On a sans doute retrouvé la dépouille de Montaigne… dans sa tombe
Culture 

On a sans doute retrouvé la dépouille de Montaigne… dans sa tombe

actualisé le 13/02/2019 à 00h13

Dite comme ça, la nouvelle n’est a priori pas renversante : un cercueil portant le nom de Michel de Montaigne vient d’être découvert au sous-sol du musée d’Aquitaine, dans le caveau que le philosophe humaniste était bien censé occuper. Mais un doute sérieux planait sur l’emplacement véritable de ses restes, qui ont beaucoup voyagé.

Un an après sa mort, en 1593, et à la demande de sa femme, Michel de Montaigne est inhumé dans un caveau dans l’église du couvent des Feuillants, à l’emplacement de l’actuel musée d’Aquitaine, à Bordeaux. Le tombeau est déplacé plusieurs fois et quitte en 1793 le couvent, profané pendant la Révolution.

Michel, ma belle

En 1803, on se rend compte que les restes du philosophe, transférés au musée de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, ne sont pas les siens ! Un descendant de Montaigne obtient de la ville que le cénotaphe (monument funéraire à son effigie) et ses cendres (retrouvées entretemps), reviennent dans l’ancien couvent, devenu un lycée.

Le cénotaphe de Montaigne a été restauré récemment (SB/Rue89 Bordeaux)

Après l’incendie de celui-ci en 1871, les restes de l’humaniste sont provisoirement déposés au cimetière de la Chartreuse. En 1886, ils sont solennellement transportés à la faculté, construite à l’emplacement des Feuillants, et inhumés dans un caveau en sous-sol, au dessous du monument exposé au public dans le grand vestibule d’entrée.

Au revoir, là haut

Si le cénotaphe a depuis été déplacé, après la transformation de l’université en musée, en 1987, ou lors de sa restauration l’an dernier, le tombeau lui-même n’a pas bougé. Mais peu après sa nomination l’an dernier, le nouveau directeur du musée d’Aquitaine, Laurent Védrine, a voulu en avoir le cœur net. Un trou a été percé dans le caveau, permettant de découvrir… un cercueil en bois avec une plaque en cuivre portant le nom de Michel de Montaigne.

« On n’avait aucune certitude sur la présence réelle des restes de Montaigne, justifie Laurent Védrine ce vendredi lors d’une conférence de presse. Nous allons désormais procéder à l’ouverture du caveau afin de répondre à cette question : s’agit-il bien de Michel de Montaigne ? Nous avons un faisceau d’indices, mais cela va demander notamment une expertise ADN. Si nous avons des échantillons exploitables, nous devrons les comparer avec ceux de ses descendants. Et donc les retrouver. »

3M

De quoi lever ce « point d’interrogation qui s’était épaissi » sur la véritable contenance du caveau du musée, explique Christian Block. Le responsable des collections médiévales et modernes du musée raconte que bien des montanistes (spécialistes de Montaigne, DNLR) venaient se recueillir devant le cénotaphe du grand homme de lettres.

« Mais beaucoup de gens, y compris parmi ceux travaillant au musée, doutaient » de la présence réelle de sa dépouille, ajoute-t-il. Certains auraient même envisagé de transformer le caveau en lieu de stockage, comme la salle qui l’entoure est remplie de reliques de l’ancien couvent…

Derrière le lancement de ces recherches, et dans la foulée de la restauration du cénotaphe, la Ville de Bordeaux compte bien mettre davantage en valeur dans la cité le rôle et l’importance de son maire. Celui du XVIe siècle, de l’Humanisme et des 3M. Dans l’immédiat.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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