Lacanau tente de surfer sur la vague écoresponsable
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Lacanau tente de surfer sur la vague écoresponsable

A l’occasion de la venue sur les plages médocaines de la Ministre des Sports, Roxana Maracineanu, pour le Lacanau Pro qui se déroule jusqu’à ce dimanche, la ville de Lacanau a signé les chartes du ministère et de WWF France pour un sport éco-responsable. Les ambitions affichées : un sport plus accessible, plus inclusif et plus respectueux de l’environnement. L’abandon du projet de parc à vagues à Lacanau donne du crédit à cette idée, tout comme d’autres initiatives présentées cette semaine.

Envie de rêver d’un archipel paradisiaque, d’eaux turquoises et de vagues sauvages tout en sirotant un cocktail les pieds dans le sable ? Allez faire un tour au Lacanau Pro 2019, la compétition de surf qui fête cette année ses 40 ans sous le signe de l’écoresponsabilité. Mercredi, le documentaire NO MAD était projeté sur un écran géant installé sur la plage.

Le surfeur australien Ben Penny, ex-pro sur le circuit de qualification du championnat du monde de surf (WQS) est l’ambassadeur de Nomads. Ici lors du tournage d’une video aux Philippines avec la marque en janvier dernier (photo : Nomads)

Tourné aux Philippines où l’entreprise Nomads Surfing, créée en 2017, s’engage pour la préservation des océans, le documentaire nous plonge dans le quotidien d’une association locale qui se mobilise pour la protection du récif et des ressources naturelles décimées par la pêche illégale à la dynamite ou au cyanure. A l’origine de l’aventure, on trouve trois surfeurs bordelais Nicolas Thyebaut, Thomas Servetti et Basile Gentil qui a habité à Siargao pendant deux ans.

Un vivier écolo bordelais

Partenaires du Lacanau pro et déjà exposants l’année dernière, ils « voulaient replacer le surf et l’écologie au centre de cette compétition très familiale et touristique ». Le nettoyage participatif de la plage organisé lundi s’inscrit directement dans l’objectif « plage zéro plastique » de la charte signée le jour même.

Et avec une œuvre de sensibilisation représentant un cachalot en feu réalisé avec de la peinture sans solvants sur un blockhaus de la plage sud ou encore une sculpture de dauphin remplie de plastique à la plage nord, les idées ne manquent pas pour ces trois jeunes actifs.

La sculpture, installée plage nord, a été réalisée en partenariat avec l’artiste Alfred Knot (photo : Mairie de Lacanau)

Au cœur de leur activité, Nomads surfing conçoit des « éco-boards ». Ces planches de surf sont fabriquée à base de pains de mousse recyclable et en partie recyclée, d’une résine époxy composée à 40 % de matière végétale et, pour leur dernier modèle, de fibres de lin et de basalte. Ils produisent également des dérives en plastique recyclé et un pad en liège. A empreinte carbone réduite, les planches sont shapées à Surfactory, l’atelier de Vitor qui signe ses planches « Spoot », au nord du Portugal.

Elles ne sont donc pas totalement écologiques mais leur impact sur l’environnement est limité. Et la bande de copains voyageurs reverse environ 10% de ses ventes aux associations environnementales Projet Rescue Ocean, Trash Hero et The Plastic Solution. A ce jour 2700 euros ont ainsi été redistribués. Un choix de partenariat qui semblait donc tout trouvé pour la mairie de Lacanau.

Avec des pads en liège 100% recyclables et biodégradable, Nomads cherche à inscrire l’écologie dans les petits gestes du quotidien des surfeurs (photo : Nomads surfing)

La vague artificielle prend l’eau

Avec le soutien de la métropole bordelaise, la station balnéaire girondine est en effet officiellement candidate à l’organisation des épreuves de surf des jeux olympiques de 2024. Dans ce cadre, la municipalité envisageait également la création du « Surf Garden Atlantique« .

Comme celui envisagé à Castets (Landes), ce projet de vague artificielle devait être conçu sur le modèle « The Cove », une technologie développée par la Wavegarden implantée près de Saint-Sébastien. Sa machinerie envoie en moyenne 1000 vagues par heure dans un bassin de 2,5 hectares et dans des conditions adaptées tant au loisir qu’à la compétition.

 

Le maire de la ville, Laurent Peyrondet, espérait ainsi développer l’économie de la station et renforcer sa candidature aux JO. Prévu à l’entrée de Lacanau ville, le parc devait toutefois comprendre une zone d’activité de 17 hectares avec bowl de skate, hôtels et restaurants posant la question de l’implantation sur des espace naturels. « Pour des Jeux durables et responsables » le comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 a de plus définitivement fermé la porte à l’hypothèse d’une épreuve de surf organisée sur une vague artificielle en juin dernier.

Le projet de « Surf Garden Atlantique », et son coût de 40 millions d’euros, a alors pris l’eau. Pour la mairie :  » Il n’y a pas de projet. Ni sous la pile, ni dedans, ni dessus », déclare Eric Bonnefond, directeur de cabinet du Maire de Lacanau mettant en avant une décision du porteur de projet. Pour en savoir plus, Rue89 Bordeaux a tenté de joindre ce dernier, Pascal Dubos. Sans succès.

« L’idée de créer une vague artificielle a du sens mais pas à n’importe quel prix »

« Pour créer un bassin de plusieurs hectares, il faut décaisser les sols, les imperméabiliser, et bétonner, pour au final créer des structures ayant des consommation énergétiques équivalentes à 600 foyers, c’est un non sens environnemental », explique le bordelais Laurent Hequily, fondateur d’Okaina Wave.

Cette technologie de vague artificielle a été labellisée « Seal of Excellence » par la Commission européenne et a remporté un Blue Ocean Awards en 2016.

« Aujourd’hui la pratique du surf est de plus en plus importante avec des contraintes multiples: la saturation des spots, l’accessibilité parfois difficile et la recherche de spots de plus en plus inaccessibles contribue à dégrader le milieu naturel. L’idée de créer une vague artificielle a du sens mais pas à n’importe quel prix. »

Son système flottant qui se monte et se démonte en quelques semaines, s’inspire donc du fonctionnement des atolls. Il s’installe sur des plans d’eau déjà existants et génère des vagues autour d’un îlot flottant sur lequel elles viennent déferler. En s’affranchissant des problèmes d’artificialisation des sols, de consommation et traitement de l’eau, le système permet aussi l’oxygénation de celle-ci. Une caractéristique qui permettrait de lutter contre l’asphyxie de certains lacs, ou eutrophisation, responsable de la prolifération de cyanobactéries.

 

Okaina Wave ouvrirait sa première vague au public, au parc du Futuroscope en 2020. Ce site d’expérimentation, développé en partenariat avec la Caisse des dépôts et consignation biodiversité permettrait de mesurer les impacts positifs du dispositif sur l’environnement. Une vague de ce type devrait également voir le jour à lac des Dagueys, à Libourne.

Alors si les Bordelais d’Okaina Wave et de Nomads surfing nous amènent à rêver d’atolls sauvages sur lesquels la houle vient s’enrouler en vagues longues et tubulaires, la vague écoresponsable déferlera-t-elle durablement à Lacanau, station aux prise avec les problématiques d’érosion et de relocalisation de son front de mer ?

L'AUTEUR
Eloïse Bajou
Journaliste fraichement issue de l'Ecole Publique de Journalisme de Tours (EPJT), photojournaliste au sein du collectif Macadam Press et ex-professionelle de santé dans le social.

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