Néo Terra, un défi pour une transition écologique en Nouvelle-Aquitaine
Ecologie 

Néo Terra, un défi pour une transition écologique en Nouvelle-Aquitaine

Ce mardi, la région Nouvelle Aquitaine a voté sa feuille de route Néo Terra pour une transition écologique sur la décennie à venir. Une décision qui motive les Verts à rester dans la majorité en attendant des actions concrètes. Alors que d’autres élus s’interrogent sur le budget et la gouvernance.

La séance plénière extraordinaire est annoncée comme exceptionnelle. Elle est dédiée à la transition énergétique et écologique pour revoir les politiques de la région Nouvelle Aquitaine en fonction de la feuille de route « Néo Terra ». L’initiative est une première pour une région française.

Pour l’occasion, deux chercheurs du CNRS ont ouvert la séance. Le climatologue Hervé Le Treut présente son rapport Acclimaterra, ainsi que le chercheur Vincent Bretagnolle son rapport Écobiose. Le premier alerte sur le gaz à effet de serre, « un stock sans retour » qu’ « il n’est plus question de supprimer, mais d’atténuer ». Le second s’alarme d’une « biodiversité en déclin dans les systèmes de productions » et appelle à « agir pour la résilience ».

« Ce n’est pas la première fois que les scientifiques sont venus s’exprimer devant les élus, remarque Alain Rousset. Je ne suis pas sûr qu’on ait déjà vécu ce moment : grave et tellement argumenté. »

Pour lancer les débats, le président de la région la plus grande de France prévient qu’il n’est pas « pour une décroissance mais pour une autre croissance ». Cette feuille de route nécessite cependant des changements radicaux à adopter dans la prochaine décennie :

  • Changer le modèle agricole avec une sortie des pesticides et un développement de l’agroécologie grâce à de nouvelles aides afin d’accompagner les agriculteurs dans leur transition ;
  • développer les transports propres, comme les TER qui roulent à l’hydrogène, afin de contrer l’usage trop important de la voiture dans la région ;
  • stopper l’artificialisation des sols en limitant l’étalement urbain ;
  • et atteindre 45% d’énergie renouvelable dans le mix énergétique qui consiste à répartir les différentes sources d’énergies primaires consommées dans la région.

Des oui mais

Les premières piques sont signées par Pascale Requenna du groupe Modem. La conseillère municipale regrette « l’absence d’exemplarité » du conseil et rappelle la proposition de son groupe de mettre en place « la fameuse visioconférence » qui éviterait à certains élus de se déplacer des quatre coins de la région et « demande à Rousset de s’engager pour la fin de l’année ». Le président répond par un engagement pris la veille.

Pascale Requenna déplore par ailleurs « une plénière précipité » :

« La version définitive du projet a été fournie vendredi et les vœux étaient demandés avant minuit du même jour. Il n’est pas acceptable de travailler dans de telles conditions. L’enjeu méritait mieux. Pourquoi ne pas avoir attendu la fin de l’été ? »

De son côté, Jean Dionis du Séjour (UDI) « ne veut pas du caractère urgent » destiné à « faire peur les citoyens » et « ne croit pas au passage en force ». Il souhaite « ouvrir tranquillement le débat sur le nucléaire ». Alors que Aurélien Sebton (UDI) appelle à « non seulement réduire la consommation d’eau, mais réduire la consommation tout court ».

Les questions sur le budget de la feuille de route et sur le type de gouvernance afin d’assurer la transition parallèlement aux engagements en cours sont posés par plusieurs groupes et rappelé par le socialiste Stéphane Delpeyrat-Vincent qui s’interroge sur le travail à « mener pour adapter tous les Règlements d’intervention pour correspondre aux intentions » de Néo Terra.

Pas de « Néo Blabla »

Le groupe des Républicains, divisé sur cette question, donne d’abord la parole à Guillaume Guerin qui prévient qu’ « un non n’est pas un refus de l’écologie mais de la méthode » et qu » « un oui n’est pas un blanc-seing ». Un oui que donne sa collègue du groupe Alexandra Siarri qui fait remarquer que « le président est en poste depuis 2000″ et s’adresse à Alain Rousset :

« Nous ne voterons pas tous, dans notre groupe, favorablement. Nous incarnons le trouble de la société civile face à l’institution régionale, chef de file en charge de l’urgence écologique. Depuis longtemps, vous revendiquez faire beaucoup, mais cette feuille de route finalement démontre que tout cela était largement insuffisant. »

Passons sur le climatoscepticisme constamment affiché par le groupe Rassemblement national. Son président Jacques Colombier s’aventure dans une logique trumpienne déclarant sérieusement que « l’écologie est une chose très sérieuse pour la laisser aux verts » avant de déposer une motion.

A propos des verts, après avoir menacé au début de l’année 2019 de quitter la majorité, le groupe EELV a tenu un point presse avant la plénière pour dire sa satisfaction de voir la collectivité s’emparer des questions climatiques.

« Cela doit passer par un abandon total et immédiat des financements de tous les projets climaticides et par la réaffectation massive des fonds dans un seul but : sauver notre climat et notre environnement. »

Le coprésident du groupe, Jean-Louis Pagès, ne veut pas voir Néo Terra devenir Néo Blabla et attend l’affectation d’un budget à la hauteur des 11 grandes ambitions affichées et des 86 fiches actions prévues :

« C’est au pied du mur qu’on voit la qualité du maçon, et c’est au pied du budget qu’on voit la volonté du politique. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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