Dossier #29 : Bordeaux mélange des genres
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Dossier #29 : Bordeaux mélange des genres

Le 15 septembre dernier, Yacine publie un message Facebook avec une liste des injures entendues dans les rues de Bordeaux. Ainsi, alors qu’il se promène à côté du miroir d’eau en fin de journée, main dans la main avec son compagnon Ben, un homme les agresse : « Vous devriez être morts. »

Quand nous rencontrons Yacine, sa colère ne s’est pas estompée :

« Je ne devrais pas me poser la question de prendre la main de mon ami ou pas, ça devrait être du bonheur. » 

L’agression perpétrée contre Yacine et Ben n’est pas un cas unique, ni rare, dans la capitale girondine. La commission LGBT créée en 2015 au sein de l’Observatoire bordelais de l’égalité de la mairie de Bordeaux avait lancé il y a un an une enquête en ligne à laquelle 1640 personnes ont répondu. Conclusions : « 50% [d’entre eux] ont subi des injures LGBTphobes dans l’espace public au cours des 12 derniers mois, 7% des menaces physiques et 5% des coups et blessures ».

« Homophobie incrustée dans les consciences »

Ces résultats ont déclenché la mise en place d’un plan de 20 actions pour lutter contre l’homophobie, adopté le 29 avril dernier par le Conseil municipal. De ce plan est né Elucide en octobre dernier, un réseau d’accès aux droits pour les personnes victimes de discriminations ou de violences discriminatoires.

Marik Fetouh se félicite de ces avancées mais reconnaît qu’ « on ne peut pas tout régler par un coup de baguette magique ». L’adjoint au maire de Bordeaux en charge de l’égalité, la citoyenneté et la lutte contre les discriminations souligne un « problème massif en France » :

LGBTQI+

Tout au long du travail réalisé pour ce dossier, nous avons été confronté à de nombreuses catégories au sein de la communauté. Celles-ci, ayant des revendications et problématiques différentes, sont souvent regroupées sous le sigle générique LGBT (lesbienne gay bi trans), terme employé par le gouvernement. 

Nous avons opté pour l’utilisation du terme LGBTQI+. Celui-ci est à comprendre de cette manière : L comme lesbienne. G comme gay. B comme bi. T comme trans. Q comme queer. I comme intersexe. + pour tous les autres, notamment les asexués.

« Nous sommes dans une société patriarcale où l’homophobie est incrustée dans beaucoup de consciences. C’est quelque chose de culturel et ça dépasse le politique. »

Parallèlement, l’association FLAG! – ayant pour but de promouvoir, au sein du Ministère de l’Intérieur et de la Justice, l’égalité des droits de toutes les personnes, quels que soient leur orientation sexuelle, leur identité de genre et leur mode de vie –, met en place un partenariat avec le commissariat de Police pour un dispositif d’accueil des personnes LGBTQI+ (voir encadré).

Bordeaux, ville gay-friendly ? (montage photo)

La Gironde parmi les plus touchées

Son responsable, Laurent Thurbiez souligne que « la Gironde fait partie des cinq départements les plus touchés par les agressions transphobes et homophobes : physiques, verbales, et injures ». 

Doit-on en conclure que Bordeaux ne serait pas une ville où il fait bon vivre librement ses orientations sexuelles ?

« Oui et non ! » répond Tristan Poupard. Le directeur de Girofard, centre LGBTQI+ Nouvelle-Aquitaine, considère que « Bordeaux est une ville safe ». Mais il pointe toutefois des « rues qu’il vaut mieux éviter » et explique parallèlement pourquoi « il ne faut rien lâcher ». Si Laurent Thurbiez partage ce sentiment de vigilance, ce dernier voit cependant Bordeaux comme « une ville modèle » :

« Les gens aujourd’hui portent plainte davantage parce que les choses ont bien évolué ».

Autrement dit parce que la parole se libère et que l’écoute s’améliore.

Quant à Dominique Crozillon, responsable de l’association Le Refuge – qui a pour objet de prévenir et lutter contre l’isolement et le suicide des jeunes LGBT –, elle admet qu’ « il y a des agressions à Bordeaux, mais ce qui ne fait pas de la ville une ville dangereuse ». Nous verrons dans ce 29e dossier ce qu’il en est, et comment réagit la collectivité.

Bordeaux, ville de transitions

Dans le premier article de notre dossier, Jessica évoque sa transition vers un autre genre, sur le point de s’achever. Sans détour, elle nous raconte toutes les difficultés qu’elle a rencontrées pour y parvenir, les regards, les évitements, et comment, aujourd’hui, sa vie est devenue « normale ».

« Quand je présente mes papiers, je ne suis plus agressée par le jugement des regards qui me voient comme un homme habillé en femme », souligne cette jeune femme de 20 ans, ravie de son nouvel état civil.

Son témoignage croise celui de Léo, jeune garçon de 17 ans qui veut oublier la fille qu’il était et qui, accompagné par ses parents, s’impatiente d’entamer sa transition.

Responsable bordelaise de la Société française d’études et de prise en charge de la transidentité (Sofect), Domitille Plarier nous présentera dans un entretien le processus d’accompagnement psychologique, médical et juridique de ces transitions, mis en place à Bordeaux comme dans huit autres villes de France.

Luttes contre les violences LGBTQ+phobes

La Quinzaine de l’égalité se déroule actuellement à Bordeaux, et jusqu’au 3 décembre. Cette année, 16 communes de la métropole participent pour mener une « sensibilisation du grand public » et « changer les mentalités ».

Au programme mercredi 27 novembre à 18h30, une rencontre organisée par FLAG! sur les « Questions LGBT, Police et justice » se tiendra au pôle juridique et judiciaire, amphithéâtre Duguit, 35 place Pey Berland.

Y participeront entre autres Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), Mickael Bucheron, officier de liaison LGBT de la préfecture de police de Paris, Victor Billebault, de l’Association française des avocats LGBT+, Marie Erramouspe, présidente du GIROFARD ou encore Azur Roques, président de TRANS 3.0.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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