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L’heureux Noël de Tao en Gironde, un cheval-artiste qui échappe à l’abattoir
Bonne nouvelle 

L’heureux Noël de Tao en Gironde, un cheval-artiste qui échappe à l’abattoir

par Audrey Gleonec.
Publié le 28 décembre 2020.
Imprimé le 01 août 2021 à 14:52
1 919 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

C’est la première des « Bonnes nouvelles 2020 » pour finir l’année avec le sourire. C’est un conte merveilleux dont le héros est un cheval, ancienne vedette d’un théâtre français, qui vit ses derniers jours en Gironde où il est assuré de ne pas finir dans une boucherie ou encore dans les aliments pour animaux.

Madame Brun, présidente de Cheval espoir 33, une association girondine chargée de recueillir les chevaux mis en retraite ou abandonnés, rapporte :

« Ce n’était pas évident de placer un cheval comme lui. Tout d’abord parce qu’il est entier (non castré, NDLR), cela peut faire peur mais aussi parce que c’est un percheron, un cheval lourd. Il est certes interdit à la consommation humaine mais cela ne lui garantissait pas d’échapper à la boucherie. Il existe toujours des circuits frauduleux de la viande de cheval. » 

En effet, quand les chevaux ne peuvent être envoyés à l’abattoir pour la boucherie, généralement en Italie, ils partent par d’autres circuits où leur viande est utilisée pour fabriquer des aliments pour chiens. C’est le triste sort qu’a connu Gallien, fils du célèbre Silver Shadow Sheik, premier percheron américain diligencier importé des Etats-Unis dans le but d’alléger le modèle du percheron français. Vendu pour sa retraite à un particulier pour la somme dérisoire de 200 euros. Il finira envoyé à la boucherie peu de temps après ! 

La nouvelle vie de Tao dans une prairie de l’Entre-Deux-Mers (AG/Rue89 Bordeaux)

Le théâtre du Centaure

Créé à Marseille en 1989 par Manolo, rejoint par Camille en 1992. La troupe compte une quinzaine de chevaux, ainsi que des artistes. A l’origine de cette formation un rêve d’enfant, celui d’être un centaure. Des poèmes visuels comme Cargo, en passant par le Land art avec Animaglyphe, ou encore la performance avec les Surgissements, le théâtre se démarque par son oeuvre éclectique autour du thème du Centaure. Aujourd’hui installé en zone urbaine sensible, c’est un lieu qui fait le lien entre la Ville et la Nature, tout comme la figure du centaure entre l’Homme et l’animal.  

Tao, lui, appartient au Théâtre du Centaure une compagnie de spectacle où on entretient une relation particulière avec les chevaux. Manolo, fondateur du théâtre, mais aussi cavalier-artiste, explique : 

« Nos chevaux font partie de notre famille. Si certains finissent leur vie au sein du théâtre, d’autres sont mis en retraite chez des particuliers. Pour tous nos chevaux, on fait en sorte de les accompagner jusqu’au bout et de les suivre. L’un d’eux a par exemple été offert à l’école du Domaine des Possibles qui appartient aux Editions Actes Sud. »

Pour Tao, un cas peu exceptionnel en raison de son gabarit, le théâtre a fait le choix de passer par l’association Cheval espoir 33.

Générosité, puissance et légèreté

Tao est un cheval-artiste. Il a passé pas moins de 17 ans au sein du théâtre marseillais et voyagé dans le monde entier. Sur scène, il a la vélocité d’un pur sang. Capable d’effectuer des figures de haute-école malgré sa corpulence, il démontre des qualités inattendues pour son gabarit ! Imaginez arriver à faire danser Casse-Noisette à un rugbyman du Quinze de France.

Cette performance on la doit aussi à Manolo. Homme de théâtre avant tout, il s’est formé à l’art de l’équitation auprès du maître portugais, Luis Valencia. Manolo a certes su développer le potentiel de Tao mais la très grande générosité de l’étalon et son mental d’exception ont fait le reste. L’artiste-cavalier aime rappeler :

« Tao pèse une tonne, il a un cœur aussi lourd que ma tête mais ce cœur est un cœur de générosité incroyable. Il aime bien faire, souvent même il anticipe sur une demande. »

Il se souvient de ses débuts au sein du théâtre et poursuit :

« C’était la première fois que j’avais un cheval lourd à travailler. J’ai toujours pris soin de le garder léger. Il a une motricité exceptionnelle pour un cheval de cette corpulence. Je le travaillais avec un mors léger pour poulain. J’aimais cette sensation d’être comme un fétu de paille sur son dos, emporté par cette masse puissante. »

Un cadeau d’une tonne

Cheval expressif, vibrant avec beaucoup d’influx, Tao ne cessera jamais d’émerveiller l’ancien directeur du Haras du Pin, Bernard Maurel, qui continuera longtemps de suivre sa carrière et de prendre de ses nouvelles. C’est en effet dans le Versailles du cheval que commence l’histoire de Tao.

