L’occitan, une langue régionale toujours en danger
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L’occitan, une langue régionale toujours en danger

L’Office public de la langue occitane (Oplo), actif depuis 2016, tiendra ces jeudi 27 août et vendredi 28 août son conseil de développement de l’occitane à Sabres dans les Landes. L’occasion de comprendre où en est le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine à cette langue régionale, qui continue à perdre des locuteurs.

Charline Claveau, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée aux langues et cultures régionales, présidera ces deux journées de dialogue sur les politiques linguistiques en faveur de l’occitan ainsi que la présentation des propositions d’orientations pour les années à venir. Nous l’avons interrogée pour mieux comprendre la situation de cette langue régionale aujourd’hui en Nouvelle-Aquitaine mais aussi le travail de l’office public de la langue occitane.

Rue89 Bordeaux : Vous êtes conseillère régionale déléguée aux langues et cultures régionales, quel rapport entretenez vous avec l’Occitan ?

Charline Claveau (DR)

Charline Claveau : Je suis originaire du Béarn et quand j’étais petite j’ai eu de l’initiation au gascon (variété de l’occitan, NDLR) et dans ma famille on employait des expressions occitanes. Je n’ai cependant aucun passé de maîtrise de la langue et je ne trouve pas cela forcément nécessaire de l’apprendre pour la défendre. Au delà de la langue, l’occitan est aussi une culture.

Qu’est ce que l’Amassada qui aura lieu ces deux prochains jours ?

C’est un temps d’échange que l’on appelle conseil de développement de la langue occitane, et qui réunit l’ensemble des acteurs associatifs. La Région Occitanie avec laquelle on a d’étroites collaborations est aussi invitée. C’est l’occasion d’aborder toutes les questions pour une politique publique efficace notamment celles de la transmission de la langue par l’école et de la représentation de la langue auprès des locuteurs (ceux qui peuvent parler facilement la langue et la comprendre, NDLR).

7% de locuteurs en Nouvelle-Aquitaine

Combien de personnes pratiquent cette langue et quel usage en font ces locuteurs  ?

On vient de terminer une enquête socio-linguistique en juin dernier, un travail qui n’avait pas été menée depuis plus de 10 ans. Le territoire couvert inclut les régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie et le Val d’Aran (vallée de langue occitane, située en Espagne, dans les Pyrénées catalanes, NDLR). Ça représente 8000 interviewés, y compris dans des régions comme le Limousin qui n’avait jamais été enquêté. Les résultats, qui seront présentés lors de l’assemblée de l’Amassada, montre qu’on dénombre en Nouvelle-Aquitaine 7% de locuteurs (soit un peu plus de 400000 personnes), même chose en Occitanie.

Mais les proportions sont très différents en fonction des départements, de 3% en Gironde à 12% dans les Pyrénées-Atlantique et jusqu’à 20% pour la Charente limousine. La mauvaise nouvelle c’est qu’on a perdu des locuteurs. Il y a dix ans le taux était supérieur à 7%. Or notre objectif c’est d’atteindre les 30% de locuteurs puisque l’Unesco considère que c’est à partir de ce seuil qu’une langue n’est plus en danger.

Combien y-a t-il d’établissements scolaires en Nouvelle-Aquitaine qui dispensent l’apprentissage de cette langue ?

Il y a 17 écoles calendretas, 65 collèges dont un immersif et 25 lycées. On rajoute à cela 58 cursus bilingues 1er degré et 46 cursus renforcés. Sur la région Nouvelle-Aquitaine et Occitanie c’est 10 000 élèves bilingues.

Ce que révèle l’enquête, c’est qu’il faut une politique de l’offre pour que les gens accrochent. Or aujourd’hui notre problème principal c’est le fait de ne pas avoir assez d’enseignants. Le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a donc augmenté de 300000 euros son budget dédié à la langue et à la culture porté à 1,5 millions d’euros en 2020 pour promouvoir les langues régionales.

