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Un nouveau club de rugby va mêler migrants, SDF et jeunes des quartiers
Sport 

Un nouveau club de rugby va mêler migrants, SDF et jeunes des quartiers

par Simon Barthélémy.
Publié le 23 juin 2018.
Imprimé le 25 octobre 2021 à 12:24
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L’association Ovale citoyen, qui vient d’être lancée à Bordeaux, ambitionne d’initier au rugby et de mettre en place une politique d’insertion ou de réinsertion de jeunes migrants, SDF, et d’habitants des quartiers sensibles. Premier entraînement en septembre, avec ou sans terrain.

« Si  la société s’inspire des valeurs du rugby c’est bien. Si le rugby s’inspire des valeurs de la société, on est dans la merde ! »

Cette expression a « pété à la gueule » de Raphaël Poulain. L’ancien ailier du Stade Français, retiré des terrains depuis 10 ans, et devenu consultant, notamment pour Eurosport, n’a donc mis que quelques  minutes à accepter la proposition de parrainer Ovale Citoyen.

Cette association présentée ce vendredi à Bordeaux par d’anciens joueurs, dont Jean-François Puech (dit Jeff), ambitionne de constituer un XV formé de migrants, de SDF, de jeunes des quartiers, d’anciens prisonniers et de personnes « insérées ». Le recrutement vient de démarrer, s’appuyant sur l’aide d’ONG comme ATD Quart Monde auprès des sans-domicile, ou de collectifs aidant les migrants, notamment La Ruche.

« On sait que ce sera compliqué, notamment dans certains coins où même dans le rugby fusent les insultes racistes, et c’est pour moi difficile à admettre, indique Jeff. Mais si on arrive à sortir un seul jeune du pétrin, comme on l’a fait à Pessac avec un jeune Ivoirien sans domicile et joue désormais en fédérale 3 à Mérignac, on aura gagné. »

Objectif saison 2019/2020

Ovale Citoyen ambitionne en effet de proposer un accompagnement pour l’insertion de ces jeunes, notamment médical grâce au partenariat de la Fondation Bagatelle. L’association vise un premier entraînement à la rentrée,  et un engagement en championnat la saison suivante. Après le refus de plusieurs clubs de l’agglomération de les héberger, Ovale Citoyen cherche un terrain avec des vestiaires.

« Si on en a pas, vous serez quand même invités à notre premier entrainement, sur les quais de Bordeaux », prévient Jeff.

L’idée de ce « raffut contre l’exclusion », le slogan du club, est née lors d’une soirée au Squid, un squat autogéré qui offrait un toit à des étrangers et des français à la rue, raconte Jeff :

« On veut rendre au rugby ce qu’il nous a donné. Les vraies valeurs d’entraide et d’ouverture de ce sport ne sont peut-être pas celle du Top 14 actuel. Et c’est un sport de combat : ce qu’on apprend sur le terrain peut donner des armes pour gagner aussi ce combat dans la vie – trouver des papiers, un logement, du boulot… »

Les fondateurs d’Ovale Citoyen (SB/Rue89 Bordeaux)

S’il se place dans l’esprit de Alma de Africa, équipe de foot espagnol constitué de migrants, ou de Sankt Pauli, club allemand de Hambourg marqué à gauche, les fondateurs d’Ovale Citoyen assurent qu’aucune association équivalente n’existe en France.

« Il y a énormément d’associations sur Bordeaux, mais les projets autour du sport restent uniquement sportifs, poursuit Jeff. Nous si on ne devait proposer que du rugby, on ne serait pas là. »

« Les héros sont ici »

Approuvé par la fédération française de rugby, le projet a reçu le soutien d’élus de tous bords, notamment Alexandra Siarri, adjointe au maire de Bordeaux en charge de la cohésion sociale, Philippe Poutou ou les conseillers municipaux d’opposition, Vincent Feltesse et Pierre Hurmic. Mais aussi de plusieurs personnalités, comme le chanteur HK, l’ancien international Serge Betsen et, donc Raphaël Poulain.

Après des années de galère suite à sa carrière, relatées dans son autobiographie « Quand j’étais Superman », l’ex Stadiste, « fils d’une assistante sociale », se sent lui aussi redevable envers son sport :

« Le rugby a fait de moi un homme intègre. J’ai connu la dépression, le burn-out, et aujourd’hui je sais que je suis un homme bien parmi des gens bien. Et j’ai envie de défendre des valeurs comme l’esprit d’équipe et le respect de la différence. (…) La réussite humain à 37 ans, c’est de me comporter de moins en moins comme un connard d’être un bon père, un bon mec, et d’aider les mecs en galère. Les héros fantasmés ne sont pas ceux qui font 30 placages par match, ils sont là ! »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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