Ecole intoxiquée aux pesticides : la relaxe demandée pour les châteaux mis en cause
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Ecole intoxiquée aux pesticides : la relaxe demandée pour les châteaux mis en cause

4 heures d’audiences et une demande de relaxe formulée par la procureur, c’est le bilan du procès qui se tenait hier devant le tribunal correctionnel de Libourne. Deux châteaux viticoles étaient appelés à s’expliquer suite à la série de malaise qui avait touché une dizaine d’élèves et leur enseignante après un double épandage à proximité de la cour de l’école de Villeneuve-de-Blaye.

« Les débats ont porté sur le vrai problème, explique à Rue89 Bordeaux, Maitre François Ruffié, l’avocat de la Sepanso, en sortant de l’audience. Il s’agissait de savoir si les viticulteurs ont utilisé tous les moyens pour empêcher les produits d’être étendus hors de la parcelle comme l’utilisation d’un anémomètre pour mesurer la force du vent, ou le respect des délais pour rentrer sur la parcelle après traitement ».

Chez Monique de Marco, administratrice de la Sepanso, l’optimisme est moins palpable :

« J’ai eu l’impression qu’on essayait de se voiler la face,réagissait-elle au micro de nos confrères, en sortant du tribunal. Ca m’a fait penser au nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté à la frontière de la France, là c’est pareil on a l’impression que les épandages se sont arrêtés au ras des vignes alors qu’elles étaient juste à côté de la cour de récréation et de l’école » .

Elle réagissait aux déclarations de Maitre Michel Gadrat, avocat du château Castel La Rose (appartenant au maire de la commune), selon lequel « aucune preuve n’a été apportée de produits qui aient gagné la cour d’école et soient sortis de la parcelle ». Pour l’avocat de la Sepanso, « là n’est pas la question » :

« Les gendarmes ne sont intervenus sur les lieux que cinq jours après les faits, on peut être surpris que le maire ne les ait pas prévenu. Mais sur les preuves, on a des auditions des enfants et des parents, ce sont des témoignages tout à fait saisissants. »

Une affaire à rebondissements

La justice avait d’abord classée sans suite l’affaire de l’intoxication de Villeneuve, avant de finalement ouvrir une enquête en décembre 2015, suite à une plainte de la Sepanso. L’association s’était alors constituée partie civile avec une autre association de défense de l’environnement : Générations Futures.

Les deux châteaux vinicole en appellation côtes-de-bourg, le château Castel La Rose, en agriculture biologique et le château Escalette, en agriculture conventionnelle, avaient été mis en examen, en tant que personnes morales, en octobre 2016 pour « usage inapproprié de produits phytopharmaceutiques » sur des vignes à proximité d’une école. Après la mise en examen, un non-lieu avait été prononcé en septembre 2017 à Libourne. Les deux ONG avaient fait appel, et obtenu la tenue d’un procès.

Demande de relaxe pour les prévenus

Ce mercredi, après une audience de quatre heures, la procureur de la République, Sandrine Ballanger a demandé une relaxe des prévenus. Pour Maître François Ruffié, c’était prévisible, étant donné sa position initiale.

 » Après les faits, en 2014, les techniciens de la DRAF, la direction régionale de l’agriculture et de la forêt, ont fait un rapport accablant pour les viticulteurs. Mais plusieurs semaines après, le directeur de cette structure, interrogé par le procureur, a fait un courrier disant exactement le contraire de ce que disaient ses services. Puisque l’administration lui a dit qu’il n’y avait pas matière à poursuivre, forcément le procureur n’avait pas poursuivi. Il persévère dans sa position, malgré l’avis du procureur général à la cour d’appel et de la chambre de l’instruction ».

Un procès pour faire bouger les lignes

Daniel Delestre, le président de la Sepanso Gironde veut rester positif :

« Ce procès permet de faire prendre conscience de l’importance d’évoluer. Au vu de la couverture médiatique, il contribue à faire bouger les lignes et nourrir le débat sur le sujet. »

Maitre François Ruffié renchérit :

« A l’audience les viticulteurs ont expliqué que maintenant ils avaient changé : ils envoyaient des mails pour prévenir et n’épandaient pas pendant les périodes de récréation, tout ça ce sont des moyens appropriés qui n’étaient pas utilisés à l’époque. »

Pour l’avocat c’est mieux, mais le chemin est encore long :

« Toute cette affaire a largement modifié le discours des professionnels. Maintenant ce que la Sepanso souhaite, c’est un changement des pratiques. »

Alternatives aux pesticides

Si Générations Futures n’a pas pu être représentée au procès, l’association se félicite qu’il coïncide avec le lancement de la semaine pour les Alternatives aux pesticides,

« plus qu’un symbole, écrit-elle dans un communiqué, le 20 mars coïncide également avec l’ouverture des discussions […] au ministère de l’Agriculture autour de la réécriture d’un arrêté dit arrêté « abeille » encadrant l’utilisation des pesticides lorsqu’il est question de ces pollinisateurs.

Plusieurs rendez-vous sont d’ailleurs proposés en Gironde à l’occasion de cette semaine pour les alternatives aux pesticides. De quoi attendre le verdict du 30 avril, avec optimisme.

L'AUTEUR
Klervi Le Cozic
Klervi Le Cozic
Journaliste pigiste passée du cidre au bordeaux, je jongle entre médias parlés et écrits pour raconter la ville et donner la parole à ceux qui l'habitent.

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