Dans l’académie de Bordeaux, EDF va briefer élèves et enseignants sur l’énergie
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Dans l’académie de Bordeaux, EDF va briefer élèves et enseignants sur l’énergie

L’académie de Bordeaux et la direction régionale d’EDF ont renouvelé cet été un partenariat permettant à l’entreprise d' »informer les élèves et les équipes éducatives » sur l’énergie, et de « soutenir la formation et l’insertion professionnelle des jeunes ». Tchernoblaye dénonce ce jeudi dans un communiqué un accord « radioactif ».

L’association anti-nucléaire girondine estime que cette convention de l’académie avec l’électricien, valable jusqu’en 2021, livre « élèves et enseignants à la propagande nucléaire d’EDF » :

« EDF n’est hélas plus un service public mais une société anonyme qui participe au marché de l’énergie parmi divers concurrents : rien ne justifie que l’Éducation nationale livre les élèves à la propagande de cette entreprise commerciale et embrigade même les enseignants au cours de stages d’une semaine à la centrale nucléaire du Blayais ! »

C’est en effet l’une des actions qui seront soutenues par EDF, tout comme l’organisation de visites de centres de production et de distribution d’électricité pour les enseignants, le développement des qualifications « Maintenance en environnement sensible » de Blaye, ou encore des évènements divers et variés proposés aux élèves : le Challenge Energie Mixte vise par exemple à « susciter des vocations » dans le secteur de l’énergie, en particulier nucléaire, et le concours C’génial récompense des projets scientifiques de collégiens.

La direction régionale d’EDF précise cependant que ce partenariat avec l’académie de Bordeaux n’a rien de nouveau : en vigueur depuis 2006, il est renouvelé tacitement tous les trois ans, et sa reconduite a simplement donné lieu cette année à une petite médiatisation de la part du rectorat. Il vise en priorité les enseignants et élèves de collèges et lycées.

Un accord « tout à fait classique »

Interrogé par Rue89 Bordeaux lors de sa conférence de presse de rentrée, Olivier Dugrip, recteur de l’académie de Bordeaux estime qu’il s’agit là d’un accord « tout à fait classique, comme il en existe de nombreux autres avec le monde de l’entreprise et les représentants des diverses branches professionnelles » :

« Il s’agit de pouvoir mieux présenter à nos élèves l’ensemble des métiers de la filière énergétique, et de travailler en partenariat sur toutes les questions, notamment de protection de l’environnement ».

Olivier Dugrip précise simplement qu’il peut potentiellement s’adresser à tous les élèves de l’académie si leurs enseignants désirent faire intervenir des agents d’EDF, ou aller visiter une centrale énergétique, un barrage, ou voir comment on entretient un réseau électrique ».

EDF a détaché pour cela  une de ses salariées, Gwénola Pasquiou, auprès de la délégation académique à la formation professionnelle initiale et continue. Elle a notamment mis en oeuvre des visites de sites dans le cadre des projets « Quel mix énergétique pour 2050 ? », initiés par le rectorat de Bordeaux pour encourager les enseignants à mener des actions pédagogiques sur le sujet. Lors de cette première édition, une vingtaine de classes ont participé.

Manifestants anti-nucléaire devant la centrale du Blayais (Pierre-Alain Dorange/Flickr/CC)

Des visites très sélect

Il est intéressant de constater sur le site internet de ce programme que des visites de sites de production électrique sont proposées, dans les centrales nucléaires de Golfech et du Blayais (avec 20 créneaux de visites possibles) ou sur des barrages hydroélectrique en Dordogne et dans les Pyrénées. Mais pas de sites de production photovoltaïque et éolien. Motif :

« Les visites sont plus difficiles à organiser, hormis si vous avez des contacts directs avec les exploitants de la centrale ou lors de journées portes ouvertes organisées localement. Elles se feront donc à l’initiative des établissements qui prendront en charge leur organisation ».

Martin Leÿs, délégué régional Nouvelle-Aquitaine d’EDF, affirme qu’il a rencontré lui-même « beaucoup de difficultés à visiter des parcs éoliens ou photovoltaïques ». Ceux-ci sont gérés par EDF Energies Nouvelles, filiale d’EDF mai s « société de droit privée où le personnel est moins staffé » pour ce genre de demandes – c’est à dire disposant peu d’agents dédiés à la communication ou au tourisme industriel.

Et si EDF propose autant de créneaux pour découvrir ses centrales  nucléaires, c’est tout simplement par ce qu’elles sont très demandées, selon l’entreprise, qui récuse les critiques de Tchernoblaye.

« Manipuler les cerveaux » ?

L’association estime en effet que « les citoyens, enseignants ou non, n’ont généralement pas les éléments pour décrypter les méthodes habiles et insidieuse des communicants d’EDF ». Et elle juge que l’énergéticien « avec la collaboration du recteur, entend manipuler les petits cerveaux en formations », pour « présenter le nucléaire comme une banale énergie parmi d’autres, ce qu’elle n’est pas en réalité ».

Pour Gwénola Pasquiou, il s’agit au contraire de « développer l’esprit critique » des enseignants, qui gardent l’initiative pédagogique de faire intervenir des chercheurs et de s’informer auprès de toutes les sources possibles (dont le scénario Négawatt, antinucléaire).

« Ce n’est pas de la propagande pro-nucléaire, martèle Martin Leÿs. EDF a fait sa révolution culturelle depuis l’époque où elle faisait la publicité du chauffage électrique et des grille-pains. L’entreprise est engagée dans la transition énergétique : elle ferme ses centrales au fuel et au charbon, et développe ses parcs photovoltaïques et éoliens ».

EDF rappelle ainsi porter un projet de ferme éolienne sur le site de la centrale nucléaire du Blayais, qui sera bientôt l’objet d’un débat public.

Pour être totalement transparents sur le sujet, EDF et l’académie de Bordeaux proposeront ils aussi aux enseignants et aux élèves de visiter le futur centre d’enfouissement des déchets nucléaire de Bure ou l’usine de retraitement de La Hague ? Il n’est question pour l’instant que de s’intéresser à « la partie production » d’énergie, tempère-t-on chez EDF, où on souligne l’importance des débouchés, avec un tiers des 6000 apprentis embauchés par le groupe à l’issue de leur contrat d’alternance.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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