En 2002, la troupe théâtre du Centaure est en tournée en Normandie. Manolo fait alors part à Bernard Maurel de son envie d’intégrer un percheron dans ses spectacles. C’est alors qu’il rencontre pour la première fois Tao, jeune cheval de trois ans mais déjà très charismatique :

« On est tombé amoureux tout de suite mais on en menait pas large avec ce grand poulain au bout de la longe », se souvient-il.

La compagnie propose immédiatement d’en faire l’achat. Peu de temps avant leur départ, coup de théâtre, Bernard Maurel, vient les voir et déclare sur un ton solennel : « Manolo, vous ne pouvez pas acheter ce cheval. » Consternation au sein de la troupe. Bernard Maurel poursuit :

« Les Haras nationaux considèrent comme valorisant pour la race percheronne que vous l’ayez au sein du théâtre du Centaure, alors on vous l’offre ! »

« C’était la première fois qu’on nous faisait un cadeau d’une tonne ! » se rappelle Manolo avec humour.

Secret et fantasia

C’est le début d’une grande aventure pour Tao et Manolo qui ne se sépareront pas durant près de 17 ans. Parmi les souvenirs forts que gardera Manolo avec son cheval , il y a ce voyage au Maroc en 2004. Le théâtre du Centaure est invité par l’Institut culturel français de Fès et de Meknès pour la préparation de Cargo, un de leur spectacle abordant le thème des migrants. A cette occasion l’Etat marocain leur confie la mission de recréer le festival du cheval de Meknès. Tao est du voyage. Manolo se rappelle avec amusement :

« Il y avait des fantasias, et quelqu’un a eu alors l’idée, un peu folle, d’inviter Tao à prendre le départ de la course aux côtés des petits chevaux barbes marocains. Si Tao peut être rapide, arriver à l’arrêter c’était autre chose. Ma grande inquiétude était de finir dans la tente caïdale, au bout, où se trouvaient les autorités marocaines. »

En spectacle il fascine. Il inspire à Manolo un solo, Secret, où l’artiste exprime à son public toute la tendresse de la relation qui les unit. Un tableau fait de délicatesse et de nostalgie. Le thème reprend une  tradition asiatique qui consiste à confier un secret au creux d’un arbre. Manolo, lui, confie ses secrets à Tao.

C’est dans cette atmosphère intime, sublimée par la musique du film In the Mood for Love, que le percheron et son maître enchaînent figures de voltige et haute école :

« Debout sur son dos, emporté au galop, j’avais l’impression de surfer sur une grosse vague. »

Le bonheur est dans la prairie

Le temps de la scène et des voyages est désormais révolu pour le percheron star du 6e art. Confié à l’association Cheval Espoir 33 et aux bons soins de sa présidente, Madame Brun, par le théâtre du Centaure, il a désormais trouvé un lieu pour profiter d’une belle retraite champêtre. Manolo raconte : 

« Il y a eu beaucoup d’appels pour Tao mais aucun de correspondait aux critères que nous recherchions. Je voulais que Tao puisse vivre dans une belle prairie car là où nous avons nos écuries, près des Calanques de Marseille, il n’y a pas d’herbe. »

Le théâtre du Centaure a fait le choix du Bordelais pour la douceur de son climat océanique, mais aussi pour la beauté de ses paysages.

Tao à son arrivée dans le Bordelais, dernière promenade improvisée entre l’artiste et son cheval (AG/Rue89 Bordeaux)

« Il fallait aussi s’assurer que la personne choisie n’ait pas de jument, chez elle ou à proximité, car Tao est un entier. Il est interdit à la reproduction afin d’éviter qu’une personne peu scrupuleuse s’en serve pour le faire saillir et tirer bénéfice de ses produits. Les installations devaient aussi répondre à certains critères de sécurité », explique Manolo.

C’est lui, qui a pris soin de l’accompagner, dans ce qui est probablement son dernier voyage. Il a transporté Tao et sa tonne depuis Marseille, jusque dans le Bordelais par une belle journée de novembre :

« J’avais besoin de voir où il allait vivre, de pouvoir me le représenter dans un paysage », explique l’artiste pour qui chaque cheval est une part de lui-même.

Sur Facebook, où l’association avait posté l’annonce pour l’adoption de Tao, l’arrivée du cheval est tout de suite repérée. Les messages affluent. Madame Brun n’en revient pas. Des témoignages de sympathie arrivent de toute part. C’est dire à quel point Tao fascine et fait encore rêver. Ainsi un internaute poste : « On souhaite une belle retraite à notre artiste préféré. » Tao fait donc une sortie de scène remarquée. C’est en artiste que les amateurs de théâtre équestre et autres amoureux du cheval se souviendront de lui.

Le percheron talentueux a finalement été adopté par un particulier qui souhaite rester anonyme. Ce dernier a toutefois fait savoir :

« Très impressionnant à manipuler, au début, Tao est en réalité un bon gros géant qui déborde de tendresse. On le croirait échappé d’un conte pour enfant. C’est le plus gros cadeau que l’on aura jamais eu pour Noël. »

L'AUTEUR
Audrey Gleonec
Audrey Gleonec
Géographe et archéologue du monde contemporain passionnée de photographie documentaire

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