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Les cheminots dans la rue à Bordeaux, pas de mise en concurrence des TER avant 2023
Politique 

Les cheminots dans la rue à Bordeaux, pas de mise en concurrence des TER avant 2023

par Xavier Ridon.
Publié le 25 mai 2018.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 21:20
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Plus de 2000 cheminots venus de toute la région ont manifesté ce jeudi à Bordeaux contre la réforme de la SNCF. Ils demandent à Alain Rousset, président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le retrait du projet de mise en concurrence des lignes TER. Celle-ci n’interviendra pas avant 2023, la région s’apprêtant à renouveler sa convention avec la SNCF pour 6 ans.

Les cheminots ont l’art de se faire entendre et de se mobiliser. Ce jeudi, 22e jour de grève nationale, ils sont venus de toute la Nouvelle-Aquitaine pour porter à Bordeaux une revendication locale. Devant la gare, sous un bref orage, les drapeaux des unions locales CGT de Dordogne, Landes, Béarn, Vienne, Deux-Sèvres flottent à côté de ceux de Bordeaux.

L’intersyndicale est au complet : CGT, CFDT, Sud Rail et Unsa (ainsi que les non-représentatifs FO Cheminots). Ils sont venus en bus et déterminés explique Sévérine Rizzi, de la CGT Gare de Bordeaux :

« Les sorties médiatiques d’Alain Rousset montre qu’il est ultra favorable à la concurrence. Ça rejoint donc nos combats nationaux. »

TER nouvelle génération (XR/Rue89 Bordeaux)

Avant que la réforme de la SNCF voulue par ce gouvernement n’émerge, le socialiste avait en effet déclaré à plusieurs reprises qu’il était favorable à la mise en concurrence des trains express régionaux (TER). L’élu rejoignait ainsi les positions déjà exprimées par le président de droite en Charente-Maritime Dominique Bussereau et celles des très à droite Christian Estrosi et Renaud Muselier, qui se sont succédés dans le fauteuil de président de la région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur.

Qui pour gagner les lots ?

Et ce qui inquiète les cheminots néo-aquitains ce jeudi, c’est la négociation en cours de la convention TER entre la SNCF et la Région. Selon les informations obtenues par les syndicats, cette dernière souhaite découper en différentes zones géographiques (des « lots » en terme administratif) le rail régional avec « deux lots détachables, ce qui veut dire soumis à la concurrence », analyse David Villegas, secrétaire régional de la CGT Cheminots.

Les syndicats s’ inquiètent en outre des fermetures des lignes mises au ban par le rapport Spinetta (des collectifs d’usagers se sont d’ailleurs montés pour défendre celles du Verdon et de Sarlat), et de la disparition progressive de petites gares, des guichets.

Les fonctionnaires se sont employés à démontrer leur détermination. Fumigènes à foison, camions au son des Beruriers Noirs, et outils maisons – bombes de chantiers et pose de vrais rails devant l’Hôtel de région, où une partie du cortège tente en vain de pénétrer.

Bientôt la fin des contrôleurs ?

Séverine Rizzi de la CGT Bordeaux Gare estime que la suppression de nombreux postes de contrôleurs dans les trains est en marche. Renaud Lagrave, adjoint aux transports à la région Nouvelle-Aquitaine confirme que l’expérimentation en cours sur la ligne Bordeaux-Arcachon semble à son sens prometteuse puisqu’elle fait actuellement apparaître « une très forte baisse de la fraude ». Les contrôleurs sont remplacés par des brigades qui vérifient les tickets à l’entrée du train.

Mais si l’expérimentation est étendue, Renaud Lagrave la conditionne uniquement « au milieu urbain et péri-urbain ». Pour la cheminote, cela engendrerait deux soucis de sécurité majeurs :

« Le contrôleur doit vérifier la sécurité pour donner le départ. Ce serait désormais au conducteur de le faire ? Et à l’intérieur du train, si un malaise ou une agression survient, le conducteur serait seul à la gérer. »

A l’intérieur, une délégation de l’intersyndicale a été reçue par le président de région et son vice-président en charge des transports, Renaud Lagrave. Ce dernier se dit un peu surpris que le conseil régional soit en ligne de mire, car il partage le constat des syndicats et manifestants sur la vétusté du réseau. Quant aux inquiétudes liées à la concurrence, elles seraient « tombées d’elles-mêmes » :

« Nous nous apprêtons à re-signer une convention avec la SNCF pour six ans. »

Et visiblement plus question de « lots détachables » selon les syndicats présents à cette réunion. Cette décision déjà prise depuis plusieurs semaines en Occitanie était réclamée notamment par les partis de gauche venus soutenir les manifestants.

Renaud Lagrave demande aussi un engagement fort de l’État et de la SNCF pour la mise en œuvre d’un plan de modernisation du réseau et d’une expertise indépendante de ses coûts. Il ajoute :

« En revanche, pour la suite, en 2023, nous serons obligés d’introduire de la concurrence comme il est demandé au niveau européen (la loi doit l’introduire en France à partir de 2021, NDLR). On a donc demandé une transparence et une ouverture des comptes de la SNCF. Si on doit préparer la mise en concurrence, il faut trois ans pour trouver des opérateurs, avoir des accords sur la maintenance. »

Il faut donc selon lui que les adversaires de la SNCF soient au courant des coûts en vigueur et répète que « la confiance est rompue non pas avec les cheminots mais avec la direction de la SNCF. »

« Avec M. Rousset, ils utilisent toujours les dysfonctionnements de la SNCF pour brandir la concurrence », tacle le cégétiste David Villegas.

L’intersyndicale a par ailleurs obtenu d’être associée à une réunion commune avec la direction de la SNCF et la région dans le cadre de la convention TER qui doit être entrer en application au 1er janvier prochain.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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