Culture  Politique 

NoA, une future télé 100% régionale pour la Nouvelle-Aquitaine

France 3 va lancer le 1er septembre une nouvelle chaîne, NoA (pour Nouvelle-Aquitaine), financée en partie par le conseil régional, mais avec « une liberté rédactionnelle totale ».

C’est juré, NoA ne sera pas au service d’Alain Rousset. Dans le cadre d’une Meca en plein chantier, le président de la région Nouvelle-Aquitaine l’a lui même garanti en signant ce mardi le contrat d’objectifs et de moyens (COM) accordant 1 086 000 € à France 3 pour la création de cette nouvelle chaîne :

« La région finance cette télévision, dont la liberté rédactionnelle sera totale, pour faire passer des messages, sur l’emploi, comme les difficultés de recrutement des entreprises, la recherche scientifique, l’identité culturelle et touristique… »

Pour Alain Rousset, il s’agit en effet d’incarner cette grande région en quête d’identité, voire d’unité. Devant Delphine Ernotte-Cunci, la patronne de France Télévision venue exprès pour l’occasion, le président de la Nouvelle-Aquitaine a cité l’exemple des landers allemands ou des communautés autonomes espagnoles, fortes de nombreuses chaines TV.

« Il n’y a pas de fierté, d’envie de créer, s’il n’y a pas de média audiovisuel. »

Coquille vide ?

3 millions d’euros par an pour 4 télés

Le conseil régional aime décidément la petite lucarne : lors de la séance plénière du 23 octobre dernier, elle a voté pour 2,9 millions d’euros de subventions par an pendant 3 ans à 4 télévisions : France 3, donc, mais aussi TV7. La chaîne du journal Sud-Ouest, basée à Bordeaux, bénéficiera de 1,3 millions d’euros par an pour développer des programmes sur la Nouvelle-Aquitaine.

La web-TV paloise ÒCtele recevra quant à elle 275 250 € par an, et la société Aldudarrak Bideo, de Bidarray, éditrice de la web-TV en langue basque Kanaldude, 243 000 €.

A titre de comparaison, le conseil régional n’accorde pas un euro aux radios associatives de son territoire.

Le COM signé avec la région va permettre à France 3 de financer un magazine culturel mensuel, 8 documentaires régionaux supplémentaires, des programmes courts quotidiens sur l’économie et le sport. La chaîne veut également développer des programmes en langues régionales : basque, occitan et saintongeais, langue régionale reconnue mais peu exposée.

Mais pour pouvoir émettre comme c’est prévu 24h/24 et 7 jours/7 sur les box, réseaux câbles et le web, NoA n’aura ni budget propre, ni hiérarchie. NoA serait-elle une coquille vide ? Elle s’appuiera surtout sur la production des 5 éditions locales de France 3 Nouvelle-Aquitaine, représentant une valeur de 45 millions d’euros, 5 salariés qui seront embauchés pour coordonner les programmes, et le volontariat des équipes pour jongler entre France 3 et NoA.

Le challenge a pourtant reçu l’accord unanime des organisations syndicales, précise Delphine Ernotte-Cunci. Et pour cause : les salariés de Nouvelle-Aquitaine, qui s’étaient mobilisés contre le projet de suppression des décrochages locaux de France 3, voient en effet dans NoA une vraie perspective, plus qu’une bouée de sauvetage – la région avait bien précisé qu’il n’était pas question de financer le projet, un temps baptisé NAQTV, si France 3 supprimait ses locales.

Première chaîne 100% régionale

Mais malgré les pressions budgétaires de l’Etat, la patronne de France Télévisions se défend d’avoir eu une telle intention :

« Il y avait une métonymie entre équipes et éditions. Mais il n’a jamais été question de réduire le maillage géographique, car si on veut faire de la proximité, il faut des équipes. »

Pour Delphine Ernotte-Cunci, NoA sera d’ailleurs la première chaîne 100% régionale en métropole – elles s’inspire des modèles que sont les chaînes de France 3 d’Outre Mer et de Corse.

« L’information de proximité a fait le succès, qui ne se dément pas, de nos journaux régionaux. On va s’inspirer de ce qui est mis en action ici pour construire l’avenir de France 3 ailleurs dans le pays. La Nouvelle-Aquitaine est la plus grande région de France et de par sa diversité, c’est un vrai défi. Mais France Télévisions est le seul média capable de s’adresser à tout le monde sans oublier aucun territoire. »

NoA sera-t-elle la première pièce du mécano de recomposition de l’audiovisuel public, avec un rapprochement de France 3 et France Bleu ? Si Delphine Ernotte-Cunci renvoie la balle à la loi sur l’audiovisuel que prépare le gouvernement, elle souligne que les deux réseaux locaux « n’ont pas les mêmes implantations », et pourraient donc être complémentaires.

« Il ne s’agit pas de mutualiser, mais de créer des projets éditoriaux communs, comme pour France Info, dont les collaborateurs restent salariés de France Télévisions ou de Radio France. »

Dans un premier temps, espérons déjà que la nouvelle chaîne ne prépare pas des programmes à la noix.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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