Economie 

Ford Blanquefort : le « Bernard Tapie belge », futur repreneur ou simple rumeur ?

A peine la fête terminée, les Ford Blanquefort découvrent l’annonce d’un potentiel repreneur. Une entreprise belge serait intéressée pour reprendre le site. En effet, cette rumeur court depuis un mois au sein de l’usine sans pour autant enchanter les syndicats.

Le journal Sud Ouest indique ce lundi qu’un industriel belge pourrait « sauver » le site de Ford Blanquefort. Selon les informations du quotidien, l’entreprise Punch Powerglide se « serait positionnée » comme repreneur du site.

En 2013, Punch Metals International (PMI) a repris l’usine General Motors de Strasbourg et l’a rebaptisé Punch Powerglide avec une série de promesses : investir 150 millions d’euros, garantir plus d’un millier d’emploi et avoir un imposant contrat à propos d’une boite 8 vitesses avec une entreprise allemande.

Cette reprise avait été saluée par l’actuel président de la République quand il n’était que ministre de l’économie sous François Hollande – et qui en avait profité pour défendre des faveurs fiscales en faveur de l’investissement productif privé qui se combinait avec les mesures crédits impôts compétitivité emploi (CICE).

C’est beau un site Ford, la nuit (XR/Rue89 Bordeaux)

Une « carotte »

En Gironde, la nouvelle ne fait pourtant pas sauter de joie les syndicats ce lundi. Jean-Michel Caille, cadre et syndiqué CFE-CGC, répond sans barguigner :

« C’est une rumeur qui circule dans les ateliers. Elle est plus ou moins confirmée par le patron qui aurait eu quelques contacts avec le patron de Punch. »

Depuis un mois, ce nom revenait souvent dans les discussions. La CGT Ford a d’ailleurs déjà communiqué à ce propos le 30 mars dernier alors que la direction du site girondin avait célébré cette reprise alsacienne comme un exemple. Se voulant lucide, le syndicat commentait alors ce qu’il qualifiait de « carotte » :

« Ford souhaite se désengager de FAI et pour que ça passe, la multinationale avait prévu sa stratégie de longue date. Celle-ci passe par un repreneur (ou l’espoir d’un repreneur) qui lui permettrait de disparaitre des radars et ainsi de protéger son image. C’est écrit noir sur blanc dans un document que nous avons rendu public. Donc Ford utilisera tous les moyens de diversions à sa disposition (…) Pendant qu’on discute d’autre chose, on ne parle plus de Ford et surtout on laisse partir Ford. »

Les ouvriers blanquefortais à l’arrêt

Dans le même temps, la direction du site a demande une reprise rapide du travail à ses salariés, le niveau de production dans l’usine avoisinerait en effet le néant. Pour la direction, « ce serait un non-respect du contrat de travail et donc risque des sanctions » selon Gilles Lambersend. Le syndicat Force Ouvrière, rejoint par la CGT, estime que cette attitude n’est pas le résultat d’un « appel de syndicats mais vient des gens eux-mêmes ». Ce point avait été un moment d’achoppement au sein de l’intersyndicale ce samedi lors d’un débat au lycée agricole de Blanquefort.

Il dépeignait aussi un tableau beaucoup moins rose. Punch n’aurait investi qu’un quinzième de la somme annoncée soit 10 millions d’euros sur le site alsacien. Le reste provenait de l’argent laissé dans le compte courant par General Motors (93 millions), par les emprunts et par l’intermédiaire des collectivités locales (50 millions d’euros). Les objectifs de productions et d’emplois seraient loin d’être atteints. Et, suivez le regard de la CGT Ford :

« Phénomène qui se produit dans les entreprises qui n’embauchent plus depuis longtemps, la moyenne d’âge est de 50 ans ! Ca ne vous rappelle rien ? »

C’est en effet, la même moyenne qu’à l’usine de Ford. Lors de la reprise en 2013, le quotidien Libération avait dressé le bilan peu flatteur des conditions de travail et nos confrères de Rue89 Strasbourg avaient rappelé les « inquiétants déboires » de Punch dont deux fiascos industriels en Picardie.

« Couper les pattes »

A Strasbourg, un syndicaliste CFDT avait aussi eu ces mots :

« Guido Dumarey, qui dirige PMI, est un personnage un peu sulfureux. Il achète les entreprises, les revend… Il a déjà eu des déboires avec des syndicalistes. C’est pour ça que je l’appelle le “Bernard Tapie belge”. »

Vu comme ça, ça promet. A Ford Aquitaine Industrie, Jean-Michel Caille de la CFE-CGC reste prudent. Quand bien même, ce repreneur qui est « dans notre corps de métier » serait une vraie piste, il demande « un accompagnement de Ford pour laisser des produits sur le site et pour laisser le temps de s’installer ». Pour Gilles Lambersend de la CGT, c’est tout vu :

« Nous on n’en veut pas. Nos copains qui bossent à Punch ont posé la question ce matin en comité d’entreprise. Les ressources humaines n’ont pas nié l’intérêt pour FAI mais ça ne va pas plus loin. L’urgence – même pour l’Etat – est de trouver du travail jusqu’à fin 2019 et c’est Ford qui doit le donner. »

Pour lui, cette rumeur ne fait que masquer la réussite de la journée de soutien aux Ford, samedi dernier, au risque de « couper les pattes » à la mobilisation. D’autant que leur directeur de site a confirmé en comité d’entreprise ce lundi matin avoir été contacté par d’autres entreprises mais « de mémoire, je ne sais plus lesquels » aurait-il ajouté. Alors pour porter le fer, la CGT a demandé une rencontre avec le préfet de Gironde et le délégué interministériel aux restructurations d’entreprises.

Ce dernier, Jean-Pierre Floris, avouait en commission parlementaire aux députés le 28 mars avoir des moyens de pression « assez limités » contre Ford qui « ment ». Il ne lui resterait que la diplomatie en alternant moment « combatif et passer la pommade pour tenter de trouver une solution ».


Surtout, il indiquait vouloir agir dans la « confidentialité » avec le géant américain. Les ouvriers aimeraient sans doute qu’il sorte de sa réserve.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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