Des pesticides détectés dans une école et plusieurs habitations du Médoc
Société 

Des pesticides détectés dans une école et plusieurs habitations du Médoc

En cette Journée internationale de lutte contre les cancers pédiatriques, des analyses effectuées par le collectif Info Médoc Pesticides et l’association Eva pour la Vie ont mis au jour la présence de pesticides dans une école et huit résidences du Médoc. Parmi eux, quatre sont interdits depuis plusieurs années, et certains sont cancérigènes et perturbateurs endocriniens possibles.

Les enfants sont au cœur de cette dernière enquête sur les pesticides. Durant la première quinzaine de septembre 2017, 10 échantillons de poussière ont été prélevés dans le Médoc : 9 dans des habitations de riverains où vivent (ou sont accueillis) des enfants, un autre dans la salle de classe du groupe primaire de Listrac-Médoc. Les maisons sont situées à une distance des vignes allant de 5 à 500 m, l’école primaire est quant à elle située à 50 mètres des vignes, dont elle est séparée par des habitations.

Les résultats des analyses, effectués par le laboratoire strasbourgeois Kudzu Science à la demande du collectif Info Médoc Pesticides et l’association Eva pour la Vie, sont sans appel : entre 11 et 21 pesticides ont été détectés par échantillon. Sur les 32 pesticides recherchés, 23 pesticides ont été détectés et 21 ont été quantifiés. Les pesticides détectés par lieu sont au nombre de 16 sur 32 recherchés. La plus importante concentration quantifiée concerne le dimetomorphe. A noter que quatre pesticides interdits ont été détectés : le diuron (interdit depuis 2008), le metalaxyl (depuis 2005), le flusilazole (depuis 2013) et le mepanipyrim (depuis 2017).

Les analyses soulignent que 38% des pesticides quantifiés sont cancérigènes possibles ; 38% des pesticides quantifiés sont perturbateurs endocriniens possibles ; 71 % des pesticides quantifiés sont reprotoxiques possibles ; et 38 % des pesticides quantifiés sont cancérigènes et perturbateurs endocriniens possibles.

Plus éloigné, moins exposé mais autant de résidus

Marie-Lys Bibeyran (XR/Rue89 Bordeaux)

Si le collectif mené par Marie-Lys Bibeyran (sœur de Denis Bibeyran, ouvrier viticole décédé d’un cancer en 2009) et l’association de Corinne et Stéphane Vedrenne (parents de Eva, décédée à l’âge de 7 ans d’un cancer en 2011) admettent que « le faible nombre d’échantillons, proportionnel à leurs moyens financiers, ne permet pas de tirer des conclusions officielles sur la contamination systématique des habitations de riverains de zones viticoles, ni sur leurs exposition », leur enquête dessine quelques tendances.

Les habitations les plus proches des vignes (de 5 à 20m des vignes), et notamment de grands plateaux comportant plusieurs hectares de vignes cultivées de manière conventionnelle, sont les plus contaminées par les pesticides, avec les plus fortes concentrations de pesticides par gramme de poussière.

A même distance des vignes (50m environ) les habitations situées à proximité de vignes cultivées biologiquement ont une moins forte concentration de pesticides par gramme de poussière que celles situées à proximité de vignes cultivées de manière intensive. Cependant on constate également, de par la présence de molécules utilisées en viticulture conventionnelle dans les échantillons provenant de maisons proches de vignes bio, que les molécules sont volatiles bien au-delà de la zone traitée.

L’habitation qui est la plus éloignée des vignes (500m) est aussi celle qui a la moins forte concentration de pesticides par gramme de poussière. Mais malgré cette distance importante, 18 résidus de pesticides ont été détectés dans cet intérieur. Si la distance semble avoir une influence sur la concentration, le nombre de résidus détectés est lui similaire à celui des autres habitations plus proches des vignes.

Protéger les lieux de vie

A deux mois du début de la saison des traitements viticoles, les deux associations alarment.

« Aujourd’hui en France en 2018, les riverains ne sont toujours pas protégés face aux pulvérisations de pesticides sur les zones agricoles situées à proximité de leur habitation, et face aux risques sanitaires majeurs que cela induit pour leur santé et celle de leurs enfants. »

Elles déplorent le manque d’efficacité de l’arrêté préfectoral d’avril 2016, qui instaurait la mise en place de distances non traitées selon le type de matériel utilisé pour les pulvérisations. Par ailleurs, les associations assurent que les haies, filets anti-pesticides et aménagements d’horaires des écoles ne suffisent pas à rassurer les familles.

Le collectif Info Médoc Pesticides demande donc à ce que tous les lieux de vie sans distinction soient protégés des pesticides et de leurs effets par l’application exclusive de produits homologués pour l’agriculture biologique sur toutes les zones agricoles situées à proximité :

« Cette mesure est réalisable, tant d’un point de vue technique qu’économique puisque cela ne concernerait pas l’ensemble d’une propriété viticole mais quelques parcelles. De plus, cela pourrait constituer l’amorce d’une transition bio plus large, en utilisant des solutions respectueuses de l’environnement et des populations, pouvant même être développées dans nos régions. Il s’agirait donc de parcelles test, sans mettre en péril la totalité d’une récolte. Il est en outre du devoir des institutions viticoles et des pouvoirs publics d’accompagner techniquement et financièrement le processus. Si cette mesure n’est pas mise en place d’ici la prochaine saison de traitement, une interdiction d’application des pesticides issus de la chimie de synthèse, aux abords des lieux accueillant des enfants est indispensable. »

L’association Eva pour la Vie quant à elle, « souhaite que l’on systématise la soumission d’un questionnaire à l’ensemble des parents d’enfants diagnostiqués d’un cancer (2500 nouveaux cas/an en France), et de procéder à des examens biologiques visant à détecter des facteurs de risques, et demande à l’État une loi garantissant un fonds dédié à la recherche sur les cancers, leucémies et maladies incurables de l’enfant permettant d’augmenter les moyens financiers dédiés ».

Pour rappel, le cancer est la première cause de décès par maladie chez les enfants en France, avec en moyenne 500 morts par an.

L'AUTEUR
Alexandra Jammet
Alexandra Jammet
Journaliste en herbe branchée environnement et société

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