Avec « Bulles d’air », le Pessacais Daouda Diakhaté remporte le Grand Prix Ciné Banlieue
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Avec « Bulles d’air », le Pessacais Daouda Diakhaté remporte le Grand Prix Ciné Banlieue

Carton plein pour « Bulles d’air » ! Le court-métrage de Daouda Diakhaté remporte le Grand Prix et celui de l’interprétation masculine au Festival Ciné Banlieue 2018, et aussi le prix Etudiant de l’université Paris XIII.

(DR)

Daouda Diakhaté n’est pas passé par l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son de la Fémis, ni par l’École nationale supérieure Louis-Lumière, ni par l’école de la Cité du cinéma à La Plaine Saint-Denis. Ce cinéaste d’origine sénégalaise est un autodidacte qui a « envie de prouver qu’on peut, si on le veut, réaliser ses rêves ». Né dans le quartier Haut-Livrac à Pessac, il est arrivé à la vidéo puis au cinéma au gré des chances qu’il a pu saisir. A 34 ans aujourd’hui, il n’est pas prêt de s’arrêter.

S’entretenir avec Daouda Diakhaté ne mène pas à des phrases toutes faites. Pas la peine de lui parler d’immigration et de banlieue. Ces registres-là, il n’en veut pas. Il veut parler des problèmes de tous les jeunes, « ces problèmes qu’on ne voit pas ».

Alors que son court-métrage de 30 mn, « Bulles d’air », est à l’Utopia ce lundi 3 décembre à 19h30 pour sa deuxième projection publique en France, Rue89 Bordeaux a rencontré son auteur.

Daouda Diakhate reçoit le Grand Prix du Festival Ciné Banlieue 2018 (DR)

Rue89 Bordeaux : De quoi parle votre film « Bulles d’air » ?

Daouda Diakhaté : C’est l’histoire d’Omar, la trentaine, qui sort tout juste d’un long séjour en hôpital psychiatrique. Il retourne vivre avec son père et sa sœur, dans un appartement d’un quartier populaire à Bordeaux, le Saint-Pierre d’il y a 15 ans. Sa mère n’est plus là. Depuis sa sortie, Omar a une obsession, celle de reprendre contact avec son ex-petite amie.

Le film évoque un jeune qui souffre de troubles du comportement, dans un environnement où on est mal à l’aise avec ces pathologies, comme la schizophrénie ou la bipolarité. Ces maladies sont méconnues dans les pays d’Afrique, que ce soit l’Afrique noire ou le Maghreb. Elles sont méconnues voire non reconnues.

Est-il question d’immigration et d’intégration ?

C’est le contexte bien sûr, mais ce n’est pas le sujet du film. C’est un jeune issu de l’immigration mais qui essaie de trouver sa place comme tous les jeunes. Là, en l’occurrence, il est d’origine sénégalaise. Ce qui lui arrive vient se greffer à son histoire. Son père est très attaché à la culture sénégalaise, il regarde les chaînes de télévision de son pays et fait même appel à un marabout pour régler le problème de son fils.

Omar a un problème d’identité comme on en a tous. Quand on cherche sa place, il faut savoir qui on est. Dans la relation avec son père, au-delà du choc des générations, il y a aussi le choc des cultures. Cette question interfère dans le film mais n’est pas le sujet du film. C’est l’arrière-plan. Disons que c’est un jeune malade issu de l’immigration.

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

C’est un film qui parle d’une certaine jeunesse qui souffre de maladies et qu’on ne regarde pas. J’ai grandi dans plusieurs quartiers populaires de la région bordelaise, essentiellement à Pessac. Dans les reportages sur les banlieues, on parle des jeunes qui dealent et tout ça. Ça existe bien sûr. Mais il y a aussi des jeunes qui font des allers-retours dans les hôpitaux psychiatriques. Il y en a énormément et on n’en parle pas. J’en ai parmi mes proches, des gens avec qui j’ai grandi. Pour certains, l’issue a été tragique.

Ce film a décroché plusieurs prix, une consécration ?

Pour une première sélection, ça fait du bien ! Ça fait parler du film et des professionnels ont demandé à le visionner. Le festival Ciné Banlieue est important parce que c’est une bonne vitrine pour des jeunes autodidactes comme moi. J’espère des sélections dans d’autres festivals parce que mon film ne parle pas de la banlieue. La banlieue c’est pas un genre !

Vous êtes un autodidacte, quel est votre parcours ?

J’ai arrêté l’école à l’âge de 16 ans. Jusqu’à mes 24 ans, je n’ai rien fait. Après les émeutes de 2005, je suis devenu éducateur dans mon quartier avec un contrat de travail Cui-Cae. Pour travailler dans les quartiers, on embauchait des jeunes de ces quartiers. La ville de Pessac m’a donc embauché pour m’occuper des plus jeunes.

Ces jeunes voulaient faire des vidéos, dans la veine des youtubeurs. Je ne connaissais rien à l’époque. J’ai commencé et j’y ai pris goût. J’ai appris en regardant des films et en m’exerçant. A partir du moment où on a quelque chose à raconter et qu’on se prépare bien pour le raconter, ça marche. Il faut être sincère. J’ai créé une association en 2009, Nos Rêves Production, et j’ai fait des films auto-produits. « Bulles d’air » est mon premier film produit.

Vous avez de nouveaux projets ?

Oui, plein ! Mais je ne peux pas encore en parler.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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