Le CHU de Bordeaux sort l’artillerie lourde face à une possible épidémie de coronavirus
Société 

Le CHU de Bordeaux sort l’artillerie lourde face à une possible épidémie de coronavirus

Alors que deux nouveaux cas de coronavirus viennent d’être détectés en France, l’ARS annonce l’ouverture d’un service ambulatoire dédié au coronavirus et la possibilité de tripler la capacité d’accueil des malades confirmés. La rencontre d’informations ce mardi à l’Université de Bordeaux a fait salle comble avec plus de deux cent personnes.

Le rendez-vous était planifié depuis quelques jours mais il sera rattrapé par l’actualité. D’un côté la détection de deux nouveaux cas du coronavirus COVID-19 en France, d’un autre sa propagation en Italie où quatre régions y sont désormais confrontées, la Lombardie, la Toscane, la Sicile et la Vénétie.

L’amphithéâtre Léon Duguit de la faculté de droit était complet avant même le début du débat. Certains spectateurs ont donc trouvé porte close. (CéCédille / CC/ Wikipédia)

Au programme de ce débat – proposé à l’Université de Bordeaux par le CHU de Bordeaux, l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine (ARS), en partenariat acec Sud-Ouest –, une information « claire et transparente » destinée au grand public et déclinée par Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux, le professeur Malvy, chef de service de l’unité de maladies tropicales et de santé du voyageur et Michel Laforcade, directeur de l’ARS.

Recommandations

Le ministère des solidarités et de la santé a édité de nouvelles recommandations ce lundi. Outre les précautions habituelles de lavage des mains, d’éviter tout contact avec des personnes fragiles (femmes enceintes, personnes âgées) et de surveiller l’apparition de symptômes (fièvre, toux, difficultés à respirer…), les voyageurs revenant d’une zone où circule activement le virus sont donc invités à des précautions supplémentaires.

Ils devront ainsi éviter les sortie non indispensables, porter un masque chirurgical à l’extérieur ou en cas de contact avec d’autres personnes, et privilégier dans la mesure du possible, le télétravail.

En cas de fièvre ou sensation de fièvre, toux, dans les 14 jours suivant le retour, il est recommandé de ne  pas se rendre directement aux urgences de l’hôpital, ni chez le médecin mais de contacter rapidement le SAMU Centre 15 en signalant le voyage.

Préparation à une pandémie

Concernant le risque de propagation en France, le nouveau ministre de la santé Olivier Veran, avait estimé il y a quelques jours qu’elle était « très probable ». Le système de veille sanitaire a donc été renforcé et le nombre de laboratoires équipés en tests devrait être multiplié dans les jours à venir. L’agence Santé publique France veille enfin à l’approvisionnement en masque en collaboration avec les fabricants français et via des commandes déjà passées à l’étranger.

A Bordeaux, les autorités sanitaires sont aussi en alerte et selon Yann Bubien, le CHU est en lien en permanence avec le ministère. Une cellule de crise est ainsi ouverte depuis un mois. Elle se tient informée de l’évolution de la propagation du virus et est prête à ouvrir des lits en cas de besoin.

Une unité de prise en charge ambulatoire a également été ouverte en supplément de manière exceptionnelle. La capacité d’accueil du CHU est ainsi de 25 lits mobilisables pour des cas confirmés actuellement. Une capacité qui peut être multipliée par trois en mobilisant certaines ailes de l’hôpital Pellegrin.

« Nous demandons à la totalité des hôpitaux, notamment les hôpitaux de proximité, de se préparer à augmenter leurs capacités afin de recevoir les patients si jamais les capacités des CHU étaient dépassées », explique Michel Laforcade.

Un plan que le directeur de l’ARS détaille. Ainsi en dehors des trois CHU qui sont mobilisés depuis la détection du premier cas, au total 14 hôpitaux seront mobilisés en Nouvelle Aquitaine. La plupart disposent d’un service d’infectiologie et tous d’un service d’urgence. Des stocks stratégiques de masques destinés aux personnes à risques ont également été constitués dans les établissement de santé.

L’amphithéâtre Léon Duguit de la faculté de droit étant complet, une centaine de personne ont suivi les échanges retransmis dans une seconde salle de l’Université (EB/Rue89 Bordeaux)

Précautions et communication politique

Pour un agent pathogène ayant concerné au total 14 personnes en France depuis le 31 décembre 2019, dont le taux de contamination et la létalité, inférieure à 3%, ne semble pas excéder à ce stade celui de la grippe, les précautions ont de quoi surprendre.

« Nous sommes dans un scénario d’adaptation. Gérer une crise nécessite de s’adapter à l’imprévisibilité du vivant. Quand on gère une crise il y a plusieurs acteurs, le politique, la recherche, les soignants et les citoyens. Il faut une cohérence entre tous ces acteurs et que chacun a sa place apporte une pierre à l’édifice », explique le Professeur Malvy, dont l’équipe a pris en charge du premier patient diagnostiqué en France.

L’absence de certaines mesures, comme le maintien de la venue de 3000 supporters turinois pour le match OL-Juventus demain, ne manque pas de faire réagir sur les réseaux sociaux. L’élu Les républicains des Alpes Maritimes, Eric Ciotti n’a ainsi pas manqué d’interpeller l’Etat hier, l’exhortant à plus de contrôle aux frontières.

Sur ce sujet, le Professeur Malvy est très clair. D’un point de vue épidémiologique, cette mesure n’aurait aucune utilité. Il explique :

« La Lombardie, la Vénétie et l’Emilie Romagne ont déjà vécu le chikungunya, ont une expérience et on voit bien que la fermeture des frontières ne renvoie à rien. Les frontières sont absolument caduques quand il s’agit de prévenir une transmission virale. »

Comme conclura Michel Laforcade en fin de débat, la meilleure des précautions reste donc un appel au bon sens.

L'AUTEUR
Eloïse Bajou
Journaliste formée à l’École de journalisme de l'IUT de Tours (EPJT), passée par l'AFP et RFI, photojournaliste au sein du collectif Macadam Press et ex-professionelle de santé dans le social.

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