Bordeaux rive droite, la villa Shamengo soulève des questions à gogo
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Bordeaux rive droite, la villa Shamengo soulève des questions à gogo

Vendredi 6 juillet, Bordeaux Métropole a validé la convention d’Autorisation d’occupation temporaire pour le projet de la Villa Shamengo. Celle-ci prévoit le déploiement dès la rentrée 2018, sur l’Allée Serr à Bordeaux, d’un vaste complexe dédié à l’écologie. Cette initiative est pourtant loin de faire l’unanimité. L’accord de la Métropole soulève beaucoup de questions.

Avril 2017, les habitants du quartier Bastide apprennent par le biais de la presse locale que l’Allée Serr va accueillir le projet « villa-labo Shamengo ». « Un lieu de vie, de restauration et d’hébergement fait d’écoconstruction en autonomie énergétique » écrit le quotidien Sud Ouest.

« L’Allée Serr est une belle allée, commente Noël Eyrignoux, président de l’association pour la conservation et la promotion des espaces libres de la Bastide (ACPEL) et qui dénonce aujourd’hui le flou qui entoure ce projet. L’aménagement de cette allée était le souhait de beaucoup d’habitants, mais ce projet, personne ne l’a compris. »

Mais qu’est ce que Shamengo ? C’est une association fondée par la journaliste Catherine Berthillier. Elle défend les missions portant sur l’écologie, le développement durable et la solidarité envers les plus démunis. Pour ce faire, elle souhaite mettre en place un vaste réseau de villas Shamengo où seraient réunis tous les acteurs concernés, du particulier à l’entrepreneur, en passant par les scolaires et les universitaires. Des « maison-école-laboratoire du nouveau monde » selon leur site. L’association est soutenue par plusieurs personnalités de l’audiovisuel comme Laurent Bignolas et Marc-Olivier Fogiel.

Une villa et des questions

Bordeaux accueillerait ainsi la première villa du genre, durant cinq ans, avant d’être déménagée vers la caserne des pompiers, rue Benauge. La Métropole accorde une surface de plus de 1700 m² avec restauration, hébergement ou encore showroom pour entreprises innovantes. Les visiteurs seront sensibilisés à différentes problématiques environnementales et sociales au travers de visites interactives et d’ateliers pratiques et immersifs.

« Ce n’est pas ce que propose Shamengo qui est gênant, mais plutôt la manière dont a été amené et présenté le projet », justifie Matthieu Rouveyre, conseiller PS départemental de Gironde.

En effet, de nombreuses zones d’ombres demeurent autour de l’autorisation de construction de celle-ci.

L’emplacement pose question. L’Allée Serr est un espace public inaliénable. Le seul moyen de l’investir est l’octroi d’une Autorisation d’occupation temporaire (AOT), ce dont a bénéficié Shamengo le 6 juillet dernier. Depuis avril 2017, la loi Sapin II distingue les AOT payantes des AOT gratuites, selon si l’occupant du lieu pratique une activité commerciale ou non. La future villa bordelaise proposant des services payants, l’octroi de son AOT a été soumis à une mise en concurrence. Une étape « discrète et peu communiquée » selon Noël Eyrignoux, où les porteurs de « Shamengo étaient les seuls mentionnés dans le règlement » ajoute Matthieu Rouveyre.

« Il y avait davantage de cohérence à mettre cette villa à côté de Darwin, souligne le président de l’ACPEL. Mais ici, c’est sur que les hébergements auront une belle vue… »

« Déni de démocratie »

Autre problème relevé, la redevance annuelle à laquelle sera soumis Shamengo, faible. Bordeaux Métropole précise dans sa délibération du 6 juillet dernier le prix de 8 509,58€. « Une bouchée de pain », dénonce Noël Eyrignoux.

Catherine Berthillier a annoncé l’aide de quatre financeurs pour ce projet : l’État, Harmonie Mutuelle, SNCF Réseau et surtout le groupe Eiffage, qui devrait également être en charge du chantier de la villa. Sur le budget fonctionnel, « personne ne sait » se lamente Noël Eyrignoux. « Les chiffres viendront en temps et en heure » s’est simplement contentée d’expliquer Catherine Berthillier dans les colonnes du journal Sud Ouest, le 19 juin dernier, veille de la seule réunion avec les habitants du quartier sur le projet. Celle-ci n’a en réalité été qu’une « simple présentation du projet, sans réelle place au débat » explique Matthieu Rouveyre.

« Il y a eu un véritable déni de démocratie sur cette affaire […] J’ai personnellement écrit trois fois à Monsieur Alain Juppé, je n’ai jamais eu de réponse, ce silence est extrêmement choquant », insiste Noël Eyrignoux.

Le président de l’ACPEL a lancé une pétition appelant à ne pas laisser Bordeaux Métropole « privatiser l’espace public de l’Allée Serr ». Il promet de « continuer le combat ». Matthieu Rouveyre a, quant à lui, assuré qu’il y aura plusieurs recours. Le groupe Europe Ecologie – Les Verts et les socialistes de Bordeaux, Talence et Villenave d’Ornon se sont abstenus lors de la délibération du 6 juillet dernier. Le président du groupe écologiste Pierre Hurmic a une nouvelle fois dénoncé la non-concertation des riverains et la discrète publicité autour de la mise en concurrence du projet. Shamengo et sa présidente n’ont pas donné suite à notre demande d’entretien.

L'AUTEUR
Sébastien Rouet
Sébastien Rouet
Racines girondines, étudiant en master journalisme au CELSA Sorbonne Université. Passionné d'Amérique latine et supporter du mythique FCGB.

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