Exemple de précarité chez les profs contractuels, Pilar évite de peu le licenciement
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Exemple de précarité chez les profs contractuels, Pilar évite de peu le licenciement

actualisé le 13/07/2018 à 16h07 : Mise à jour avec la nouvelle affectation de l'enseignante, une "fausse victoire" pour ses proches

Après 24 ans de services pour l’Education Nationale, Pilar Sainz de la Maza était sur le point d’être licenciée. Le rectorat de Bordeaux a finalement retiré sa procédure après la mobilisation de son syndicat, le soutien de ses collègues et anciens élèves, et un passage devant une commission paritaire.

La nouvelle lui a rendu le sourire à Pilar Sainz de la Maza, professeure d’espagnole qui a failli prendre de longues vacances. En contrat régulier avec l’Education Nationale depuis 24 ans, passée en CDI en 2012 (donc pas fonctionnaire), l’enseignante de 55 ans ne faisait plus l’affaire. Le rectorat lui reproche une « insuffisance professionnelle » et entame une procédure de licenciements.

« Les ennuis avaient commencé l’année dernière », raconte Pilar Sainz de la Maza.

Alors que son travail est apprécié dans le lycée de Mérignac, elle se retrouve en conflit avec la directrice d’un autre établissement girondin où elle enseigne. Un tutorat est imposé. Puis « un dialogue difficile » s’instaure avec l’inspection académique et la direction de l’établissement, rapporte la CGT Educ’Action.

Soutenue, Pilar Sainz de la Maza conserve son poste de professeure contractuelle espagnole (Nathalie Man)

Témoignages de soutien

Concrètement, le rectorat lui reproche des lacunes dans la pédagogie et la didactique. Le secrétaire académique du syndicat CGT, Dominique Marchal rappelle que le cours inspecté se déroulait dans une classe « vraiment difficile ». Il poursuit :

« Il y a une forme d’arrogance du corps de l’inspection qui a une vision de la pédagogie. La collègue Pilar a plus de 20 ans de pratique. Elle est capable d’écouter les conseils mais ce n’est pas une étudiante non plus. Sans remettre en cause le point de vue et l’analyse de l’inspection, décréter une insuffisance pro sur deux visites juste parce qu’on n’est pas satisfait, on doit dénoncer la manière et la brutalité de la décision. »

Sur le fond, Pilar Sainz de la Maza apporte les témoignages de soutien de collègues mais aussi d’anciens élèves devenus professeurs d’espagnol.

D’abord reçue par la direction du personnel enseignant (DPE), ses arguments ne sont pas entendus. La DPE lance la procédure de licenciement que doit appuyer ou non la commission consultative paritaire académique (CCPA) où siège les représentants de l’administration et du personnel.

Réunie vendredi dernier, la CCPA vote contre. En ce début de semaine, le rectorat ne prononce pas le licenciement et retire donc la procédure qu’il avait initiée.

« Précarité à perpétuité »

« Immense soulagement » clame la CGT. Pilar Sainz de la Maza peut souffler :

« Je dois mon salut aux soutiens, aux gens et à l’action syndicale lors de mon audition. C’est une bataille de gagnée. J’aurai un poste à la rentrée. »

Mais, elle est navrée de voir que la lettre du rectorat lui demande « un investissement à la hauteur de l’opportunité qui (lui) est donnée » alors qu’elle aimerait avoir les formations reçues par les titulaires.

Enfin des vacances ? Pas tout à fait. Elle devra attendre encore jusqu’au moins le 18 juillet pour connaître sa nouvelle affectation dans un établissement. Présente dans l’académie de Bordeaux depuis 2000, elle a déjà connu 11 établissements très différents (collège, lycée, lycée pro).

« Le cas de Pilar exprime bien cette précarité à perpétuité que fait tourner l’Education nationale, dénonce Dominique Marchal. Être contractuel, ce sont parfois des mi-temps imposés, des établissements très loin du domicile, des programmes à redécouvrir chaque année quand on passe du collège, au lycée pro, au lycée général »

Selon son syndicat, ils seraient ainsi environ 20000 à ne pas être sous statut de la fonction publique.

Fausse victoire

Rue89 Bordeaux apprend ce vendredi que l’enseignante a reçu les détails de son affectation. Elle devra se rendre dans le Libournais à une vingtaine de kilomètres de son domicile avec un contrat moindre : 8 heures 50 de cours contre les 9 heures « obligatoires inscrites dans son contrat CDI » nous précise ses proches, quand les titulaires à temps plein en ont le double.

En plus d’un revenu qui s’annonce en baisse, elle devra recevoir les visites du même corps d’inspection, celui qui l’a précédemment sanctionnée. Son entourage parle désormais d’ « une fausse victoire ».

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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