Les ateliers d’écriture de Bordeaux au banc d’essai
Culture  Vie pratique 

Les ateliers d’écriture de Bordeaux au banc d’essai

Vous rêvez d’écrire mais ne savez pas par où commencer ? Vous aimeriez confronter vos ébauches de romans à des avis éclairés, préparer votre récit pour le concours de nouvelles #Bordeaux2050 ? Un des ateliers d’écriture qui ont fleuri dans la métropole bordelaise est peut-être fait pour vous. Petit inventaire à un mois de la date limite d’envoi de vos nouvelles. 

L’Atelier d’Anne Caumes à la maison

Des banquettes rouges autour d’une table façon brasserie, une déco cosy, un Grévisse, vissé au mur ou presque: Anne Caumes reçoit dans sa jolie cabane au fond du jardin, à Talence. Objectif: délectation scripturale dans cette cabane-salle à manger, où l’on cuisine les mots.

L’ancienne correctrice dans l’édition propose sous  forme itinérante depuis 2006 et, depuis 2015 chez elle, des ateliers d’écriture créative, des ateliers de nouvelles et des ateliers manuscrit . Pour ces derniers, elle s’appuie sur des jeux littéraires et poétique, des exercices de style ou d’imagination,  des fiches créatives et des techniques d’écriture.

La manufacture de mots Anne Caumes et Clément (MO/Rue89Bordeaux)

Pour introduire l’atelier d’écriture créative auquel participent Clément, Marie-Sophie et Hélène, l’animatrice leur demande de lire ce qu’ils trouvent sous la main, puis de s’interroger sur les sens qu’ils sollicitent lors de la lecture.

Trouver sa voix

Une manière progressive d’introduire le thème de l’atelier: la petite voix intérieure. Après un petit point scientifique sur l’origine de  cette petite voix , Anne propose lors d’une exercice de remplacer celle-ci  par la voix d’une personne de leur choix.

Vingt minutes plus tard, petit moment d’émotion lorsque Marie-Sophie annonce la couleur:

« Je suis partie sur un truc un peu perso. J’espère que je vais pas être trop émue non plus, hein… »

En filigrane, on croit comprendre que la jeune femme de 33 ans fait parler une sœur jumelle dont on ne saura pas, à la fin du texte, si elle est morte ou muette, mais qui semble l’accompagner au quotidien.

Ce moment de partage est rendu possible par le fait que les participants sont comme à la maison. Ils tutoient chaleureusement leur hôtesse littéraire chez qui ils trouvent une écoute bienveillante. Et ils peuvent lire sans appréhension devant les autres, les textes qu’ils ont écrits.

Hélène, manipulatrice radio aux urgences et grande fan des correspondances, y vient depuis trois ans :

« Je suis super excitée à chaque fois que j’arrive parce-que j’ai envie de retrouver les autres, d’écrire, qu’on me donne des exercices. Je suis super à l’aise et même si je vois que des gens sont plus doués, ça me motive. Et cela me permet d’avoir une activité pour moi en dehors de mon travail et de mon couple. »

Anne Caumes affirme ne pas « mettre le nez dans le cahier des uns et des autres » :

« C’est un atelier d’écriture créative. Le jeudi, on s’occupe de l’imaginaire. Il n’y a pas de notion de performance. Mon objectif, c’est qu’ils trouvent un support comme peuvent l’être la peinture ou la musique pour qu’ils puissent s’exprimer. Tous le monde a des motivations différentes. Certains  viennent avec dans l’esprit d’écrire quelque-chose de plus conséquent. D’autres attendent une  sorte de validation par rapport à eux. »

Renseignements et contact sur le site de La manufacture de mots.

Sophie Ducharme transmet l’étincelle

« Mais pourquoi j’ai accepté de mettre ces talons ? J’ai mal, j’ai l’air d’un moustique ivre, déguisé en libellule. »

Comment vient-on à écrire ce genre de phrase ? En participant aux ateliers de Sophie Ducharme, prix du roman jeunesse en 2000 pour « Les enfants perdus » (éditions Syros). Elle a en effet un certain don pour vous pousser à prendre la plume.

Tout en douceur et en gaité, cette adepte du yoga invite avec zénitude les participants à écrire à partir de textes lus en début de séance.

Concentrées sur l’écriture (MO/Rue89Bordeaux).

Cet auteure jeunesse se destinait à une profession de juriste, mais n’exercera finalement pas un métier qui ne la faisait pas rêver.

