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Match Anziani-Hurmic sur le loyer des Girondins au stade Matmut Atlantique
Politique  Société 

Match Anziani-Hurmic sur le loyer des Girondins au stade Matmut Atlantique

par Simon Barthélémy.
Publié le 29 janvier 2021.
Imprimé le 25 juin 2021 à 14:30
2 088 visites. 1 commentaire.

Bordeaux Métropole a adopté ce vendredi aux Girondins une ristourne de 1,46 million sur le loyer du grand stade. Faute de conditions imposées au club, détenu par le fonds de pension King Street, le groupe écologiste, mené par le maire de Bordeaux, a voté contre – une première pour la majorité rose-rouge-verte –, tout comme les élus communistes et Bordeaux en luttes. Retour sur un débat en trois tiers temps.

1 – L’avant match

Rendue publique la semaine dernière, l’information a aussitôt suscité l’incompréhension. Bordeaux Métropole s’apprête en effet à voter ce vendredi une remise partielle de 1,46 million d’euros sur les 4,8 millions versés chaque année par les Girondins pour la location du grand stade.

L’ « indisponibilité » du Matmut Atlantique, suite à l’arrêt du championnat pendant le confinement, pour les 6 derniers matchs à domicile, soit le tiers des rencontres, justifiait aux yeux de la métropole une baisse de 30% de la redevance.

« Ce cadeau est d’abord fait au propriétaire du club, King Street, un fonds spéculatif américain qui gère près de 20 milliards de dollars, a aussitôt réagi Matthieu Rouveyre. Le club est financièrement en difficulté mais son propriétaire est immensément riche, c’est à lui de faire le nécessaire, pas au contribuable girondin. »

Sorti pour l’occasion de son silence après l’annonce de son prochain retrait de la vie politique, le toujours vice-président (PS) du département de la Gironde signalait sur sa page facebook que selon la presse américaine, ce hedge fund fait partie « des 20 fonds qui se sont enrichis pendant et grâce à la crise sanitaire ».

« Je crois que l’argent public a très largement été mobilisé pour accompagner ce club, poursuit l’ex conseiller municipal de Bordeaux. La part publique consacrée au nouveau stade est de 275 millions d’euros dont 200 millions que nous remboursons chaque année pendant 30 ans. »

Une « trahison de plus » ?

Ce jeudi, Philippe Poutou, conseiller municipal et métropolitain, réagit à son tour, pointant « une trahison de plus pour les électeurs et les électrices qui ont souhaité un changement de politique à la fois à la ville de Bordeaux et à la Métropole », si les écologistes et les socialistes venaient à voter cette délibération ce vendredi. Le groupe Bordeaux en luttes rappelle en effet que « le maire de Bordeaux et premier vice-président de la métropole, Pierre Hurmic, s’était engagé à ne plus « donner 1 euro d’argent public » pour le Grand Stade.

A la métropole tenue par le socialiste Alain Anziani, le maire écolo a-t-il été mis devant le fait accompli ? C’est la conseillère municipale bordelaise Brigitte Bloch, chargée des équipements de Bordeaux Métropole, qui doit défendre dans les médias ce choix. Elle souligne notamment que la ristourne s’inscrit comme l’aide aux loyers des entreprises dans le cadre du plan d’urgence aux entreprises, et que la collectivité n’a pas accédé à toutes les demandes du club, qui souhaitait également une remise sur les matchs à huis-clos.

Bordeaux en luttes argue pourtant de son côté que la métropole n’est pas « juridiquement contrainte d’accorder cette ristourne », car « c’est bien l’Etat qui décrète l’état d’urgence sanitaire et en aucun cas la Métropole bordelaise. Si recours il devait y avoir, il serait alors dirigé contre l’Etat et non la Métropole ».

