Virus, le jeu-spectacle sur la pandémie dont vous êtes le héros
Culture 

Virus, le jeu-spectacle sur la pandémie dont vous êtes le héros

Après le jeu en ligne le week-end dernier, le public peut participer en live à Virus, jusqu’au samedi 16 octobre au Carré de Saint-Médard-en-Jalles. Présenté dans le cadre du FAB, ce spectacle de Yan Duyvendak, conçu avant l’épidémie de Covid-19, invite ses spectateurs à prendre le contrôle pour lutter contre une épidémie.

C’est avant la survenue de l’épidémie de Covid-19 que Yan Duyvendak a créé Virus, performance hybride entre spectacle, escape game et jeu de plateau, avec l’aide de concepteurs de jeu et un médecin. Adepte des formes interactive – Please, continue (Hamlet), est ainsi un spectacle‑procès mobilisant le public -, l’artiste néerlandais est parti de simulations de pandémie bien réelles :

« L’Union européennes avait fait ces simulations en 2017, riche de l’expérience d’Ebola, pour entrainer des responsables de gouvernement, notamment d’Afrique du Nord, à réagir face à une nouvelle pandémie. Le docteur Philippe Cano, qui en était chargé, est un ami, et lorsqu’il qui m’en a parlé, je me suis dit « Waouh ! ce serait génial de les transposer en un jeu pour 100 personnes ! »

Tout était prévu

Mais, et l’expression n’est ici pas usurpée, la réalité a rattrapé la fonction, poursuit le metteur en scène qui réside entre Genève et Marseille, déjà passé par le Carré et par le FAB :

« Lorsqu’on a fait les derniers tests avec du public en novembre 2019, un médecin nous dit qu’il se passe en Chine un truc qui craint… Pendant le confinement, on a relu le matériel préparé pour le jeu, et tous les scénarios y étaient. On a d’abord pensé qu’on allait arrêter le projet car il n’y allait plus y avoir de distance avec le sujet, et que ce serait trop dur pour les gens. »

Finalement, la première française s’est tenue ce jeudi au Carré (NDLR : nous n’avons pas pu y assister), après des représentations aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse. Et les réactions du public sont bien différentes des tests initiaux, reprend Yan Duyvendak :

« L’an dernier, les gens trouvaient ça amusant et dystopique, mais restaient un peu distant, on avait du mal à les impliquer, et on devait en rajouter dans la tension, avec des nappes musicales « dark ». Ils nous disaient aussi qu’ils n’avaient pas assez de connaissances sur le sujet. Désormais, ces critiques n’ont plus cours et l’angoisse est naturellement là… Mais on n’a rien changé au jeu lui-même, sauf le rôle de la population. »

Virus à Groeningen (DR)

Règles du jeu

Le public est en effet réparti en petits groupes – chargés de la communication gouvernementale, de la santé, de la recherche, de la sécurité, journalistes… -, ayant des impératifs à respecter, des collaborateurs et des flux de personnes à gérer, et des décisions à prendre qui changent le scénario du jeu-spectacle. Dans la version initiale, la population « ne faisait à peu près rien », et le metteur en scène a souhaité changer la donne :

« Les gouvernements avaient toutes les cartes en main, et on s’est dit que la population était le parent pauvre alors qu’elle a un énorme rôle à jouer : quel type de confinement veut-elle ? Est-ce qu’elle réagi ou pas aux décisions qui lui sont imposées ? Quel monde d’après souhaite-t-on ? »

Catharsis ludique

A l’issue du spectacle, ou un débriefing a systématiquement lieu, l’artiste constate que « les gens on tellement besoin de parler que cela devient cathartique » :

« Les discussions durent longtemps, et cela donne des débats animés et respectueux. Du moins dans les autres pays, on verra comment ça se passe en France (cet entretien s’est tenu jeudi, avant la première, NDLR). »

Et ce que les spectateurs-joueurs retiennent d’une « pièce sur l’autonomisation et la désobéissance civile » :

« En fait, chaque groupe doit désobéir aux impératifs qui lui sont donnés s’il veut gagner le jeu. Un ministre de l’économie n’a par exemple aucun intérêt à vouloir fermer les frontières, et pourtant les conséquences seront plus catastrophiques pour ses propres intérêts s’il ne le fait pas. »

Cela n’empêche pas les gens de « rigoler beaucoup », poursuit Yan Duyvendak :

« Il y a de la tension, car le sujet est grave, mais le public trouve ça aussi drôle et ludique. L’ambiance change tous les jours en fonction de l’actualité. Si les gens ne sont pas enragés maintenant, je ne comprends pas ! »

Virus est à voir et à jouer ces vendredi 16 octobre et samedi 17 octobre, au Carré de Saint-Médard-en-Jalles.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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