Plutôt que de parler de techniques, elle met l’accent sur la créativité de chacun, « pour jouer avec les mots et les idées » :

« Je ne forme pas des auteurs. Les personnes ne viennent pas forcément parce qu’ils ont un projet éditorial. Je propose des consignes et des pistes de lancement et puis les participants écrivent. Je ne suis pas là pour les juger. »

Depuis 4 ans, elle anime des ateliers d’écriture créative. Ils se déroulent dans différents lieux à Bordeaux,  au centre jeunesse Denise Escarpit, à la bibliothèque de Mériadeck, à la librairie Olympique et à l’Union Saint-Jean. Sophie Ducharme anime aussi des stages yoga-écriture.

Renseignements et contact sur son site Internet.

Chez Nadia Bourgeois, dans la peau du personnage

Nadia Bourgeois vous met à l’aise d’emblée avec sa bienveillance joyeuse dont elle couve ses apprentis écrivains.  Pour débuter son atelier d’écriture créative, elle commence par donner une consigne d’écriture pour un exercice qui durera 50 minutes.

Exemple le jour de notre visite : « Racontez le comportement étrange d’un personnage et arrêtez votre récit avant d’en révélerez la chute ». Les textes sont ensuite lus et commentés par le groupe.

« Je propose des techniques d’écriture qui permettent d’appréhender un personnage, de la caractériser, de lui donner de la densité, de le rendre attachant, explique Nadia Bourgeois. On s’attache ensuite à apprendre comment créer des obstacles, des conflits, comment développer une intrigue et structurer un récit. »

Puis dans une seconde partie, les participants travaillent sur leur projet personnel. Parmi eux, François, un infirmier de métier, écrit des nouvelles et des petits textes depuis cinq ans. Il a le projet de participer à un concours de nouvelles. Avant de suivre les cours de Nadia Bourgeois, il se rendait une fois par mois dans un autre atelier, une fréquence qui ne lui convenait pas :

« Je voulais garder l’assiduité nécessaire à ce genre d’activité.  Comme pour la peinture, il faut s’entrainer régulièrement quand on veut écrire. »

Mais qu’est ce que ces ateliers lui apportent ?

« On passe un peu de l’autre cote de la barrière, de la position de lecteur à celle d’auteur. On découvre qu’il faut structurer une histoire au départ très différente de ce que va recevoir un lecteur. »

Virage pro

C’est un complet virage professionnel que Nadia Bourgeois a opéré pour mener ses ateliers. Après avoir travaillé dans le crédit à la consommation jusqu’en 2012, elle a commencé par suivre les ateliers d’Anael Verdier à Bordeaux. Celui-ci enseigne des techniques de professionnels – règles de la dramaturgie, la manière de structurer une histoire, la caractérisation des personnages, la régularité de l’écriture… Mais aussi la manière de présenter un projet à un éditeur.

Devenue auteur et metteuse en scène – la comédie Bouge ton cube, notamment -, Nadia Bourgeois s’inspire de ces méthodes dans ses ateliers. Si elle privilégie l’écriture plaisir, elle accompagne aussi en parallèle des personnes dans leur projet d’être édité. Elle propose également des stages consacrés à des genres comme le polar ou le théâtre.

Contact : nadiabourgeois66@gmail.com / 06 30 16 91 56

Renaud Borderie fait entrer dans la ronde

Depuis l’an dernier, Renaud Borderie anime chaque mois un atelier d’écriture à La machine à lire à Bordeaux, à la demande de la libraire Hélène des Ligneris. Le Bordelais, auteur et metteur en scène, membre du collectif jesuisnoirdemonde, a choisi de nommer ces ateliers La ronde. Parce que « pour écrire, il faut se prendre par la main, ce n’est pas facile ».

« Les ateliers touchent des gens qui écrivent depuis des années ou qui viennent par curiosité, raconte-t-il. Ils viennent de tous les milieux et c’est assez émouvant de voir que ce n’est pas réservé à une élite. Les séances sont indépendantes les unes des autres donc les gens ne sentent pas obligés de venir. On échange, on parle autour de l’écriture, on  s’interroge sur ce qu’est écrire, on démystifie l’écriture. J’improvise avec ma sensibilité. Et puis on se retrouve le soir comme dans une veillée paysanne, dans une belle salle qui plus est. On est dans le domaine du sensible. »

Écrire pour soi, écrire pour les autres (Le labo des histoires)

Pour le prochain atelier qui aura lieu le 24 octobre, et aura pour thème  La chambre claire, notes sur la photographie de Roland Barthes. L’auteur a demandé aux participants de venir avec une photo, en écho à une exposition qui se tient à la Machine. « On explorera le punctum, ce point qui touche de cœur à cœur. »

Il procède ainsi pour tous les ateliers : le point de départ peut être une citation ou un texte, souvent en lien avec l’activité de la librairie.

