Après le feu vert de la justice, un squat de Pessac veut l’appui de la mairie
Société 

Après le feu vert de la justice, un squat de Pessac veut l’appui de la mairie

A Pessac, des migrants ont obtenu au tribunal le droit de résider dans une maison pendant un an et demi. Deux des squatteurs, Alex et Issoufou ont rendu visite ce mercredi à la mairie pour alerter les élus sur leur situation et échafauder des projets.


« Finalement, on est que deux, les autres étaient terrorisés à l’idée de venir ». Les autres ? Une vingtaine de personnes originaires d’Afrique de l’Ouest, qui vivent dans un squat à Pessac. Lui, c’est Alex, sans-domicile fixe, un « ouvreur de squat » âgé de 40 ans.

« Ils ont eu un autre contrôle de la police hier (mardi, NDLR) et ça les a effrayés », raconte-t-il, avant de rappeler que « ces migrants ont gagné en justice le droit d’occuper ce bâtiment jusqu’en mars 2019. Une décision rare, très forte de la part d’un juge ».

Alors qu’ils occupent ce bâtiment, propriété de Bordeaux Métropole, depuis six mois, le tribunal d’instance de Bordeaux a en effet tranché en faveur des squatteurs en décembre dernier.

Mais si sa vingtaine d’occupants a le droit d’avoir un toit, elle manque de nourriture. Accompagné d’Issoufou, venu du Niger et arrivé en France il y a deux ans, Alex a donc voulu rencontrer des responsables de la mairie de Pessac pour alerter sur cette détresse alimentaire, et surtout, créer du lien avec les élus. Le SDF, qui a averti la mairie de sa venue, ne sait pas à quoi s’attendre.

« J’ai contacté plusieurs acteurs, et je n’ai eu aucune réponse ni de la fondation Abbé Pierre, ni du Secours Catholique, ni du Secours Populaire, ni du Conseil Général, ni du Conseil Régional, ni de la mairie de Pessac et je suis choqué ! Donc on va voir le maire pour lui dire : « Faites votre travail de proximité et soyez notre relais vers les autres ! »  On ne sait même pas si on sera reçus. »

Après quelques minutes d’attente, les deux squatteurs, accompagnés de Louna, qui vit à La Ruche avec des mineurs isolés, rencontrent Fatima Chehrouri, responsable du pôle Solidarités au CCAS de Pessac, et Céline Paquet, l’attachée de presse de la mairie. Face à la fougue d’Alex, qui raconte l’histoire du squat nommé Tendugal, Fatima Chehrouri reprend minutieusement ses propos, pour établir la typologie, et surtout, savoir s’il y a des mineurs.

La cuisine (AJ/Rue89 Bordeaux)

Du soutien financier et humain

« Il y a plusieurs choses qui émergent de cette première rencontre, explique-t-elle. D’abord, le cas des trois mineurs, qui relève de la compétence du département. Ensuite, il faudra déterminer si cela relève du droit classique SDF, ou du droit concernant les réfugiés et migrants. Nous devons contacter nos homologues pour trouver des solutions. La loi sera appliquée avec bienveillance et dans les meilleures conditions. On ne peut pas les laisser dans cette situation. »

Alex tente d’enfoncer le clou :

« Une aide alimentaire et financière pour payer les factures d’eau et électricité serait la bienvenue, on a aussi besoin de passage, de ne pas être dans l’entre-soi. Si on avait des voisins, ou autres, qui nous amenaient des fruits et des légumes, qui sont des produits de luxe pour nous, ce serait magnifique. On invite tout le monde à passer discuter avec nous, découvrir la richesse culturelle des gens qui vivent là-bas. »

Il faut aussi parler de l’avenir. Alex interpelle :

« Dans un an, la maison doit être détruite pour en faire un parking, on voudrait réfléchir avec vous pour voir si on pourrait garder la maison. Penser à des projets de retours pour ceux qui n’auront pas leurs papiers »

Issoufi poursuit :

« On aimerait aussi qu’on nous aide à accéder accéder à des formations, avoir quelque chose à faire de nos journées, une raison de se lever le matin. »

Les difficultés à s’insérer professionnellement, il les connait. Après avoir attendu les neuf mois réglementaires pour une demande de travail, et malgré un diplôme de géomètre et une promesse d’embauche, son dossier de demande d’asile a été refusé par la DIRECCTE sous prétexte qu’il était sur-qualifié.

Salle commune (AJ/Rue89 Bordeaux)

La République En Marge !

Alex en profite pour exposer son projet de monter une association, En Marge ! – un pied-de-nez au parti du président pour cet ancien candidat Zadiste aux dernières législatives.

« On veut porter des projets avec les gens des squats. Il y a des milliards d’euros auxquels les pauvres ont droit et qu’ils ne réclament pas, cet argent nous revient en partie, on devrait avoir une auto-gestion sur ces sommes. Donnez nous 7000 euros par mois, on va retaper des logements pourris qui rentreront dans le parc social. On veut donner notre avis en tant que citoyen sur plein de sujets et notamment sur la question de la pauvreté. Mais ne pas nous répondre, nous ignorer, c’est de l’assassinat. »

Fin de l’entretien. Fatima Chehrouri promet de passer aux squats et de les recontacter. Alex est plutôt content, il a trouvé ses interlocuteurs compétents. Direction Tendugal, pour débriefer. La maison est propre, rangée, la musique s’échappe du salon, rendu plus intime par des rideaux. Souleyman, un jeune Guinéen, assure la visite. Plusieurs chambres, deux salles de bains, un garage, un grand jardin.

Dans un coin, la machine à coudre de Victoire. Un peu plus âgée que les autres, venue du Togo, elle n’ose pas dans un premier temps se joindre aux autres pour la photo.

« N’aie pas peur de te montrer, lui assure Alex. Tu n’es pas une criminelle. »

Pour apporter de la nourriture, du café ou juste discuter, vous pouvez contacter Alex (07 69 27 39 97) ou la Mission Squat de Médecins du Monde. L’ONG travaille actuellement auprès d’une vingtaine de squat dans la métropole, dont le Squid à Bordeaux.

L'AUTEUR
Alexandra Jammet
Alexandra Jammet
Journaliste en herbe branchée environnement et société

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