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Déconfinement : la rentrée du 11 mai approche dans le « stress » en Gironde
Société 

Déconfinement : la rentrée du 11 mai approche dans le « stress » en Gironde

par Simon Barthélémy.
Publié le 6 mai 2020.
Imprimé le 29 juillet 2021 à 08:47
3 965 visites. 2 commentaires.

Après deux mois de confinement, les élèves de grande section de maternelle, de CP et CM2 feront leur retour en classe le 12 mai, et leurs enseignants la veille. Si l’académie de Bordeaux évoque la « sérénité » dans la préparation de l’échéance, ce n’est pas le sentiment des représentants des professeurs, inquiets des risques de contagion par le Covid-19, et de certains maires de Gironde qui laisseront leurs écoles fermées.  

La mairie de Pauillac (4861 habitants) a annoncé ce mardi que les trois écoles de la commune resteront closes jusqu’au 29 mai, le temps de « mettre en œuvre le protocole sanitaire adéquat » – signifiant par là que les consignes actuelles ne le sont pas… Prise après concertation avec les personnels enseignants et communaux, cette fermeture pourrait être prolongée si l’évaluation des risques n’est pas concluante.

Interrogé lors d’un point presse ce mardi, avant que le choix de Pauillac ne soit connu, François Coux, directeur académique (Dasen) de la Gironde, a fait état de « deux ou trois » cas de communes ayant décidé de ne pas ouvrir leurs écoles, dont Belvès-de-Castillon et le groupe scolaire de quatre communes du Médoc.

« Comment vous allez nettoyer les fesses d’un gamin en se tenant à un mètre cinquante de distance pour les ATSEM qui font ce travail ? », justifiait par exemple le maire de Saint-Yzans, Segundo Cimbron.

Enjeux sociaux

Mais le Dasen assure que les discussions continuent avec les élus locaux, et que « la rentrée va s’opérer dans la sérénité et la concertation » :

« Les maires jouent en grande majorité le jeu car ils ont compris les enjeux sociaux et pédagogiques, la rentrée se fera très largement en Gironde », estime-t-il.

La préfète de la Gironde avait jugé le refus des maires « ni responsable, ni adapté, quand on sait le lien social que représentent les écoles, notamment dans une zone rurale ». Ce mardi, Fabienne Buccio n’a pas indiqué si elle contesterait ces arrêtes municipaux, misant plutôt sur « la démonstration » que la rentrée se passera bien le 12 mai, et sur la nécessité d’offrir une solution aux élèves risquant de décrocher du système.

François Coux se veut rassurant sur les conditions matérielles selon lui réunies pour respecter les règles de distanciation physique, avec moins de 20% des effectifs concernés « si tous les parents nous confient leurs enfants » (soit plus de 30000 élèves), la scolarisation étant sur la base du volontariat. Les classes seront par ailleurs limitées à 15 élèves en élémentaire et 10 en maternelle.

Le guide de l’éducation nationale pour le retour en classe (DR)

Les enfants d’abord

Les demi-groupes qui n’iront pas à l’école seront « soit en continuité pédagogique à la maison, soit pris en charge dans l’accueil parascolaire organisé par les mairies », précise-t-il. Selon les écoles, l’alternance entre les groupes se fera un jour sur deux, ou tous les deux jours. Seuls certains élèves prioritaires (enfants de soignants, d’enseignants, de policiers, etc.) bénéficieront d’un accueil quotidien.

Le 25 mai, les autres niveaux du primaire sont appelés à retourner en classe, tandis que dans le second degré, seuls les 6e et les 5e ont pour l’heure une date de rentrée arrêtée, le 18 mai.

« Mais pourquoi remettre la scolarité pour plus petits dans une temporalité si serrée ? » s’interroge Guillaume Larroche, secrétaire départemental en Gironde du SNUipp. Il dénonce un protocole sanitaire « clairement inapplicable, surtout en maternelle » :

« Les enfants en cours de récréation devront rester à un mètre les uns des autre, ne pas échanger d’objet, se laver les mains dix fois par jour… Ce sera de la garderie en milieu carcéral. »

« On veut plus de temps »

Le SNUIpp estime également ne pas avoir encore obtenu de réponses aux questions concrètes posées à la direction d’académie – que faire quand un élève est malade et qu’on n’arrive pas à joindre ses parents ? qui assure les remplacements quand plusieurs enseignants doivent télétravailler ?…. Le syndicat demande donc à l’éducation nationale de temporiser, comme le souhaitent de nombreuses communes de France :

« Hors confinement les enseignants n’auront qu’un seul jour pour organiser tout ça, reprend Guillaume Larroche. On veut simplement plus de temps, a minima une semaine, pour mettre en place un protocole qui devra probablement se prolonger à la rentrée de septembre. Mais on a l’impression qu’une date a été annoncée, et que tout le monde essuie les plâtres pour la respecter. Le 11 mai met tout le monde et à tous les échelons en difficulté – les chefs d’établissements sont dans un état de stress pas possible, ont travaillé pendant leurs congés et week-ends. »

Et ce stress serait généralisé chez les enseignants comme chez les parents d’élèves, estime Alain Reiller, de la FSU Gironde :

« On a pas envie d’être mis en pâture devant un risque de reprise de la pandémie, tout ça pour un gain pédagogique nul. Certes il faut qu’on reprenne un semblant de vie mais dans de bonnes conditions. Or on ne sait pas encore s’il y aura assez de masques et de dépistage. Coment l’école peut se permettre d’avoir des procédures plus light ?

Grève en dernier recours

Première organisation syndicale dans les écoles, le SNUIpp a déposé un préavis de grève pour le 12 mai, « pour les collègues qui se verraient acculés et refuseraient de reprendre le travail », précise le secrétaire départemental.

« Ce n’est pas un mouvement massif, mais une solution de dernier recours. On invite les collègues à questionner d’abord le protocole, à étudier sa faisabilité, et envoyer leurs questions à l’administration. Si par exemple ils constatent qu’il n’y a pas de gel hydroalcoolique, ils doivent faire jouer leur droit d’alerte, et s’ils ne sont pas entendus, exercer leur droit de retrait. C’est aussi valable pour des enseignants de plus de 55 ans se considérant à risque. »

Une pétition intersyndicale (SNUipp-Sgen-Unsa) réclamant davantage de garanties sanitaires a obtenu plus de 50000 signatures.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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