Un « avertissement » lancé à la Préfecture contre une nouvelle vague d’expulsions
Société 

Un « avertissement » lancé à la Préfecture contre une nouvelle vague d’expulsions

À l’appel de trente neuf associations, une centaine de personnes se sont réunies ce jeudi midi sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Bordeaux pour interpeller la préfecture à la veille de la fin de la trêve hivernale, et d’une possible reprise des expulsions. La nouvelle équipe municipale les a reçu et fait ses premières propositions, dont la réouverture de toutes les fontaines de la ville.

« Nous réclamons la réquisition de bâtiments vides, mis à disposition des personnes sans toit, avec signature de convention d’occupation précaire. »

Le communiqué de presse lu par les représentantes de Médecins du Monde, de la Cimade et de Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) est clair : les trente-neuf associations, collectifs et syndicats signataires appellent la préfecture à agir en faveur des personnes vivant à la rue ou dans les squats.

Il faut dire que l’été dernier, la nouvelle préfète, Fabienne Buccio, avait enchaîné les fermetures de squats, provoquant colère des associations et manifestations. Brigitte Lopez, de RESF, prévient :

 « Nous avons tiré les leçons de l’an dernier et nous sommes prêts à nous mobiliser. Les réseaux de téléphone fonctionneront si la préfecture enclenche une expulsion, et nous serons là. »

La trêve hivernale avait été prolongée par le gouvernement jusqu’à ce vendredi 10 juillet, pour cause de coronavirus. Elle prend fin en même temps que l’état d’urgence sanitaire. Cette décision intervient alors que s’annonce une canicule et que la France n’est pas à l’abri d’une « reprise de l’épidémie », selon les termes de Jérôme Salomon, directeur de la santé.

Les représentantes de Médecins du Monde, la Cimade et Réseau Education Sans Frontière lisent le communiqué signé par 39 associations, collectifs et syndicats (TU/Rue89 Bordeaux)

Des élus au rendez-vous

Sur la place Pey-Berland, un homme prend la parole, se présentant comme un SDF, ayant vécu dans plusieurs squats.

« Moi j’ai une demande pour Hurmic et pour Gleyze (président du conseil départemental, NDLR). On ne veut plus des miettes que nous laissez, les gens ont honte de demander de l’aide. Impliquez-nous ! Il faut impliquer les pauvres. On connait le terrain et on veut être impliqués dans la construction des politiques d’aide ! »

Dans le public, Harmonie Lecerf, nouvelle élue de la majorité Hurmic, venue soutenir le rassemblement avant de recevoir les associations, et Philippe Poutou, lui aussi élu au conseil municipal. Lors de l’ouverture du squat rue Camille-Godard, le syndicaliste déclarait attendre de « voir si la nouvelle municipalité a des réflexes de gauche » et se dit plus que jamais vigilant :

« Ils reçoivent comme Castex reçoit tout le monde en ce moment. La comparaison n’est pas sympa, mais il s’agit de ne pas se faire endormir. En début de mandat, tout le monde joue au dialogue social. On va vite voir les actes, c’est des réquisitions, c’est engager un bras de fer avec la préfecture. »

« Un inventaire exhaustif » des bâtiments vides

Plusieurs représentantes d’associations sont ensuite reçues à la mairie par Emmanuelle Ajon et Harmonie Lecerf, en tant qu’élues de la nouvelle majorité et pressenties dans l’exécutif.

« Nous avons pu aborder cinq ou six points avec eux, notamment la question de l’accès à l’eau, de la sécurité alimentaire pour cet été et des réquisitions, indique Aude Saldana-Cazenave, responsable de Médecins du Monde. Les élues nous ont notamment annoncé la réouverture des fontaines publiques. »

Harmonie Lecerf confirme vouloir « lancer un point de situation sur la réouverture des fontaines publiques ». De même, elle annonce un « inventaire exhaustif » des bâtiments appartenant à la ville, notamment ceux qui sont vides, et est « prête » à conventionner certains lieux pour qu’ils puissent devenir des hébergements, « à condition de refonder la convention logement précaire pour aller plus loin dans la démarche ».

« Rappeler à la préfecture ses obligations »

La nouvelle élue dit aussi avoir entendu les associations sur la question de la domiciliation, qu’elle va étudier avec attention. Quant aux possibles expulsions que la préfecture pourrait engager cet été, elle assure que la nouvelle équipe « ne manquera pas de rappeler à la préfecture ses obligations ».

« On ne va pas laisser des gens à la rue en pleine canicule mais on apportera de l’aide à la hauteur de nos moyens, on ne pourra pas se substituer entièrement à la préfecture mais on souhaite que ça ne se passe pas comme l’été dernier. »

Dernier dossier discuté : le squat de l’Éclaircie, à Gradignan, dans un bâtiment du CCAS de Bordeaux. Au lendemain du premier tour, le CCAS avait fait une demande d’expulsion. Harmonie Lecerf indique que la mairie demandera demain lors de l’audience un « désistement », ce qui permet de reporter la procédure ou de l’annuler.

L'AUTEUR
Théo Uhart
Pousse de journaliste venu faire quelques racines à Rue89 Bordeaux pour grandir. Etudiant à Sciences Po Lyon et au CFJ.

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