Ford rejette le projet de Punch et préfère licencier ses 850 salariés en Gironde
Economie 

Ford rejette le projet de Punch et préfère licencier ses 850 salariés en Gironde

actualisé le 15/01/2019 à 17h36 : Avec réactions de Bruno Le Maire et d'Alain Juppé

Pour les 850 salariés de Ford Aquitaine Industrie à Blanquefort (Gironde), le plan de licenciements devient le seul horizon. La multinationale a refusé l’offre de reprise de Punch. Le pire est à craindre pour ses ouvriers girondins. Les réactions indignées pleuvent.

Moins d’un an à vivre. L’usine Ford Aquitaine Industrie devrait fermer en août 2019. La Ford Motor Company a déclaré dans un communiqué qu’elle ne cèderait pas le site de Blanquefort au potentiel repreneur Punch, groupe belge sous-traitant fabricant également des boites de vitesses.

« Malgré les discussions rigoureuses et approfondies des neuf derniers mois, et les meilleurs efforts fournis par chacune des parties, le plan proposé par le repreneur potentiel présente des risques significatifs » déclare le constructeur qui a fait plus de 7 milliards de dollars de bénéfices en 2017.

Mardi, poussés par l’Etat, les salariés et les syndicats avaient accepté un accord de principe avec Punch pour faire front commun. Les collectivités locales pouvaient investir 15 millions d’euros d’aides et Punch en promettait 120 millions. Le ministre de l’économie avait à nouveau demandé au géant américain d’accepter le plan de reprise dont les bases économiques semblaient plus solides.

A Ford, un mannequin pendu dans l’usine de Gironde en mars 2018 (DR)

Mais pas assez, répond ce jeudi la Ford Motor Company, dont la direction a constamment ignoré les médias ces dernières années, ne s’exprimant que par des communiqués impersonnels :

« Nous ne croyons pas que les plans de l’acquéreur potentiel offrent le niveau de sécurité et de protection, ou limitent le risque de possibles pertes d’emploi futures, que nous souhaitons pour les salariés de FAI. Depuis que nous avons initié le processus d’Information Consultation en Juin 2018, notre priorité a été de trouver un repreneur fiable pour le site de FAI et nous sommes également déçus de ne pas y être parvenu. »

Surtout, Ford ne souhaitait pas laisser des volumes de productions dans les carnets de commande du potentiel repreneur, ce qui avait été fait par General Motors à Strasbourg quand l’usine avait été reprise par Punch. Pour la multinationale américaine, mieux vaut donc mettre tout le monde dehors.

La CGT accuse ces « patrons voyous » et ajoute qu’avec FO et CFE/CGC, ils  » auront tout essayé pour sauver l’usine et les emplois ! » A la sortie de la réunion du comité d’entreprise où l’annonce a été faite, la colère était présente malgré la pluie qui s’abattait sur l’usine. Un feu de palettes a été allumé avant d’être rapidement éteint.

« C’est toujours dur à entendre même quand on s’en doute s’attriste le secrétaire CGT du comité d’entreprise, Gilles Lambersend. On essaie désormais de voir avec l’Etat, de trouver une solution pour que ça coûte cher à  Ford, qu’ils ne s’en sortent pas comme ça et se sentent obligés de vendre. »

« Lâcheté, mensonge et trahison »

Les réactions politique virulentes se sont enchaînées ce jeudi. La plus virulente est à mettre au crédit de Bruno Le Maire. Le ministre de l’économie s’y déclare « révolté et écœuré par cette décision qui ne se justifie que par la volonté de Ford de faire monter son cours de bourse ».

Bruno Le Maire dénonce la « lâcheté de Ford (…) qui n’a même pas eu le courage d’appeler » son ministère, et « le mensonge de Ford » vis à vis de l’offre de reprise de Punch, qui est pour le ministre « crédible et solide ». Il dénonce aussi « la trahison de Ford vis-à-vis des plus de 800 salariés du site de Blanquefort », rendant « hommage à ces dernier qui avaient « accepté de réduire leur salaire, de réduire leur nombre de  RTT, de faire des efforts considérables pour garantir la reprise ».

« Les salariés, les syndicats, Philippe Poutou, ont été à la hauteur de leur responsabilité là où Ford ne l’a pas été, poursuit le ministre. Je veux profiter de la représentation nationale pour appeler solennellement Ford à réviser sa décision et à accepter la reprise de Punch qui garantit l’avenir du site industriel de Ford Blanquefort à Bordeaux. »

C’est « une décision dramatique » commente le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine dont le président Alain Rousset « veut encore croire que tous les efforts engagés par les deux groupes et les représentants des salariés n’ont pas encore été vains ».

Ford doit faire marche arrière

Il appelle les trois parties « à tirer profit des jours qui viennent pour parvenir à une solution durable sur le plan industriel et raisonnable sur le plan social. »

« Je demande instamment à Ford de reconsidérer sa position et donner au site de Blanquefort et à ses salariés un avenir en acceptant et en aidant la reprise », réagit pour sa part Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, et au nom des 28 maires de l’agglomération.

Du côté du département de la Gironde, le président Jean-Luc Gleyze dénonce également l’attitude de Ford : « Plutôt que de favoriser une reprise du site, ses dirigeants ont préféré organiser l’agonie de ce fleuron industriel girondin. »

Adressant son « soutien à l’ensemble des salariés et de leurs familles », il annonce son intention d’exiger de l’entreprise « le remboursement des aides perçues » (25 millions d’euros de subventions publiques depuis 5 ans).

Le député de la circonscription de Blanquefort, de la République en marche (LREM), Benoît Simian condamne également une décision qui « n’est pas digne d’un grand groupe responsable qui plus est a profité de subventions publiques ». Pourtant, en juin, il prophétisait : « Ne vaut-il pas mieux un plan social bien bâti qu’une reprise douteuse ? » Vœu exaucé.

Le plan de licenciements, étrangement nommé plan social, sera lui conclu le mardi 18 décembre après plusieurs mois de négociations. Sur les 850 salariés restants, 400 auraient pu être repris par Punch mais tous finiront à la porte selon les volontés de Ford. Certes les conditions du plan sont « honnêtes » selon Jean-Michel Caille de la CFE-CGC, mais ce dernier ajoutait surtout :

« Ça ne permet pas de vivre surtout quand il reste 10 ou 20 ans d’années à travailler après… »

La moyenne d’âge, bien qu’élevée pour une usine, est en effet de 51 ans.

Suicide

En août 2019, la production sur le site se terminera (sachant qu’elle est déjà drastiquement à la baisse) et « aucun départ contraint » n’arrivera avant septembre 2019, indique Ford.

Mais certains de ces départs se sont faits d’autres manières… En octobre dernier, un des ouvriers du site se suicidait en se rendant à une formation pour une reconversion. Si, selon nos informations, la direction avait indiqué aux salariés que l’acte n’était pas en lien avec le travail, difficile de ne pas faire le lien, une constante dans les usines qui ferment.

A titre d’exemple, neuf ans après la fermeture de l’usine Continental en Picardie, le bilan pour les 1113 salariés est très lourd. La moitié serait privee d’emplois. Parmi les reconversions, plus de 60% de ceux qui se sont mis à leur compte avaient fait faillite. Selon les syndicats, plus de 300 divorces et 17 suicides sont déplorés. En enterrant son usine girondine, Ford peut toujours se dire « déçu » ce jeudi de ne pas avoir trouver de repreneur. Mais juste avant Noël, l’entreprise ne fait aucun cadeau à ses salariés…

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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