Énième « expulsion sans solution » des réfugiés sahraouis à Bordeaux
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Énième « expulsion sans solution » des réfugiés sahraouis à Bordeaux

La police a évacué sans violence ce vendredi le campement de fortune installé par les Sahraouis dans le parc aux Angéliques, après l’incendie du squat quai Deschamps à Bordeaux. Entre 130 et 200 personnes, dont quelques femmes avec leurs enfants en bas âge, des demandeurs d’asile et des réfugiés politique, sont ainsi à la rue.

La préfecture de la Gironde et la mairie de Bordeaux ont pourtant ouvert mercredi le gymnase Thiers, « permettant de prendre en charge jusqu’à 200 personnes dans le cadre d’un accueil inconditionnel ». La première regrettait jeudi soir dans un communiqué, photos de lits de camps vides à l’appui, « que, pour la deuxième soirée consécutive, les sinistrés se réclamant d’origine sahraouie refusent cette solution de mise à l’abri ».

Ce vendredi, un mini bus affrété par les autorités offre aux personnes sans-abri de les y conduire. Une poignée d’entre eux acceptent. La plupart déclinent. Certains, qui ont ou pas des problèmes de papiers, se méfient de la police, d’autres dénoncent le côté provisoire de cet hébergement :

« C’est une expulsion sans solution, déplore Maichan, porte-parole officieux du groupe. On nous propose 40 places en CADA (centre d’accueil pour demandeur d’asile), qui seront loin de Bordeaux, à La Rochelle ou Périgueux. Et il reste 160 personnes à loger. »

45 réfugiés politiques SDF

« C’est une solution de trois jours, et après, ce sera encore la rue », justifie Boussola. Surnommé « Super » car c’est le bricoleur en chef du groupe, il vit toujours quai Deschamp. Il a pourtant obtenu son statut de réfugié politique il y a presque 2 ans, comme 45 des Sahraouis présents à Bordeaux, du fait des menaces dont ils sont l’objet au Maroc ou en Algérie pour leur engagement en faveur de l’indépendance du Sahara Occidental.

Entre 100 et 200 Sahraouis ont été évacués ce vendredi de leur campement du parc aux angéliques (SB/Rue89 Bordeaux)

Malgré leur situation régulière en France, ils n’ont aucune solution pérenne de logement :

« Ils ne peuvent pas trouver de travail car ils n’ont pas de logement, et ils ne peuvent pas se payer un logement car ils n’ont pas de salaire, c’est le serpent qui se mord la queue », souligne Isabelle Aiello, une bénévole qui les aide dans leurs démarches quotidiennes.

C’est le cas de Maichan. Ce journaliste et écrivain, reconnu comme réfugié politique depuis 2015, maîtrise bien le français. Il vérifie les papiers d’une trentaine de Sahraouis, auquel il recommande de rallier le gymnase Thiers, à la Bastide, pour ensuite décrocher une place en CADA, et parlemente avec les autres sur la marche à suivre.

La préfecture précise que le dispositif d’urgence au gymnase vise à « leur offrir une solution d’hébergement et de restauration », mais aussi à « les faire bénéficier d’un examen de leur situation individuelle afin de les orienter rapidement vers un hébergement et, pour les personnes demandeuses d’asile, un relogement dans un des centres d’accueil et d’orientation dans lesquels des places leur ont d’ores et déjà été réservées. »

Une fois la police partie, nombre de Sahraouis reviendront sans doute dormir quai Deschamps, seul « point d’ancrage » pour eux depuis des années à Bordeaux. Y compris pour Selam, jeune femme d’origine mauritanienne, mais de nationalité espagnole, et ses deux enfants en bas âge…

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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