Une famille bordelaise partie un an au bout du monde
Société 

Une famille bordelaise partie un an au bout du monde

Nouvelle-Zélande, Inde, Japon, Thaïlande, archipel indonésien : un couple et ses deux enfants ont choisi de vivre autrement durant toute une année. Revenus à Bordeaux en juillet 2019, voici le témoignage d’une aventure qui paraît aujourd’hui d’un autre temps, et qui résonne paradoxalement avec l’actualité.

Il y a un an jour pour jour, en mai 2019, Anne-Sophie, Julien et leurs deux filles, Emma et Prune, débarquent à Lodtunduh, une ville de la province balinaise Kabupaten de Gianyar. Ils arrivent de l’île de Kyushu où ils ont laissé derrière eux un Japon en ébullition avec le sacre du nouvel empereur Nahurito et au lendemain de la Golden Week, quatre jours sacrément fériés ou la quasi totalité du pays se met en congé.

Arrivés ici « après des semaines difficiles », ils se posent, écrivent-ils dans leur blog de voyage, dans « notre cocon du départ, où nous avons démarré l’école, c’est l’endroit où nous avons passé du temps dans une maison. Autant dire, tout ce qui peut manquer en voyage itinérant, surtout à des enfants ». Cette famille de la rue de Bègles à Bordeaux retrouve alors « une petite “vie de village” ».

Vie de village : Emma, Prune et leurs amies à Lodtunduh (DR)

« Nous avons passé quatre mois au total dans l’archipel indonésien, raconte Anne-Sophie. Comme je parle les rudiments de l’indonésien, cela nous donne un contact immédiat avec la population très curieuse et accueillante. C’est pourquoi Bali a été notre camp de base avec notre maison dans le village de Lodtunduh où il a fait bon vivre… »

Avec neuf mois de voyages dans les pattes, la famille partie le 6 août 2018 peut enfin souffler un bon coup. Selon Julien, voyager si longtemps n’est pas de tout repos. Il a déjà en mémoire une première aventure effectuée dix ans plus tôt en couple : « à trois mois, on a un coup de fatigue, et au bout de huit mois, on a envie de rentrer ». A plusieurs reprises, la famille a pris des vacances dans les vacances. Mais le couple nuance.

Une autre façon de vivre

« Premièrement, un voyage d’un an ce n’est pas des vacances. C’est juste une autre façon de vivre. Pendant ce temps-là, les enfants continuent leur programme éducatif, et pour nous ce sont des efforts d’organisation en continu. Deuxièmement, Il faut faire des pauses pour se ressourcer. Ce n’est pas comme prendre trois semaines de vacances en été. »

Partis donc le 6 août 2018, « jour où la ville d’Hiroshima a reçu la bombe atomique larguée par les États-Unis durant la Seconde guerre mondiale » leur précisera-t-on, les quatre membres de la famille seront de retour sur les terres girondines le 1er juillet 2019, « pour la fête de fin d’année de l’école ».

« Nous sommes restés en contact avec les classes des filles, ajoute Anne-Sophie. La directrice, comme la maitresse, nous ont demandé de garder le lien avec le programme, pas forcément le suivre à la lettre, mais ne pas décrocher, garder une certaine régularité avec l’apprentissage. »

Le lien avec le programme et bien plus. Emma et Prune, la première 8 ans à l’époque en classe CE1, la seconde 10 ans en CM1, ont même eu deux séances Skype chacune avec leurs classes respectives.

« Les maîtresses étaient demandeuses. Les parents des élèves aussi. Ils s’occupaient de la liaison, suivaient notre voyage sur le blog, et préparaient des questions, des réactions, ou des sujets en lien avec notre parcours. »

Ces quelques séances n’étaient pas pour déplaire aux deux jeunes filles. Et il faut remonter à janvier 2018 pour comprendre pourquoi.

