Il était attendu comme le soleil en janvier. Outre le début de la période de pause des expulsions locatives, le 1er novembre annonce en effet, comme chaque année, l’entrée en vigueur du « plan hiver ». Annoncé par la préfecture dans un communiqué de presse ce lundi 4 novembre, ce dispositif est chargé d’assurer, pour une durée de 5 mois, la coordination des actions d’hébergement, d’urgence sociale et de santé des personnes vivant à la rue.
Il tombe à pic pour la douzaine d’associations (Collectif des migrants, Bienvenue, RESF, Ovale citoyen, Cimade…), de syndicats et partis de gauche qui alertaient le 22 octobre dernier sur les conditions de vie de la centaine de migrants, en majorité détenteurs du statut de réfugiés, installée dans des tentes sur les bords du lac depuis la fermeture des squats bordelais l’été dernier.
Sans changement par rapport aux hivers précédents, le plan hiver comprend cette année encore l’ouverture de seulement 163 places d’hébergement d’urgence en Gironde et la mobilisation de 120 places supplémentaires dans des gymnases ou des salles communales en cas de grand froid.
Une demande sur 60 satisfaite
Ces places temporaires, ajoutées aux 1127 places d’hébergement pérennes en Gironde, constituent un parc total de 1909 places d’hébergement (urgence, insertion, stabilisation) pour la Gironde. Le dispositif reste donc largement insuffisant pour faire face aux demandes qui submergent quotidiennement le 115.
Selon nos informations, la plateforme téléphonique reçoit en effet actuellement entre 250 et 300 appels par jour. Mais elle ne peut attribuer que 5 à 20 places dans les centres et foyers, déjà tous complets, qui accueillent des publics très divers (sans abris, femmes victimes de violences conjugales, demandeurs d’asile…).
Ce sont donc dans le meilleur des cas une demande d’hébergement sur 12, dans le pire une sur 60, à laquelle le 115 donne suite, selon que des places se libèrent ou non dans ces structures.
Le « plan hiver » promet donc de ne pas être à la hauteur, d’autant qu’il sera modulé en fonction d’un suivi quotidien des prévisions météorologiques.
Dans son communiqué de presse, la préfecture de la Nouvelle Aquitaine évoque pourtant 3,7 millions d’euros investis dans le cadre du précédent plan (2018-2019).
« L’an dernier, à la fin de la campagne hivernale, 340 places d’hébergement d’urgence ont été pérennisées en Nouvelle-Aquitaine dont 165 en Gironde », précise-t-on.
A Bordeaux la politique d’hébergement prend l’eau
La préfecture de la Gironde fait également valoir que d’autres dispositifs ont été renforcés. Le nombre de places en CADA (centre d’accueils pour demandeurs d’asile) est d’environ 2300 places dans la région. Mais si le nombre de place a augmenté de 120% en 3 ans, ces centres sont destinés à accueillir les personnes jusqu’à six mois maximum après l’obtention du statut de réfugié. Quant aux places en centres provisoires d’hébergement (CPH), le département n’en compte que 120. Une situation qui oblige migrants sans papiers, demandeurs d’asile comme réfugiés à se tourner vers les dispositif d’urgence.
Sur le campement des berges du lac de Bordeaux ce lundi, certains réfugiés ont renoncé depuis longtemps à appeler le 115. Ils déplorent que les places d’urgence qui viennent d’ouvrir, à l’instar des hébergements plus pérennes réservés aux demandeurs d’asile, soient essentiellement accordées aux familles. La gestion à flux tendu de ces structures d’hébergement contribue donc à favoriser un accès en fonction de critères d’urgence relatifs (enfants, situation de santé, proximité de l’emploi) et dont les plus isolés socialement font les frais.
Coup de froid sur les squats
Vu les conditions météo difficiles, le campement du lac, qui regroupe actuellement plus d’une cinquantaine de migrants, devrait toutefois être évacué sous peu.
« C’est une situation très difficile qui a fait l’objet de nombreux débats et d’une décision collective à la mairie de Bordeaux, explique Alexandra Siarri, adjointe au maire chargée de la Ville de demain et de la cohésion sociale et territoriale. Mais nous avons pris cette décision face à l’imminence de conditions climatiques critiques. »
Interrogée sur la saturation des dispositifs d’hébergement et les possibles défaillance de l’État dans la protection de réfugiés déjà présents à la Bourse du travail et à nouveau dans la rue, elle préfère attendre les conclusions du diagnostic social.
« S’il était avéré, en fonction des réponses de l’État, que des décisions, qu’elles soient de protection ou de reconduite à la frontière, n’ont pas été prises, il faudra qu’une réponse politique soit adoptée. »
L’élue s’interroge cependant sur la mise en concurrence des différents groupes de population et sur la faible attention portée au squat du quai de Brazza qui compte toujours plusieurs centaines de personnes dans des conditions de logements indignes.
La « mission squat » de Bordeaux métropole va d’ailleurs se mettre en route après des recrutements récents. Ses missions ? Assurer une coordination entre les différents services de la métropole et les services de l’Etat « afin d’éviter l’installation et la fixation de nouveaux lieux » et de « trouver des sorties par le haut » pour les squatteurs actuels.
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