Carnaval Biarnes et passem

L’une des vos missions principales est de cibler les jeunes pour augmenter le nombre de pratiquants et donc la transmission de la langue. Comment procédez-vous pour arriver à des résultats ?

On se concentre sur le soutien aux actions culturelles. Par exemple avec le carnaval Biarnes à Pau qui depuis quelques années fait le plein. Ou encore la « passem », une course en relais pour la langue occitane.  Notre difficulté réside dans l’indifférence généralisée à son endroit. Nous devons faire connaître ses aspects contemporains, en soutenant la création culturelle. On voit qu’il y a toute une génération de trentenaires et de quadra qui aujourd’hui se réapproprie cette culture et la transforme pour la communiquer.

En quoi la création de l’OPLO (office public de la langue occitane) a t-il transformé la diffusion de langue ?

Cet office créé en 2016 est assez tardif par rapport à d’autres offices notamment celui de la langue basque qui a plus de quinze ans. L’enjeu de cet établissement c’est de mettre autour de la table les collectivités engagées mais aussi l’État. Malgré le manque de services déconcentrés de l’État pour développer des dispositions propres aux territoires, cela nous a permis de signer des conventions ministérielles et donc d’harmoniser l »enseignement de la langue dans les différentes académies. Et d’engager le ministère sur une politique harmonisée, engageante, au sein des différentes rectorats, même si tous n’avancent pas à la même vitesse. A Limoges par exemple c’était la première fois qu’on structuré l’enseignement en occitan.

La politique linguistique régionale en faveur de l’occitan est menée depuis quatre ans par l’office, quels sont les retours des collectivités qui ont adopté des politiques publiques en faveur du développement de la langue ?

L’OPLO est un office interdépartemental, mais les départements n’investissent pas tous au même niveau dans ces politiques. Les Pyrénées-Atlantique mettent prés d’un million d’euro sur l’occitan quand la Corrèze ou la Haute-Vienne, bien qu’elles soutiennent les projets, n’ont pas de politiques publiques définies. La Dordogne a un budget un peu moindre mais a une forte action sur la langue régionale. Il faut donc aller investir là où il y a du potentiel inexploité.

Combat titanesque

Quel est le rôle des médias en occitan dans la perpétuation de cette langue ?

Certaines radios émettent en occitan et le conseil régional a récemment soutenu la  Web TV « Oc télé ». L’enjeu est aussi la présence de la langue dans les chaines généralistes, afin de faire en sorte que les gens s’y intéressent même si ils ne sont pas locuteurs. Ça fait partie des chantiers à venir.

En Val d’Aran l’occitan est reconnu comme langue officielle, pourquoi pas en France ? Est-ce un handicap pour développer des politiques publiques?

Oui je pense que le fait que la langue n’ai pas  le statut officiel c’est un problème pour la développer. On est régulièrement contraint par un cadre constitutionnel. C’est un impensé étatique. Je dis pas qu’il faut une politique identique pour toutes les langues mais que des engagements et une stratégie commune soient définis. Le problème de la France, c’est la peur de perdre son unité linguistique. Le nombre de locuteurs en Val d’Aran est à 86% car la langue est généralisée à l’école. Donc oui on peut dire que le statut officiel de la langue fait que la transmission est plus facile.

La France a refusé de ratifier la Charte européenne des langues régionales. Que pensez vous de l’évolution du statut des langues régionales ?

Cela stagne complètement au niveau institutionnel. Toutes les lois qui passent à l’assemblée pour aller vers davantage de reconnaissance sont désossées ou refusées. Cependant j’ai le sentiment qu’on a un modèle de métropolisation et de mode de vie qui s’essouffle. Les gens reviennent au monde rural, il y a un retour aux sources et donc aux langues. Les nouveaux arrivants dans la région sont les premiers à s’intéresser à l’occitan. C’est simplement dur en France car on a une culture politique d’égalité et non pas d’équité. Les actions en faveur des langues restent souvent au stade de l’expérimentation. C’est un combat titanesque que de maintenir une langue régionale.

L'AUTEUR
Anne-Sophie Estruch

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