Cinq dauphins remontés par un navire immatriculé à Arcachon, le propriétaire « désemparé »
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Cinq dauphins remontés par un navire immatriculé à Arcachon, le propriétaire « désemparé »

L’ONG Sea Shepherd a publié une vidéo datant du 30 août dernier où l’on voit le bateau « Voluntas Dei », un fileyeur immatriculé à Arcachon, remonter cinq dauphins dans ses filets au large de Quimper. Le gérant de la société Bretagne Aquitaine, propriétaire du navire, évoque un accident dû selon lui à la présence de plus en plus fréquente de dauphins dans les zones de pêche.

« C’est une pêche accidentelle qu’il y a eu. Pêcher un dauphin c’est un crève cœur. C’est pas notre métier ! » raconte sous couvert d’anonymat le gérant de la société de pêche Bretagne Aquitaine propriétaire du navire « Voluntas Dei ».

Durant quatre jours, un navire de l’ONG Sea Shepherd a suivi des bateaux, parmi eux ce fileyeur artisanal de 16 mètres dans le sud de la Bretagne au large de Quimper. Les vidéos publiées par l’ONG montrent cinq dauphins capturés en 24 heures par les filets du bateau arcachonnais. Cependant, seulement quatre dauphins ont été déclarés par son patron.

En effet, après une pêche accidentelle, une déclaration doit être effectuée ainsi qu’une inspection par la gendarmerie maritime. Selon Sea Shepherd, cette dernière a eu lieu dans le port de Guilvinec et le Voluntas Dei a pu repartir en mer immédiatement.

« Le patron du bateau m’a rapporté qu’en 24 heures ils ont remonté quatre dauphins, ajoute le gérant de Bretagne Aquitaine. C’est sa première pêche accidentelle. Il y en a eu deux sur un autre bateau depuis le début de l’année. Il faut savoir qu’on est le métier le plus contrôlé du monde. Tous les jours, on fait nos déclarations de pêche. Bien sûr, on ne fait pas exprès de pêcher des dauphins, mais ça arrive. »

11 300 dauphins tués en 2019

Pour le gérant de cette société, les pêcheurs font face depuis trois ans à une recrudescence des dauphins en mer. Pour lui, c’est la conséquence d’un maillon de la chaîne alimentaire qui est en train de se reconstruire. Les zones de pêche du merlus se retrouvent sur les zones où les dauphins chassent les sardines et les anchois. « Désemparé » devant cette situation, il reconnaît ne pas avoir de solution efficace.

« Les pingers (répulsifs acoustiques, NDLR), on ne sait pas si c’est efficace. La solution drastique proposé par les associations, c’est d’arrêter la pêche. Bien sûr, on ne veut pas arrêter, c’est notre métier ! Mais aujourd’hui, on n’a aucun moyen de détecter les dauphins en mer et on ne sait pas comment ils sont pris dans nos filets. On vit d’une ressource naturelle donc on veut pas flinguer notre métier. Le bateau devait être dans une zone avec beaucoup de petits poissons et les dauphins aussi. »

Les pingers sont une solution décriée par Sea Shepherd. Pour l’ONG, celle-ci revient à faire mourir de faim les dauphins et donc ne résoud pas le problème. Dans un communiqué de presse du 4 septembre, la présidente de la branche française, Lamya Essemblali exprime sa colère.

« En France, une permissivité scandaleuse de l’État est donnée aux navires de pêches. Un véritable permis de tuer les espèces protégés. »

Dauphin dans les filets de Voluntas Dei (Capture écran)

En 2019, 11 300 dauphins ont été tués et seulement 4 déclarations ont été effectuées. De ce fait, l’ONG soupçonne le Voluntas Dei d’avoir effectué les déclarations uniquement parce que sa pêche a été filmée. Au mois d’août dernier, des cadavres de dauphins ont été retrouvés sur de nombreuses plages de France et d’année en année le phénomène empire.

La France condamnée

A Rue89 Bordeaux, la directrice de Sea Shepherd France affirme par ailleurs avoir compté 49 requins remontés par le Voluntas Dei durant ces quatre jours. La vidéo n’est toujours pas diffusée.

Sea Shepherd avait fait condamner le 2 juillet 2020, l’État devant le tribunal administratif pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour protéger les dauphins des engins de pêches. Les scientifiques alertent sur le fait que la mortalité des dauphins ne doit pas dépasser 1% de la population pour assurer sa survie. La commission européenne a donné à l’État jusqu’au 2 octobre pour respecter les recommandations des scientifiques.

Parmi elles, il y a la fermeture saisonnière dans le Golf de Gascogne, où l’ONG mène depuis 2018 une surveillance, appelée Dolphin ByCatch, pour traquer les engins de pêche susceptibles de pêcher des dauphins. Une seconde mesure est l’obligation d’installer des caméras axées sur les filets de pêche pour pouvoir documenter l’impact réel de la pêche sur le milieu marin.

« Alors que 588 millions d’euros de fonds européens ont été alloués à la France pour entamer la reconversion écologique du secteur, une bonne partie de cet argent n’a toujours pas été utilisé et nous demeurons le pays qui tue le plus de dauphins en Europe, une véritable honte », s’insurge la présidente de Sea Shepherd France.

Le navire de Sea Shepherd étant en avarie de moteur, une cagnotte a été ouverte sur la plateforme Go FundMe pour aider à financer les réparations et repartir en mer le plus rapidement possible.

L'AUTEUR
Anne-Sophie Estruch

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