Montée de tension après la descente de police à l’université de Bordeaux
Société 

Montée de tension après la descente de police à l’université de Bordeaux

actualisé le 08/03/2018 à 19h18 : Avec commentaire de la préfecture

L’intervention violente de la police pour évacuer un amphi occupé par des étudiants, suivie de la fermeture du campus de la Victoire ce mercredi, ont suscité l’indignation. Mais alors que la direction du collège Sciences de l’Homme et les enseignants appellent au dialogue, l’Université de Bordeaux interdit l’accès à ses locaux à plusieurs opposants à la loi Vidal. Une manifestation aura lieu ce jeudi.

Pour la préfecture de Gironde, RAS sur l’intervention des policiers ce mardi pour évacuer l’amphi Gintrac à la Victoire. Rappelant que celle-ci s’est faite « à la demande et sur réquisition du président de l’Université », elle précise que « les policiers, qui ont fait l’objet de violence avec jet d’extincteur et objets divers, sont intervenus avec professionnalisme et mesure face à des comportements violents dans le cadre d’une occupation irrégulière. »

Un étudiant a été interpellé et mis en garde à vue le mercredi « pour violence sur personne dépositaire de l’ordre public ». Alors que l’université a justifié l’intervention par des dégradations des locaux, la direction du Collège des Sciences de l’Homme donne un autre son de cloche :

« La direction du Collège, les directeurs des facultés désapprouvent les actes de violence qui se sont produits hier soir (mardi, NDLR) envers les étudiants qui occupaient les locaux et souhaitent la reprise du dialogue dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible. Nous avons sollicité la présidence de l’Université en ce sens (…) », ont écrit ce mercredi les dirigeants du site Victoire.

Même requête formulée par les personnels de la Faculté de sociologie. Ils critiquent l’intervention de la police pour déloger d’un amphi quelques dizaines d’opposants à la loi Vidal et « condamnent la violence tant verbale que physique de cette agression » :

« Nous estimons que l’envoi des forces de l’ordre était inapproprié et disproportionné au regard de la nature du mouvement et de la volonté de dialogues des étudiant.e.s. Par ailleurs, nous constatons que les dégradations évoquées pour justifier l’intervention n’ont pas eu lieu. Il est inacceptable que l’intervention policière ait donné lieu à des blessures physiques (deux hospitalisations) et psychologiques, et que la police ait proféré des injures à caractère raciste, sexiste et homophobe à l’encontre des étudiant.e.s. »

« L’université a mis les étudiants en danger »

22 doctorants membres du Collectif Marcel Mauss se sont aussi élevés « contre la répression de la mobilisation actuellement en cours au sein de l’université de Bordeaux ». Invoquant « le droit de chacun.e à exprimer ses revendications et à se mobiliser pour défendre ses opinions », ils appellent à un rassemblement ce jeudi à 12h30 sur le parvis du site de la Victoire :

« Nous constatons que l’université a non seulement failli à son devoir d’assurer la sécurité des étudiant.e.s, mais a également participé, en toute connaissance de cause, à leur mise en danger. Nous estimons cette intervention disproportionnée et les justifications données par la présidence infondées. Contrairement à l’argument initial porté par la direction, aucune dégradation des locaux n’a pu être observée. En revanche, les conséquences sur les personnes, elles, sont bien réelles. Suite à son hospitalisation, un étudiant a été mis en garde à vue et devra comparaître au tribunal. (…) Nous réclamons l’abandon immédiat des poursuites judiciaires contre l’étudiant inculpé et des explications sur les responsabilités de l’Université de Bordeaux. »

Intervention de la police à la Victoire (DR)

Doctorants et enseignants demandent la réouverture du site universitaire de la Victoire « afin que les activités d’enseignement et de recherche puissent se dérouler normalement ».

Contrôle continu

Mais le campus de la Victoire, tous comme le reste de l’université de Bordeaux, resteront fermés pour certains : le président Manuel Tunon de Lara a en effet pris un arrêté (voir ci-dessous) interdisant l’accès à l’ensemble des locaux et enceintes de l’université à quelques étudiants impliqués dans le mouvement. Valable 30 jours, cet arrêté tolère seulement leur présence pour les cours auxquels ils sont inscrits. Autant dire que le contrôle continu ne fait que commencer…

Pour l’organisation étudiante OSB IV,au lieu de s’excuser,

« Manuel Tunon de Lara surenchérit en menaçant des étudiant.e.s et en compromettant leurs chances de réussite dans leurs études ! Il leur interdit l’accès à l’université en dehors de leurs cours. Ils ne pourront donc plus bosser à la bibliothèque,profiter de la cafet’… et bien sûr ne pourront plus participer au mouvement contre le « plan étudiant ». »

Estimant que « les motifs invoqués sont grotesques », notamment « ces dégradations matérielles dont nous n’avons aucune preuve », OSB IV annonce son intention de monter un recours juridique. Et appelle aussi à manifester ce jeudi à 12h30.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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