Ce que la Nouvelle-Aquitaine peut gagner à sauver sa biodiversité
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Ce que la Nouvelle-Aquitaine peut gagner à sauver sa biodiversité

La région Nouvelle-Aquitaine n’est pas épargnée par l’extinction massive de ses espèces animales et végétales, pointent les premiers travaux d’Ecobiose, GIEC régional de la biodiversité. Celui-ci met en avant les intérêts (parfois sonnants et trébuchants) à miser sur le vivant pour changer notre modèle actuel, très prédateur.

« On a tendance à penser que l’extinction des espèces vivantes se passe dans les forêts du Congo ou d’Amazonie, on ne pense pas assez que le vivant est en train de disparaître à côté de chez nous », alerte Nicolas Thierry, vice-président à l’environnement du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

Pourtant, « la biodiversité est en érosion accélérée » dans la région, alerte le comité scientifique Ecobiose. Déclinaison locale de l’IPBES (équivalent international du GIEC pour la biodiversité), Ecobiose rassemble plus de 100 chercheurs de 25 laboratoires qui ont recensé un millier d’études sur le sujet, dont 500 spécifiques à la Nouvelle-Aquitaine.

95% des populations de Perdrix grises ou des outardes canepetière, oiseaux emblématiques de la région, ont par exemple disparu en 35 ans, relève Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, et coordinateur d’Ecobiose.

« Les causes principales du déclin des perdrix sont l’intensification des pratiques agricoles, en particulier l’utilisation massive des pesticides, et l’uniformisation des paysages, indique ce chercheur en biologie. Ces oiseaux n’ont plus de milieux de vie variés et plus d’insectes disponibles comme les criquets, eux aussi victime de l’agrandissement des parcelles et des insecticides. La chasse n’est pas la cause principale mais a un effet indirect à travers les lâchers de milliers d’oiseaux sensibles aux maladies. »

95% des Perdrix grises ont disparu en 30 ans (Marek Szczepanek/commons.wikimedia.org)

Les trois premiers chapitres (sur 6 au total) du rapport, dont un « résumé aux décideurs », ont été présenté ce mardi à Bordeaux. Alors que les chapitres prairies, zone littorale et milieux urbains et articiels seront exposés à la rentrée, ceux révélés ce mardi se penchent particulièrement sur les « socio-écosystèmes » agricoles : plaines et vallées agricoles, vignes et forêts.

30 millions d’amis

Et pour cause : riche de 180000 emplois agricoles, première région agricole de France (en production), première d’Europe pour le bois, la Nouvelle-Aquitaine est au première loge en cas d’extinction massive du vivant. Les forêts occupent 30% de sa surface, les plaines et grandes cultures (maïs, blé…) près de la moitié (et même les 3/4 de trois départements, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Charente-Maritime).

Or ces espaces cultivés sont riches en biodiversité : 300 espèces d’abeilles sauvages (soit le tiers des espèces françaises) ont été trouvées dans les plaines céréalières des Deux-Sèvres ; la gagée des champs, une plante rare et protégée, pousse dans certains vignobles néo-aquitaines, qui abritent environ 200 espèces d’araignées.

Et ces petites bêtes sont les meilleures amies de l’Homme… Les araignées sont ainsi de redoutables prédatrices pour quelques insectes ravageurs des vignes tels que les cicadelles et les cochenilles, et la présence des arthropodes est plus importante de 50% dans les vignobles bio. Dans les forêts, le carabe, un insecte carnivore, raffole lui aussi des défoliateurs, ses congénères qui s’attaquent aux feuilles des arbres.

Du grain à moudre

Le rôle indispensable des abeilles à la pollinisation des plantes, et donc à la vie sur Terre, est ainsi bien connu, tout comme l’effet des insecticides néonicotinoïdes sur leurs populations. Mais pour la première fois, une étude menée dans les Deux-Sèvres et citée dans le rapport Ecobiose, estime même les revenus dégagés par un producteur de colza lorsque les abeilles sont abondantes : 119 euros par hectare, soit une marge en hausse de 16% grâce aux pollinisateurs. Une autre analyse évalue à 35% l’augmentation des rendements de colza lorsque la population d’abeilles double !

Ecobiose, un rapport qui va faire le buzz (DR)

Les espaces néo-aquitains aurait donc tout à perdre d’un effondrement de la biodiversité et au contraire tout à gagner d’un changement radical des modèles agricoles vers des « solutions nature ».

C’est vrai en termes de quantité et de qualité de la production : dans les forêts d’essences mélangées, les gains de biomasse (de bois) sont de 15% supérieur par rapport à des forêts en monoculture, et les taux de parcelles attaquées par la chenille processionnaire baisse de 50% entre une monoculture de pin maritime et une parcelle assemblant pin et bouleau.

Cohérence

Le maintien d’une importante diversité végétale permet aussi de séquestrer le carbone dans le sol, et de contribuer à lutter contre le réchauffement planétaire. En viticulture, le maintien d’un couvert herbeux augmenterait de 50% la matière organique du sol, contribuant à sa fertilité, empêchant son érosion, et stockant plus d’une  1 tonne de  CO2 par hectare et par an.

En somme, Ecobiose plaide pour des modèles d’agriculture bio et agro-écologique, les plus bénéfiques à la nature et aux travailleurs qui en vivent

« Montrer que la biodiversité permet d’augmenter les rendements, c’est plutôt rassurant, se réjouit Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine. Mais quand on va expliquer aux maires qu’on va limiter l’étalement urbain ça ne passe pas toujours bien… »

Le conseil régional doit débattre et voter le 9 juillet prochain une délibération unique, baptisée NéoTerra, qui fixera une feuille de route pour la transition écologique de la région, avec une traduction budgétaire à déterminer d’ici la fin de l’année.

« Cela voudra dire qu’un certain nombre de politiques s’éteindront car elles ne sont pas compatibles avec les objectifs visés », précise Nicolas Thierry.

Touchons du bois

Lesquelles ? Alors que des sujets comme la création de retenues d’eau (les bassines à nouveau défendues en creux par Alain Rousset) ou de nouvelles LGV sont actuellement sources de tensions entre écologistes et socialistes au sein de la majorité régionale, la question n’a pas (encore) été abordée frontalement.

Le vice-président en charge de l’environnement évoque par exemple les subventions que peut accorder la région à des activités destructrices, comme l’exploitation de forêts de pentes en Dordogne.

Et il pointe la nécessité de « protéger certains espaces », en accélérant par exemple l’acquisition de forêts anciennes privées menacées par l’expansion… du bois-énergie ! Preuve s’il en était encore besoin qu’une transition visant simplement à verdir nos façons de produire et consommer sans changer profondément de modèle risque de faire long feu.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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