Renseignements : renaudborderie@gmail.com / 06 17 67 90 02

Aleph, au commencement était le verbe

Aleph écriture est un centre de formation crée en 1985 à Paris et qui est aujourd’hui présent dans plusieurs villes de France. Il propose plusieurs entrées pour aborder l’écriture, à travers des ateliers de découverte de l’écriture par échange de mails, ou dans trois lieux en Gironde : la Machine à Lire,  l’école France langues à Bordeaux et à la librairie Le jardin des lettres à Andernos.

Ces ateliers ouverts sont centrés sur la découverte d’un auteur contemporain, autour d’une publication récente, et s’appuient sur l’Inventoire, la revue littéraire  numérique d’Aleph. Dernièrement, Catherine Berthelard a animé un atelier à la Teste-de-Buch à partir du roman « Mercy, Marry, Patty », de Lola Laffont. A partir d’une lecture, l’animatrice fait des propositions d’écriture.

Le centre dispense aussi des formations générales à l’écriture littéraire composées de plusieurs modules ; « oser écrire », « s’approprier les techniques de bases du récit », « écrire sur le registre autobiographique ». Idéal pour les personnes qui ont un projet au long court, comme par exemple celui d’écrire un roman.

Sylvie, une participante à l’atelier (MO/Rue89Bordeaux)

Professeur des écoles, Sylvie avait pris une année sabbatique pour voyager et écrire. Elle participe à son deuxième atelier d’Aleph, 15 ans après :

« J’y suis allée par hasard, avec une collègue. J’avais trouvé ça très fort, je ne m’y attendais pas du tout. L’animatrice était atypique, son défi était de faire écrire des gens qui n’avaient jamais écrit. Les ateliers d’Aleph sont très didactiques, avec une progression logique où l’on part du plus général jusqu’à travailler des points précis. Dans d’autres ateliers que j’ai pu faire, il n’y avait pas ce retour sur ce que l’on écrit. »

Renseignements et contact sur le site d’Aleph

le labo des histoires joue la carte jeune

Le labo des histoires est une association créée en 2011 qui compte 11 antennes en France, dont une en Nouvelle-Aquitaine depuis 2016. Elle s’adresse aux jeunes jusqu’à 25 ans et leur propose des ateliers dans différentes médiathèques de la métropole, à Cenon ou Lormont par exemple et dans d’autres lieu comme le CHU de Bordeaux, le centre Abadie et des écoles.

Depuis juin 2018, elle a posé son encrier à la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux. Tous les mercredis, des intervenants locaux animent des ateliers d’écriture créative qui sont accessibles sur inscription via le site internet de l’association.

D’après Jennifer Carrère-Poey, la directrice de l’antenne bordelaise, « leur contenu est très variable » :

« Les ateliers du mercredi sont plutôt ludiques, et sont distincts les uns des autres. Les laborantins – les jeunes qui participent aux ateliers – découvrent des formes d’écriture variées ; la bande dessinée, le polar, la  poésie, le slam, le roman , le théâtre, l’écriture pour des jeux de société ou des jeux vidéos. Ils travaillent sur des techniques d’écriture, sur les personnages, l’univers, l’intrigue. L’écriture est dédramatisée Les ateliers fonctionnent parfois aussi par cycle. Par exemple jusqu’à la fin de l’année scolaire, l’association propose un cycle de 10 séances sur la science-fiction. »

Des ateliers pour les moins de 25 ans (Le labo des histoires)

Le prochain atelier, le 17 octobre, sera mené par l’auteur  Kristoff Valla sur le thème : « Se réapproprier l’Histoire pour ses histoires. » Au programme du mois de novembre : l’écriture de nouvelles et la dystopie.

Renseignements, contact et inscriptions sur le site de l’association

L'AUTEUR
Malika Ouaddah
Malika Ouaddah
Journaliste indépendante, travaille pour plusieurs sites d'info en ligne.

En BREF

Dernier appel des Ford avant la fermeture de l’usine de Blanquefort

par Simon Barthélémy. 570 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

#StopExpulsions : le hashtag qui veut faire plier la préfète de la Gironde

par Walid Salem. 3 758 visites. 3 commentaires.

Un hommage à Steve rassemble 250 personnes devant le miroir d’eau

par Walid Salem. 512 visites. 1 commentaire.