Anne-Sophie, Julien, Emma et Prune au bord du Lac Pukaki en Nouvelle-Zélande (DR)

« Ce n’est pas un rêve que les enfants font »

En effet, l’idée du voyage a pris forme à Noël 2017, motivée par « un billet pas cher pour Singapour » :

« Après notre premier voyage à deux, on avait envie de repartir avec les filles. Je sortais d’un gros chantier, raconte Julien. On a pris ce billet pour Singapour et on s’est dit qu’au pire ce serait pour de simples vacances, sinon pour partir un an. »

A son travail, Julien demande de remettre une promotion à plus tard – promotion qu’il retrouvera à son retour – et annonce à sa direction son souhait de prendre une année sabbatique. Anne-Sophie, installée à son compte depuis trois ans dans le secteur de la santé, fait le tour de ses clients.

Aussitôt, les préparatifs se mettent en route. Quelques calculs et tableaux Excel plus tard, une esquisse de la feuille de route est prête. Reste à l’annoncer aux filles.

« On a mis en scène une chasse aux trésors dans la maison. Les résultats de cette chasse conduisaient à un rébus pour deviner le projet : une phrase qui disait qu’on allait partir un an. A la fin du jeu, l’ainée a eu le visage fermé. Elle s’est mise à réfléchir, elle était en sidération, elle ne comprenait pas ce qui se passait, et elle s’est mise à pleurer. Dans la foulée, la petite est partie dans sa chambre en pleurant. Les copines, la maison, l’école… elles ont calculé ce qu’elles perdaient mais pas ce qu’elles gagnaient. Voyager un an n’est finalement pas un rêve que les enfants font. Ce n’était pas leur projet. »

Vivre simplement

« On a établi une carte du monde pour les préparer. On leur a demandé les trois lieux où elles ont envie d’aller, les trois choses dont elles avaient peur, et les trois rêves qu’elles voulaient réaliser. Elles ont commencé à s’habituer. Et enfin une maîtresse, grande voyageuse, nous a parlé d’une école où elle a enseigné au Laos. Les filles ont voulu y aller. »

« Pour désamorcer les choses », c’est réussi. Java, Bali, Viet Nam, Laos, Thaïlande, l’Inde, Nouvelle-Zélande, Sumatra… les pays se succèdent et ne se ressemblent pas. Les galères non plus.

« Les plus grosses galères sont les problèmes de santé, ajoute Anne-Sophie. La plus petite a eu une péricardite suite à un problème viral au Laos. La plus grande a eu de la fièvre pendant 24 heures après un atterrissage difficile en montgolfière… C’est tout de suite inquiétant. »

Des galères, mais aussi « de vraies découvertes ».

« Des pays nous ont subjugués, avance Julien. Les rencontres humaines qu’on peut faire. Il y a bien sûr des moments difficiles mais on trouve des ressources et on s’adapte. Parfois sans logement pour le soir même, des solutions ont été trouvées. Dans les pays en voie de développement, on a appris à vivre simplement. »

Ramassage des déchets sur la petite île de Pulau Tailana à Sumatra (DR)

Intuition

Et c’est bien plus simple qu’on ne le croit insistent les parents quadragénaires. Il faut « la motivation et l’envie ». « On peut être freiné par mille raisons ».

« Si quelqu’un de nous deux trouvait une excuse pour hésiter, l’autre la démontait. On a voulu ce voyage. Avec le même prix – 60000€ en tout –, certains s’achètent une voiture. On voulait offrir ça à nos enfants. A l’étranger, tout est sujet à apprendre : l’architecture, la nourriture, les gens de cultures différentes… Elles auront vu le monde ! »

Quelques mois plus tard, la crise sanitaire donne à leur aventure un nouveau sens. Anne-Sophie et Julien y pensent « très souvent », effarés par un virus qui touche le monde entier.

« C’est une intuition que j’ai eu avant de partir, ajoute Anne-Sophie. Je me suis dit qu’on ne pourra plus jamais faire ça. Je me suis pris la tête parfois devant des paysages que j’ai vus dix ans plus tôt, des sentiments fabuleux et des sentiments tristes. On a vu les changements de la planète. Autant les journalistes et les études en parlent, voir l’état de la planète et des océans de ses yeux, c’est différent. »

« Une année de liberté ! » concède le couple pour qui le confinement aujourd’hui ne pose aucun problème. Voyager autour du monde, « on apprend à être tous les quatre, à vivre et à décider ensemble, à partager aussi…c’est un peu tout ça en ce moment ». Paradoxal ou prémonitoire, une aventure en cache une autre.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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