Bordeaux à la rue pour expliquer son passé négrier ?
Société 

Bordeaux à la rue pour expliquer son passé négrier ?

L’association Mémoires & Partages appelle la Ville de Bordeaux et les habitants à se mobiliser pour la mise en place de panneaux explicatifs dans les rues portant des noms de négriers ou d’esclavagistes.

Après La Rochelle, Le Havre et Nantes, c’est à Bordeaux que les membres de l’association locale Mémoires & Partage terminent leur plaidoyer pour la mise en place de plaques explicatives dans les rues commémorant le passé négrier de la ville. La campagne et son hastag #expliquetaruedenégrier, lancés en 2009, ont décroché une première victoire à Nantes, puisque la ville a décidé de mettre en place ces plaques.

A Bordeaux, l’association conduite par Karfa Diallo a donné rendez-vous ce lundi place Lainé. Un lieu loin d’être anodin puisqu’il porte le nom du ministre Joseph Louis Joachim Lainé (1767-1835), défenseur des plantations esclavagistes de Saint-Domingue.

Deux élus sont sur place pour soutenir la démarche : Pierre Hurmic, conseiller municipal écologiste (l’association avait invité les 61 conseillers municipaux), qui souhaite élargir cette démarche explicative « aux rues portant des noms de grands Bordelais pas suffisamment connus », et Tiphaine Maurin, suppléante du député girondin Loïc Prud’homme (France Insoumise).

Karfa Diallo (AJ/Rue89 Bordeaux)

Comme l’explique Karfa Diallo, il n’est pas question de débaptiser les rues aux noms de négriers ou d’esclavagistes, mais « d’expliquer qui étaient ces hommes et leur rôle dans le Bordeaux négrier ». S’il admet que la Ville a depuis quelques années effectué un travail important autour de la mémoire, pour Karfa Diallo, « il est temps qu’Alain Juppé s’occupe de cette question des vestiges de l’histoire coloniale ».

« Bordeaux est la seule ville qui ne nous reçoit pas depuis qu’on a relancé la campagne », affirme-t-il.

Incertitudes sur le nombre de rues concernées

Mémoires et Partages dénombre 17 noms de lieux bordelais : la place Lainé, la rue Baour, le cours Balguerie-Stuttenberg, le cours Portal, la rue David-Gradis, la rue Gramont, la rue de la Béchade, la rue De Bethman, la rue Desse, la place Mareilhac, le cours Journu-Auber, la place Ravezies, la rue Daniel-Guestier, la place John-Lewis-Brown, la rue De-Kater, la place Johnston, et la rue Fronfrède.

Cette liste, « basée sur une liste des négriers publiée dans le journal Actuel et sur un travail avec l’historien Eric Saugera », n’est toutefois « pas sûre à 100% », reconnaît Karfa Diallo.

« On demande à la ville une identification de ces noms, Bordeaux a les moyens de prendre ça en charge », déclare-t-il.

Justement, d’après Marik Fetouh, adjoint au maire en charge de l’égalité et de la citoyenneté, « la mairie travaille sur ces questions » :

« Nous avons étudié les archives municipales et il en ressort qu’il y a 6 rues qui portent avec certitude des noms de négriers, plus Colbert qui n’était pas négrier mais qui a préparé le Code Noir. Deux autres sont potentiellement concernées mais nous manquons d’éléments. On est certains par contre que les autres n’étaient pas des négriers. Nous avons mené ce travail avec un historien du comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. »

Comment s’explique ce décalage ? Par un hiatus sur les personnalités exactement impliquées dans les lignées familiales, selon Marik Fetouh :

« Quand on balance que le cours Balguerie-Stuttenberg est une rue de négrier, des descendants se plaignent à la mairie de diffamation envers leurs aïeuls, car le négrier était Balguerie Junior et non Balguerie-Stuttenberg. Il faut que l’acteur associatif vérifie ses sources historiques avec de divulguer autant de noms. »

Karfa Diallo, qui « ne souhaite pas diaboliser les Bordelais », rappelle que l’association dialogue avec plusieurs descendants d’armateurs, « qui sont mal à l’aise alors qu’eux n’ont rien fait de mal ».

Après les discours, les membres de l’association toquent à la porte des riverains pour les informer sur la campagne et les inciter à agir en envoyant un courrier à la mairie. Plusieurs habitants répondent favorablement à leur appel. « C’est très important de connaître l’histoire de son quartier », affirme une résidente de la rue Ferrere, qui promet d’écrire au plus vite à Alain Juppé.

L'AUTEUR
Alexandra Jammet
Alexandra Jammet
Journaliste en herbe branchée environnement et société

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