Nous avons croisé Dätcha Mandala et écouté Hara, album qui vient des tripes
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Nous avons croisé Dätcha Mandala et écouté Hara, album qui vient des tripes

Les bonnes critiques pleuvent sur le dernier album des Dätcha Mandala… et il y a de quoi ! Rue89 Bordeaux a poussé la porte de leur local de répétition à Mérignac pour en écouter quelques extraits live. On a retrouvé un trio content de se réunir après le confinement et surtout impatient de démarrer sa tournée qui passe par Bordeaux le 12 novembre 2020.

Tapez « Hara » dans votre moteur de recherche. Ce n’est pas les significations qui manquent. On en retiendra une. Un mix de définitions asiatiques qui désigne le centre du corps humain, la source principale du souffle vital, le siège des émotions… Les tripes quoi.

Hara est le titre de la dernière livraison du trio rock Dätcha Mandala. Quatrième œuvre du groupe, elle est à la hauteur, voire plus, des promesses amorcées avec Rokh, album sorti en 2017 qui avait propulsé le groupe au rang d’espoir français.

Hara est un album complet qui signe une puissante maturité de la formation dans un registre rock totalement débridé. Si jusqu’ici le trio puisait dans ses influences sans s’en défaire, il signe là une totale émancipation.

Trouple

Dès les premières notes du premier des onze morceaux qui composent l’album, Stick it Out souffle les oreilles. Un mur de guitare Marshall compact et lourd ressuscite le rock américain des années 90.

Mais bien plus que les rifs d’outre-atlantique, on sera surpris par bien de clins d’œil si on tend l’oreille à l’écoute de cet album. Les références s’empilent : Blondie ou David Bowie dans le déhanchant Sick Machine ; The Stooges ou Helmet dans le pogotant Pavot ; John Lee Hooker ou ZZ Top dans le lancinant Mother God ; MC5 ou Janis Joplin dans le délirant Who Are You

Mais puisqu’on parle d’émancipation, il y a surtout du Dätcha Mandala dans cette réussite. C’est-à-dire une amitié solide, qu’il faut pour faire d’une formation une évidence à toute épreuve. En particulier la dernière. A l’écart de ses comparses, le bassiste-chanteur Nico – on a choisi de garder les prénoms qu’ils utilisent entre eux : Nico, Jibé, Jérem* – confie :

« On sort d’une période de confinement qui a été très difficile à gérer. On s’est posé des questions. C’est quoi le sens de tout ça ? On était privé de musique, de faire de la musique je veux dire. C’est dur ! C’est un peu comme le sexe dans un couple. Il est là pour dénouer les tensions. Dans notre trouple [ménage à trois, NDLR], c’est la musique qui joue ce rôle. »

Surtout que Hara, attendu pour le mois d’avril en plein confinement, et finalement sorti le 5 juin, voit ses prestations de promotions repoussées. Dure épreuve quand on sait que le trio, qui a fait la première partie des Insus au stade de France sans broncher devant 30000 personnes en 2017, raffole de la scène.

Le signe Chinoi

Mérignac, dans le jardin de la dernière maison d’une impasse d’un quartier tranquille, Nico, Jibé (batterie) et Jérem (guitare-chant) rongent leurs freins. Le trio se donne rendez-vous ici pour répéter dans un garage aménagé par le père du dernier. Assis autour d’une table en bois tendance aire de pique-nique, Jibé raconte la leçon de batterie donnée la veille à Philippe Etchebest, soutien et admirateur du groupe.

En plus d’être le prof de batterie de la star de Cauchemar en cuisine, Jibé est aussi la mémoire du groupe. C’est celui qui connaît toutes « les dates marquantes… ou pas ». Les premiers noms : Mushrooms Revolution (groupe créé avec Nico en 2004, à l’âge de 12 ans !), Bettrave Power (avec lequel il font un premier concert au lycée en 2008), Honky Tonk (avec qui un premier album est édité en 2008), et enfin Dätcha Mandala, nom officiel depuis le 19 septembre 2009, jour où Jérem le propose lors d’une répète : « une recherche d’équilibre entre le matériel et le spirituel. »

2009, c’est aussi l’année du signe Chinoi : « On trouve notre son et on gagne en expérience grâce à lui. » Leur rencontre avec Jean-Marc André, dit Chinoi, est fondamentale et fondatrice. Le trio l’a racontée dans un témoignage publié ici après la disparition de ce sonorisateur emblématique qui a fait les grandes heures de La Mano Negra. « Ils nous a jamais pris de haut », expliquent-il. Avec lui, ils réalisent une première démo en 2011, Eden Sensuality, « qui fera office d’une première production ». En 2014, une première sortie officielle prend comme titre le nom du groupe, un EP de quatre titres.

Dans le local de répétition, trône un hommage discret à « Super Chinoi » (WS/Rue89 Bordeaux)

Tournée annoncée

C’est une nouvelle fois Clive Martin qui revient aux manettes de ce dernier disque. Le producteur londonien (Queen, David Byrne, Stereophonics, Skunk Anansie…) familier des pousses du rock français (Négresses vertes, Silmarils, Les Wampas, Dolly, Superbus, The Dodoz…) reprend en main, après Rokh, la dernière galette des Dätcha Mandala.

Enregistré pour une grande partie au Studio Black Box à Angers (Deus, Metronomy, The Kills, The Ex, The Last Shadow Puppets…), Hara signe une progression dans la volonté du groupe d’épurer son son pour un rendu rock propre et brut.

« C’est un album qui, contrairement au précédent, est enregistré moitié analogique et moitié numérique, précise Nico. On avait nos instruments, nos amplis, nos micros, et ça change tout. »

« Clive Martin a fait un vrai travail de production, ajoute Jérem. Il est venu ici [à Mérignac]. Il a écouté 15 morceaux, a pris des notes dans son calepin, et en a retenu 13. Il a demandé des solos courts pour certains morceaux, il a proposé d’autres fins pour d’autres. Et on a fini avec quelque chose de plus moderne. Comme on voulait s’éloigner de Led Zepplin, c’était parfait. »

« Notre truc, c’est d’être tous les trois satisfaits » s’accordent les trois musiciens que le rock a réuni « un peu comme une opinion politique ». Une satisfaction que le public, de plus en plus nombreux, partage aussi. Rendez-vous sont donnés pour une tournée française, mais aussi allemande et espagnole, qui passe bien sûr par Bordeaux le 12 novembre 2020 à la Salle des Fêtes du Grand Parc. On croise les doigts.

*Dätcha Mandala est composé de Nicolas Sauvey (basse/chant/harmonica), Jérémy Saigne (guitare/chant) et Jean-Baptiste Mallet (batterie).

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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