2 – L’échauffement

L’ambiance est donc plutôt tendue vendredi matin avant le conseil métropolitain. En conférence de presse, Alain Anziani, président de Bordeaux Métropole, récuse l’argument d’une responsabilité de l’Etat, et non de la métropole, bailleur du club. Selon lui, se retourner contre l’Etat nécessiterait une procédure juridique qui prendrait des années, sans garantie de résultat du fait du contexte sanitaire exceptionnel et de l’état d’urgence.

Sur le fond, l’élu socialiste tente de justifier son choix, signalant notamment que « toutes les villes et métropoles propriétaires de leurs stades » procèdent ainsi pour aider leurs clubs, à commencer par Bordeaux avec l’Union Bordeaux-Bègles (pour un loyer du stade Chaban-Delmas bien moins important).

« Cette somme de 1,46 million est très significative car le loyer est très important, observe Alain Anziani, et sa réduction de 30% n’est scandaleuse que parce que qu’il y a une confusion sur l’occupant et locataire du stade : ce n’est pas King Street, mais les Girondins de Bordeaux. S’ils avaient un droit de tirage dans la caisse de King street, cela se saurait car le club aurait une des meilleurs équipes d’Europe. Et ils ne seraient pas en train de mener un plan social pour alléger leur masse salariale. »

Sous conditions

Le club affiche en effet un déficit estimé entre 50 et 80 millions d’euros, et prévoit de licencier 26 permanents. Pour Bordeaux Métropole, pas question de tirer sur une ambulance, en conditionnant par exemple sa ristourne à certains d’autres critères, une demande faite par Pierre Hurmic. Toujours en point presse, Alain Anziani écarte cette hypothèse :

« Demander des conditions ou pas, lesquelles ? Un effort sur la masse salariale ? Les Girondins sont en train de compter leurs billets et de discuter avec leurs joueurs comme tous les clubs d’Europe le font. Le petit hic c’est qu’ils ont signé un contrat et se sont engagés sur une durée et un montant de rémunération. S’ils baissent leurs salaires, le club se retrouverait devant les prud’hommes et perdrait. »

Le maire de Mérignac n’est pas non plus emballé par une autre idée mise sur le tapis, celle d’un don du FCGB aux habitants de la métropole de 3000 places par matchs :

« Cela représenterait environ 1 million d’euros. Ce qu’on accorde d’un côté, on le reprendrait de l’autre. Et on s’est aperçu que des places ainsi données se retrouvent sur le marché noir. »

Alain Anziani semble ainsi accorder une fin de non recevoir au maire de Bordeaux. Mais en coulisse, les discussions continuent, affirme ce dernier avant le démarrage du conseil :

« Il est hors de question d’accorder une remise gracieuse s’il n’y a pas de contreparties sérieuses de la part des Girondins sur la gestion du club et la remise en cause du modèle économique, développe Pierre Hurmic. La Covid n’est que la cerise sur le gâteau des problèmes récurrent du foot professionnel, ce n’est pas le moment de continuer ce que nous faisions par le passé et d’accompagner ce modèle de surenchère et de gabegie. Un amendement est en cours de discussion, et le vote de la délibération par le groupe écologiste dépendra de l’accueil qui lui sera fait. »

Pierre Hurmic souhaite notamment que la délibération intègre une clause permettant de verser la remise dans six mois, à la lueur de trois critères : la réinvention du modèle économique et social du club, la réduction de la masse salariale des joueurs, et une aide financière au sport amateur.

3- Le forfait

Finalement refroidi, le maire de Bordeaux renonce à présenter sa « solution responsable », explique-t-il devant le conseil, en fin de journée. Il est « de notre devoir de veiller à santé financière et à la pérennité des Girondins », qui « font partie du patrimoine de Bordeaux depuis 140 ans », commence-t-il. Mais il est selon lui « inexact de dire que ses difficultés financières comme celles de plupart des clubs français sont liées à la crise », dont l’impact est « dérisoire » pour leurs budgets.

