A 6 mois des élections, Alain Anziani ne souhaitait pas encore « prendre les habits de candidat, mais rester dans ceux de maire » pour occuper au mieux la fonction jusqu’en mars 2020. En quelques jours, l’édile mérignacais a pu voir le paysage de la campagne se dessiner, avec l’émergence de deux candidatures officielles.
Ce jeudi, Sylvie Cassou-Schotte, 62 ans, s’est officiellement déclarée candidate. Adjointe déléguée à l’action sociale et solidaire, l’élue écologiste défie donc la majorité à laquelle elle appartient ; le score réalisé par la liste Jadot aux européennes à Mérignac (18,56%) et son parcours légitiment selon elle cette décision :
« Je suis une femme d’action et de terrain, avec un engagement syndical et associatif, deux mandats de conseillère municipale et métropolitaine impliquée dans le champ de l’urbanisme. Lors de ma campagne pour les européenne (32e sur la liste écologiste, NDLR), j’ai pu me rendre compte de l’attente des gens autour de l’urgence climatique et de leur confiance dans notre capacité à trouver de bonnes réponses chez les écologistes plutôt que de chez ceux qui se réclament de l’écologie mais n’ont pas eu le courage politique de faire les bons choix . »
« Territoire bienveillant »
Vise-t-elle en particulier la majorité municipale plurielle, à laquelle les Verts sont associés depuis des années pour diriger la deuxième ville du département (70127 habitants) ?
« Nous avons pu agir et mener des projets mais nous restons confrontés à des limites, des obstacles et plus encore à des discours qui ne nous conviennent pas sur l’artificialisation des sols, le refus de prendre un arrêté anti-pesticide ou encore la croissance économique à tout crin. Nous voulons être porteurs d’un projet qui change de logiciel, pas le supplément d’âme d’une majorité poursuivant un modèle de développement obsolète. On est capables de gouverner pour faire de Mérignac un territoire bienveillant. »
La première mesure d’une municipalité écologiste serait la création d’un fonds d’investissement vert pour engager la rénovation énergétique de tous les bâtiments publics de la ville, et de poursuivre la rénovation du parc privé et social « à l’image de ce qui a été fait pour le quartier du Burck« .
J’veux du (Marne) Soleil
Si elle affirme ne pas avoir eu de « désaccord frontal » avec Alain Anziani, son adjointe pointe les « contradictions » de sa politique. Tout en reconnaissant sa volonté multiplier les pistes cyclables, Sylvie Cassou-Schotte regrette par exemple « le discours très pro-voiture » du maire, et le développement d’axes routiers, alors qu’il faut « amener progressivement les gens changer leurs usages ».
Elle veut également « réinterroger l’augmentation du trafic aérien » de l’aéroport de Bordeaux Mérignac, et critique les choix en matière d’urbanisme, notamment dans le quartier de l’Aéroparc :
« Nous sommes la commune qui offre le plus d’emplois sur la métropole – 55000, dont 35000 qui vivent à Mérignac. Pourquoi continuer à augmenter cette jauge et à artificialiser des terres, notamment sur le territoire de l’OIM Aeroparc ou avec le projet Tarmacq, quand nous ne sommes par ailleurs pas en capacité d’offrir des logements ? Cela contribue à l’étalement urbain. »
Les écologistes défendent ainsi à ce titre le projet Marne-Soleil, « une belle opération dans cette zone commerciale, afin que ce quartier ne soit plus monofonctionnel ».
Moratoire immobilier
Le débat s’annonce rude autour de l’aménagement de Mérignac Soleil, où près de 3000 logements et des espaces arborés vont pousser sur les parkings. Car Bruno Sorin, candidat fraîchement investi par la commission nationale de la République en marche (LREM), veut un « moratoire sur ‘l’immobilier » visant Marne Soleil et tous les projets visant à densifier Mérignac.
« C’est incompréhensible de vouloir mettre des habitations à coté de Carrefour, estime ce dirigeant d’une société de conseil pour les PME, néophyte en politique. On oublie l’humain ! On va aller faire vivre les gens à coté de grandessurfaces qui auront des livraisons sous leurs fenêtres toutes les nuits à 3 heures du matin. Et nous avons sur Mérignac beaucoup d’immeubles de plus de cinq étages alors que le maire s’était engagé à ne pas faire de R+2. Est ce que vous les Mérignacais veulent faire de leur ville le 9-3 de la métropole ? »
La comparaison paraît peut-être exagérée pour une commune cossue, où les prix de l’immobilier ont flambé ces dernières années… Mais Bruno Sorin assume. Président du conseil de quartier de Mérignac Arlac et ancien président de la FCPE (fédération des parents d’élèves) de la ville, il évoque la multiplication des points de deal dans la ville, et sa volonté de doubler les effectifs de la police municipale (ce que tente déjà de faire la ville).
Belle endormie
S’il salue la « saine gestion » de la commune, peu endettée, c’est pour affirmer qu’elle « s’est assoupie ces 20 dernières années ». Cet ancien joueur de rugby en veut pour symbole l’absence de grand club sportif dans la ville, « hormis les filles du volley, qui sont obligées de jouer à Bordeaux ». Il s’oppose toutefois à la création d’un stade nautique de 50 millions d’euros « quand Eysines et le Haillan ont créé une piscine pour 9 millions. »
Macroniste de la première heure, Bruno Sorin fustige surtout les embouteillages qui paralysent Mérignac ; sans vouloir toutefois recourir à de « l’écologie punitive » pour faire face à ce problème, qu’il impute au manque d’alternatives, notamment du côté de Dassault et Thales. Il mise surtout pour cela sur le développement des transports circulaires par la métropole.
Alliances
Pour les municipales, LREM, qui a réalisé 26% aux européennes à Mérignac, veut croire un accord possible avec les écologistes, et n’écarte aucune alliance, à part avec le Rassemblement national (qui n’a pas encore de candidat désigné à Mérignac).
Pourquoi pas, donc, avec l’opposition de droite à Alain Anziani, dont une des figures, Thomas Dovichi (Les Républicains), est parti en campagne dès le mois d’avril, et une autre, Thierry Millet, « prendra la décision de se présenter ou non en en tête de liste dans le courant de l’automne ».
« Ma porte est ouverte à tous ceux si qui nous rejoignent pensent que l’urgence écologique et sociale doit prévaloir », dit pour sa part Sylvie Cassou-Schotte.
La liste écologiste est déjà soutenue par plusieurs figures de la société civile locale – dont Aude Blet-Charaudeau, présidente de l’association les « Z’héros du déchet », ou Patricial Nedel, une chef d’entreprise. Mais pas par Gérard Chausset. L’adjoint d’Alain Anziani était passé d’EELV à En marche ! avant de quitter le mouvement, du fait du « déficit écologique du gouvernement, qui veut par exemple relancer le nucléaire ».
S’il n’a pas encore décidé s’il se représentait, il déclare toutefois à Rue89 Bordeaux qu’il prépare un projet, et se dit prêt à le défendre au sein de la majorité municipale ou d’une liste citoyenne. Cette dernière option est également étudiée par la France insoumise, qui planche sur les municipales à Mérignac. La FI pourrait également, comme à Talence ou Villenave, faire alliance avec les écologistes. Bref, l’étau se resserre autour d’Alain Anziani.
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