Bordeaux Métropole veut remédier aux inégalités d’accès à la santé
Société 

Bordeaux Métropole veut remédier aux inégalités d’accès à la santé

Alors que l’accès aux soins ressort comme une des priorités des Français exprimées lors du Grand Débat, le contrat local de santé (CLS) métropolitain, signé ce lundi entre Bordeaux Métropole, le département de la Gironde et l’Agence régional de santé, définit 21 actions en ce sens, à mener d’ici 2023. Objectifs : mieux toucher les publics précaires, les jeunes ou les personnes âgées et handicapées.

La métropole bordelaise prévoit d’investir 350 000 euros sur 5 ans dans ce contrat local de santé (CLS), organisé autour de 5 axes thématique, dont la promotion des environnements favorables à la santé, la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, ou encore la promotion de la santé mentale.

L‘état des lieux de la métropole bordelaise réalisé en 2016 par l’Observatoire régional de la santé (ORS), et sur lequel se fonde le CLS, révélait en effet des « disparités importantes entre les communes du territoire ». Il soulignait notamment la « situation plus alarmante » de certaines villes, notamment Lormont et Ambès, où la sur-mortalité et la prévalence des affections de longue durée (ALD) sont plus élevées que la moyenne française.

« Certaines populations recourent moins aux soins, notamment aux spécialistes, sur certains territoires de la Métropole bordelaise (quartiers prioritaires) pour des motifs financiers, souligne la fiche d’action N°11 du CLS. La problématique sur la métropole bordelaise n’est, dès lors, pas tant l’offre mais l’accès aux soins des personnes en situation de précarité. »

Vers de nouveaux lieux de « resocialisation »

Une conclusion dans la logique du rapport de l’ORS, selon lequel « Bordeaux Métropole concentre une importante offre sanitaire et la plupart des spécialités médicales » (CHU, structures sociales et médicosociales, densité de professionnels libéraux plus forte qu’au niveau national). L’Observatoire juge donc que « les problématiques rencontrées sont plutôt liées à l’accès aux soins et à la lisibilité des ressources qu’à l’offre ».

L’entrée du CHU de Pellegrin (Rue89 Bordeaux)

L’action n° 11 préconise pourtant d’ « évaluer les besoins en matière de lieux polyvalents de santé », et étudier la faisabilité de lieux de prise en charge globale (type centre de santé), de ressources (interprétariat, autisme), de formation des professionnels de santé sur diverses problématiques (violence, alcoolisme…)…

Ne craignant pas la contradiction, la fiche n° 10 relève que « les établissements d’accueil diurne des publics les plus vulnérables se retrouvent face à des problèmes structurels de manque de places ». Et préconise la mise en œuvre « de nouveaux modèles de lieux de resocialisation » : ils assureraient « l’accès à des besoins fondamentaux, se poser, se laver, laver son linge, boire un café ”avec un médecin”, dans une démarche de prévention ou de reprise de confiance en soi ».

Le contrat local de santé prévoit ainsi de consacrer plus de 60 000 euros pour « identifier de tels lieux de services » et « repérer les structures porteuses ». C’est dans cet esprit que sont orientées les actions du CLS, davantage fondées sur l’information du public et la coordination des moyens existants, que sur de nouvelles structures.

La moitié des étudiants renoncent à se soigner

L’une d’elles entend par exemple « favoriser les actions de prévention en direction des étudiants », toujours plus nombreux à Bordeaux Métropole (plus de 100 000). Or ils renoncent de plus en plus à se faire soigner « par manque d’informations ou de moyens », s’inquiète Anne Walryck, vice-présidente de la métropole en charge du développement durable.

En 2018, 51% des étudiants néo-aquitains déclaraient en effet avoir renoncé à se faire soigner par un médecin, préférant attendre d’aller mieux (contre 44% en 2015, selon les enquêtes de l’Observatoire régional des parcours étudiants aquitains), et 33% d’entre eux déclaraient ne pas avoir eu les moyens financiers de se faire soigner (contre 21 % en 2015).

Pour répondre à ce problème, le CLS prévoit de créer « un évènement bi-annuel, sur la période d’un mois, traitant d’une thématique différente à chaque mise en œuvre (activité physique, alimentation, temps passé devant les écrans, sommeil, détection du risque suicidaire…) ». Le premier de ces évènements se tiendra en 2020, le second deux ans plus tard, pour un budget global avoisinant les 150 000 euros, dont la moitié à la charge de l’ARS.

En pôle pour le psy

Alors que 25% des étudiants déclarent avoir « une mauvaise, voire très mauvaise santé psychologique », le contrat local de santé consacre un axe important à la santé mentale. Et pour cause : selon le rapport de l’ORS, la prévalence des affections psychiatriques est plus forte dans la métropole qu’au niveau national : près de 22 000 personnes étaient inscrites à ce titre (en 2013), soit le contingent d’ALD le plus important de la métropole après les cancers.

Une des actions préconise donc de « développer une compétence locale en santé mentale ». Objectifs : proposer aux travailleurs sociaux des CCAS (centres communaux d’action sociale) « une offre de formation en matière de réflexes professionnels de compréhension et de gestion des situations de décompensation et de détresse psychique ».

Cela doit permettre de « participer à l’amélioration de l’information du grand public sur la santé mentale et lutter contre la stigmatisation des personnes souffrant de troubles psychiques ».

Pour les personnes âgées ou handicapées, le CLS entend également « améliorer et développer l’offre de services en transports adaptés de la Métropole et des communes (Mobibus, P’tit bus, Witransport, Ulysse…) », ou encore améliorer « la lisibilité de l’offre de logements adaptés » et le maintien à domicile

Le CLS veut aussi mettre l’accent sur la prévention. C’est dans cette optique que sont mis en œuvre des jardins collectifs de proximité et, de façon plus technique, des évaluations d’impact sur la santé (EIS). Lors de la réalisation de projets, ils doivent permettre d’ « identifier les éléments qui pourraient avoir des effets favorables ou défavorables sur la santé de la population ».

Quid de la pollution ?

Deux EIS ont été réalisées à ce jour, sur la ZAC « Les Vergers du Tasta » à Bruges, et sur l’assainissement financier de la copropriété Palmer à Cenon, en 2017. Le CLS prévoit « au minimum une EIS par an ». Elles seront financées par la métropole à hauteur de 40 000€ par an, et de 25 000€ par l’ARS.

Enfin, les mesures sont plutôt timides, et limitées à la meilleure information du public, sur ce qui est l’un des principaux fléaux sanitaires de la métropole : la pollution de l’air. L’ORS souligne une mortalité prématurée liée aux cancers du poumon plus importante dans la métropole qu’au plan national. Et lors du programme européen APHEIS en 2008, l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique sur l’agglomération de Bordeaux a été évalué à long terme, à environ 200 décès par an.

Or on soupçonne désormais la dégradation de la qualité de l’air d’être deux fois plus meurtrière. Interrogée par Rue89 Bordeaux sur ce point, Anne Walryck promet des annonces imminentes de la métropole bordelaise sur l’instauration des zones à faibles émissions (ZFE), permettant de restreindre la circulation en ville des véhicules les plus polluants.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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