« Nous vivons la fin d’un modèle économique périmé, celui de toutes les extravagances salariales et des équipements surdimensionnés. L’outil de travail des Girondins est sous utilisé et nous payons le choix collectif de porter ce trop grand stade. Ce modèle économique est en danger, doit-on continuer à l’encourager à fonds perdus à grands coups d’aides publiques diverses ? »

Allo Longuepée

Pour le premier vice-président de la métropole cette ristourne « lourde pour nous dans tous les sens du terme. Et elle est en même temps insignifiante pour un club dont le déficit va frôler les 80 millions d’euros et dont la masse salariale pèse 60 millions ! Ses marges de progression se trouvent ailleurs que dans les subsides des collectivités locales ».

Taclé un peu plus tard par Fabien Robert, ancien premier adjoint, pour un « discours idéologue et dogmatique » et sur le fait que « pour la première fois dans l’histoire le maire de Bordeaux ne soutient pas son club », Pierre Hurmic réplique :

« C’est à cause d’élus comme vous, qui avez construit un stade de 43000 places suscitant un loyer jugé trop onéreux », que le club traverse cette mauvaise passe.

Le groupe écologiste décide donc de voter contre la délibération présentée par sa propre majorité, une première dans la courte histoire de cette mandature… Pour tenter sans trop y croire d’infléchir ce vote, Alain Anziani rapporte avoir joint pendant le conseil Frédéric Longuepée, le président des Girondins, et obtenu quelques engagements :

« Je lui ai demandé qu’on développe davantage les relations entre le club et les jeunes de la métropole, ils sont d’accord pour explorer ça. Et on organisera un débat avec les Girondins pour débattre du modèle économique du professionnalisme. »

Mais Alain Anziani martèle que la métropole n’a pas le pouvoir d’influer sur la politique salariale qu’il trouve « personnellement excessive », et relève que « le règlement de la FIFA interdit que le politique se mêle des affaires du foot ».

Cadeau

« On n’est pas que des vaches à lait, s’agace Pierre Hurmic. Les fédérations passent leur temps à venir nous solliciter, elles sont sous perfusion d’argent public et viennent nous dire de nous pas nous mêler de leurs affaires. C’est scandaleux et c’est précisément ça que j’ai envie qu’on change, c’est ça faire de la politique ! »

Si les applaudissements nourris, la position est cependant minoritaire. La délibération est adoptée par 65 voix pour, dont l’ensemble de la droite et du groupe Renouveau Bordeaux Métropole. Parmi les 35 voix contre, celle du groupe communiste, une position ainsi expliquée par Olivier Escots :

« Nous sommes sidérés par les contradictions avec les débats sur l’orientation budgétaire de la métropole. Ainsi la sobriété serait pour les uns et pas pour les autres. Un club détenu à 100% par un fond d’investissement n’a pas besoin de l’aide de notre collectivité. Dans les autres villes qui ont fait des remises sur les loyers, la plupart des clubs sont en Ligue 2 et leurs stades amortis. »

Sans surprise, Philippe Poutou s’oppose également à la délibération. L’élu de la gauche de la gauche fait le parallèle entre « le cadeau fait à King Street » et un locataire menacé d’expulsion de son logement social au Grand Parc parce qu’il a du mal à payer son loyer.

« La métropole pourrait proposer des ristournes de loyers pour plein de gens. On voterait pour des annulations de dette ou des délibérations mettant la pression sur les bailleurs, y compris sociaux. »

Mais pour Philippe Poutou, les logiques politiques sont respectées, avec « une partie du PS qui décide de s’accoquiner avec la droite ». La divergence d’avec sa gauche et les écologistes, également soulignée par le groupe Métropole Commune(s) n’a pas l’air de trop secouer Alain Anziani :

« Ne vous inquiétez pas pour la majorité, nous sommes capables de vivre avec nos différences, c’est une grande nouveauté. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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