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Face à la défiance de ses journalistes, la direction de Sud Ouest tend la main
Culture  Economie 

Face à la défiance de ses journalistes, la direction de Sud Ouest tend la main

par Simon Barthélémy.
Publié le 15 juin 2018.
Imprimé le 09 août 2022 à 22:11
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Après la motion de défiance votée par 60% de la rédaction, la direction de GSO (groupe Sud Ouest) a tenté ce jeudi de rassurer, promettant notamment le gel des suppressions de postes dans les agences. Les journalistes exigent en outre une « stricte étanchéité » entre la rédaction et le pôle évènementiel  du groupe.

« La direction nous a dit avoir compris le message qui lui a été adressé », rapporte à Rue89 Bordeaux David Patsouris, délégué syndical SNJ , premier syndicat chez les journalistes de Sud Ouest.

Olivier Gerolami, président du directoire de GSO, Patrick Venries, directeur de publication, et les cadres de la rédaction, ont en effet rencontré ce jeudi les salariés du quotidien régional, deux  jours après la motion de défiance, adoptée par 155 des 260 journalistes de la rédaction – « dont l’écrasante majorité de la base ».

Les responsables du groupe ont fait « deux concessions »,  selon le SNJ : le gel des suppressions de postes à la rédaction – une vingtaine de non remplacements des départs à la retraite depuis quelques mois -, alors que le groupe voulait passer dans certaines agences locales de 3 à 2 journalistes, d’après le syndicat. Les journalistes ont aussi obtenu le retour du paiement des photos et vidéos à l’acte, que la direction voulait remplacer par une prime forfaitaire de 80 euros par mois.

« Au delà de ces deux points, la rédaction a gagné une chose hyper importante, estime David Patsouris. Elle a instauré un rapport de force avec la direction, qui a fait son mea culpa, reconnaissant avoir bousculé trop vite la rédaction, et intensifié la charge de travail, notamment au desk. Cela nous permet d’aborder dans de meilleures conditions les négociations sur la transformation de Sud Ouest en rédaction véritablement plurimédia. Avec des enjeux importants en termes d’effectifs, de statuts, d’horaires, de charge de travail… »

Double casquette

Autre sujet d’inquiétude des journalistes : l’indépendance de la rédaction par rapport aux activités évènementielles de GSO, qui fait l’objet d’une autre négociation sur la création d’une charte déontologie avec la Société civile des journalistes (SDJ).

Dans une lettre interne que Rue89 Bordeaux a pu consulter, celle-ci dénonçait le 18 mai dernier un mélange des genres croissant entre pub et journalisme, en particulier depuis le rachat par GSO de l’agence Côte Ouest, organisatrice de nombreux autres évènements publics ou privés, comme Bordeaux Fête le Vin ou le tournoi de tennis Primrose. Un cas de figure de cette double casquette relevé par la SDJ :

« Le supplément publicitaire (au journal Sud Ouest) édité par Côte Ouest sur le tournoi de tennis Primrose est de nature à semer le trouble. On y apprend dans un édito signé du “directeur délégué du journal Sud Ouest” que Sud Ouest entend relever le “challenge proposé” par le président de la Villa Primrose, à savoir “accroître la médiatisation et la renommée” du tournoi. Pour ce faire, Patrick Venries explique dans ce même fascicule : “Nous le ferons à travers nos titres : Sud Ouest, sudouest.fr et TV7…”. La profusion d’articles consacrés au tournoi, notamment dans les éditions de Gironde ne peuvent que laisser penser que Sud Ouest est en train de “relever le challenge” proposé par un partenaire commercial. »

Tout en soulignant qu’elle « ne remet pas en cause la stratégie économique de diversification choisie par la direction » la société civile des journalistes appelle cette dernière « à agir pour s’assurer que la rédaction puisse travailler sans que les autres activités de Sapeso et de GSO ne soient pas sources de malaise, de censure et/ou de pression interne ».

Section assauts

Elle fait en effet état d’ « assauts inquiétants » visant l’indépendance de la rédaction – « convocations appuyées de journalistes, SMS de reproches, consignes de déréférencer des papiers ou de ne pas reprendre certaines actualités sur le web, pressions diverses… (…) Les publications visées touchent toujours des annonceurs, des “partenaires”, ou des activités de diversification ».

Siège du groupe Sud-Ouest à Bordeaux (SB/Rue89Bordeaux)

Les journalistes de Sud-Ouest joints par Rue89 Bordeaux n’ont pas souhaité en dire plus sur ces « pressions », mentionnées ce jeudi dans l’édito médias de Sonia Devillers sur France Inter. La direction du quotidien n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Toujours dans sa lettre du 18 mai, la société civile des journalistes regrette que Patrick Venries ait souhaité « préciser certains points » dans la charte de déontologie : « Ainsi, a-t-il écrit, critiquer les manifestations que nous organisons me paraît contraire aux intérêts de l’entreprise. »

Pour la SDJ, au contraire, « la future charte en cours d’élaboration dans le cadre des ateliers devra inscrire dans le marbre les principes fondamentaux d’indépendance et de transparence à laquelle toute rédaction digne de ce nom doit s’astreindre. (…) Il va de soi que la Société civile ne validera pas une charte de déontologie intégrant le principe de la censure ».

Capital lecteurs

Selon David Patsouris, « la force de Sud Ouest, c’est d’abord sa rédaction, sans laquelle l’événementiel n’existe pas ».

« Et le capital de Sud-Ouest, c’est ses lecteurs. On le voit très clairement sur internet où tout se compte : ce qui marche au niveau de la zone payante, ce sont les reportages, les révélations, les analyses qui concernent la région. Bref ce que les gens n’ont pas lu ailleurs et qui appartiennent à notre territoire ».

Selon le texte de la motion signée par les journalistes, « ce modèle payant, auquel nous croyons, ne fonctionne qu’avec une réelle plus-value journalistique et une crédibilité intacte du titre ».

Ce dernier peut s’appuyer sur une santé financière en amélioration. Depuis le lancement du projet d’entreprise 2016-2020, les comptes sont revenus à l’équilibre, et le groupe, qui mise sur le « digital first », revendique près de 20 000 abonnés à son édition numérique.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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