changé de mode privilégié pour aller dans Bordeaux centre.  69% utilisent désormais les transports en commun, 18% le vélo.

Le service transports de la métropole estime en outre que « la mise en œuvre du stationnement réglementé n’est pas non plus étrangère, aux excellents résultats obtenus en 2016 et 2017 pour l’utilisation du vélo (+24% en 2 ans) et surtout pour la fréquentation du réseau TBM (+9% sur l’année 2017, soit un taux 5 fois supérieur aux taux moyen de croissance enregistré au plan national sur les réseaux de taille comparable) ». Et elle a aussi « joué aussi un rôle dans l’amélioration des conditions de circulation dans le centre de Bordeaux perçue par les automobilistes et confirmée par nos relevés ».

Il s’agit donc de réduire le nombre de voiture par foyer, dans les quartiers bien desservis par les transports en commun, ou proche du centre-ville que sont la Bastide, Caudéran et Saint-Augustin, les trois dernières zones à passer au stationnement payant.

Mais ce sont aussi, pour les deux derniers quartiers cités, ceux où ce fameux taux de motorisation est le plus important – de 1 à 1,42 véhicule par ménage entre les boulevards et la rocade. Et,a accessoirement, deux quartiers très bourgeois, fiefs électoraux de la droite bordelaise.

Légitime pelouse

D’où le souhait d’Alain Juppé de tenir bon sur les principes, tout en levant un peu le pied :

« Il y a une difficulté pour la 2e, la 3e, j’ai même entendu quelqu’un parler de sa 5e voiture. Soyons sérieux : même pour la deuxième voiture, on ne peut donner un deuxième macaron de stationnement résident, ce serait une tromperie car on ferait payer pour des places en voirie qui n’existent pas (70000 voitures circulent aujourd’hui à Bordeaux pour 55000 places disponibles dans les rues, NDLR) (…). Une bonne solution serait de donner plus de places de stationnement en foisonnant les parkings des supermarchés, de s’assurer qu’il y a plus de places de parking par logement construits, et d’avoir davantage de parkings relais. »

Le président de la métropole a ainsi annoncé la relance du projet, abandonné en 2012, d’un parking de 200 à 300 places Pelouse-de-Douet, près de Saint-Augustin. Il veut parallèlement expérimenter le péage incitatif pour automobilistes qui font du covoiturage, promettant des propositions rapides en ce sens.

Enfin, le maire ne s’est pas risqué ce lundi à saluer la nouvelle formule de forfait post-stationnement (FPV), qui remplace les amendes, et la délégation du service à Urbis Park. Car depuis un mois, le taux de surveillance a été multiplié par deux, entraînant l’augmentation de taux de paiement de 50% à 80%, et 2000 FPV à 35 euros ont été dressés chaque jour.

Pour ne pas donner trop de prise à l’accusation de racketter les Bordelais, comme l’en accuse les riverains de Saint-Augustin et certains élus de l’opposition municipale, Alain Juppé veut s’inspirer du modèle de Mérignac : minorer le FPV à 25 euros, voire moins, s’il est payé dans la journée. Suffisant pour acheter la paix à l’ouest des boulevards ? La Ville devra aussi sans doute, enfin, harmoniser ses violons avec les communes limitrophes, ce qui figure au menu de l’Observatoire du stationnement de l’agglo. Sauf que les mairie ne sont pas pressées de donner leur pouvoir de police à la métropole

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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