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Festival « Focus », sas culturel avant la réouverture des salles à Bordeaux
Culture 

Festival « Focus », sas culturel avant la réouverture des salles à Bordeaux

par Walid Salem.
Publié le 8 mai 2021.
Imprimé le 17 octobre 2021 à 02:51
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Un nouveau festival lancé par temps de crise, il fallait oser. Le TnBA l’a fait et bien fait. En deux après-midis, neufs créations en cours, bientôt finies pour certaines, ont été présentées aux professionnels. Le rendez-vous se veut annuel et ouvert au grand public.

Ça sent bon la reprise, la réouverture des lieux culturels le 19 mai prochain, toujours sous conditions, mais quand même. Comme une hirondelle qui annonce ce printemps culturel, le TnBA a organisé un festival rare et original : « Focus ». C’est une première édition qui en promet d’autres puisque ce rendez-vous se veut annuel.

Etapes de travail, maquettes, performances, et lectures ont fait de ce « festival de la ruche » une occasion salutaire pour les artistes compagnons et invités, les jeunes compagnies et celles plus aguerries de montrer leur travail au public, professionnel de surcroît, dans le cadre des contraintes liées à la crise.

Au pas de charge, les groupes de spectateurs, séparés selon le parcours, papillonnaient entre la bibliothèque de l’estba, le studio, la salle Vauthier, la grande salle Vitez et… un tuk tuk.

Spectacle inconnu de Aurélie Van Den Daele. En une, Le Courage des oiseaux de Baptiste Amann (WS/Rue89 Bordeaux)

Tension

Première impression : tout le monde en voulait. Comédiens, programmateurs, directeurs de salles, professionnels de la culture, journalistes… n’en laissaient pas une miette. A commencer par la généreuse performance de Baptiste Amann, le bouillonnant avignonnais installé désormais à Bordeaux. Le jeune prodigue de la scène française actuelle a vidé son sac dans un « journal de bord » titré Le Courage des oiseaux, clin d’œil à Dominique A qu’il interprète d’entrée au piano.

Cette création, faite pour l’occasion, raconte la vie du metteur en scène « banlieusard ». Mails autour de ses projets, revue de presse, anecdotes de répétitions, souvenirs douloureux de séparation et disparition, doutes et coups de gueule sur des faits d’actualité, tout y passe entre haut et bas, rires et larmes, humour et tristesse.

Ce one-shot « covidé » (écrit lorsque l’auteur avait contracté le virus) ne se reverra malheureusement pas sur les planches. Les retrouvailles avec Baptiste Amann se feront au festival d’Avignon pour sa trilogie Des territoires du 7 au 12 juillet 2021.

Généreuse aussi, Aurélie Van Den Daele, metteuse en scène et directrice artistique du Deug Doen Group. À l’origine, l’artiste compagnonne devait créer Soldat.e inconnu.e de Sidney Ali Mehelleb. Finalement, pour composer avec divers aléas, dont la crise sanitaire, c’est un travail du même auteur (et comédien lumineux sur scène) mené sur la mémoire et intitulé Spectacle inconnu qui sera présenté.

Une inspection du temps d’avant (l’époque de Wonder Stevie), avant le virus, le confinement, la fermeture des frontières, est habilement mené sur la scène Vitez. Un improbable enchainement de souvenirs, d’espoirs déchus, de privations sans explications, et de luttes « signées le peuple », surprend le spectateur et le prend de court par un flot d’émotions.

Cette étape présentée comme « faille temporelle » n’est pour l’instant pas annoncée au TnBA. Soldat.e inconnu.e sera en revanche sur les planches du théâtre bordelais du 15 au 20 novembre.

Sola Gratia, Mine de rien, et Un poignard dans la poche (WS/Rue89 Bordeaux)

Émotions

Des émotions, il y en a aussi dans Sola Gratia. Sur ce registre, Yacine Sif El Islam livre ce qu’il a de mieux : l’intime et ses convictions. Carrefour à lui seul de couleurs de peau « ni blanc ni noir », de religions musulmane, catholique et « juive par amour », ce « sale pédé » exorcise ses peines, sur scène, avec son compagnon Benjamin Yousfi, tous deux victimes d’une agression homophobe le 3 septembre 2020 à Bordeaux. L’ancien élève de l’éstba ouvre avec son récit une boîte de Pandore qui fait jaillir les blessures passées sans fard et sans filtre.

D’autres anciens élèves de l’éstba sont de la partie. Jérémy Barbier d’Hiver est venu présenter son texte Mine de rien (à retrouver pour la saison 2021-2022). Ce qui était annoncée comme une lecture s’est révélée être la première partie du spectacle au ton juste avec une présence que seule Julie Teuf, elle aussi de l’éstba, sait apporter. On retrouve le charismatique comédien dans une autre présentation de Les Rejetons de la Reine (tous issus de l’éstba) d’un très fin texte de Simon Delgrange, Un poignard dans la poche, qui sera sur la scène du TnBA en octobre 2021.

Paradeisos est aussi à ranger au rayon spectacles prometteurs. Cette création « pour appartement » de et avec Julien Duval, et Carlos Martins, rebondit sur la fameuse conclusion de Candide de Voltaire, « Il faut cultiver notre jardin ». Partant de là, une compilation cynique et drôle fait le tour de toute la littérature consacrée à ce qui était un paradis sur terre, jusqu’à l’arrivée d’Adam, Eve, la pomme, et le potager. Ce qui sera « le début de la fin de l’humanité », est prévu du 9 au 13 novembre 2021 au TnBA.

Paradeisos, Qui a cru Kenneth Arnold ? et Herculine Barbin (WS/Rue89 Bordeaux)

Exister

Encore un pur produit de l’éstba, le Collectif Os’o, est accompagné de Riad Gahmi pour Qui a cru Kenneth Arnold ?. Présenté ici au stade préparatoire et déjà déjanté, les Bordelais s’attaquent à une « croyance, et non pas une science » : l’Ufologie. Ce phénomène à la croisée des fantasmes et des fake news est exposé sous forme d’une vraie-fausse conférence avec tout ce que l’exercice apporte de matière à l’auto-dérision. Avant de retrouver cette création au TnBA, le Collectif Os’o y présentera X du 8 au 12 juin 2021.

Une autre « lecture à la table » est faite pour Herculine Barbin de Catherine Marnas avec la complicité de Vanasay Khamphommala. Cette création, au balbutiement de l’écriture, est prévue du 11 au 22 janvier 2022. Elle se veut une réflexion sur la transition à travers une vie commencée femme et terminée homme d’un personnage du XIXe siècle.

Et enfin Fortune Cookie de Monique Garcia. Si le nom vous dit quelque chose, c’est normal ; elle est la co-fondatrice du Glob Théâtre qu’elle dirige aujourd’hui avec Anne Berger. Elle a mis son tout petit monde, théâtre minuscule et mobile, sur un tuk tuk pour une performance à retrouver cet automne au Festival international des arts de Bordeaux Métropole (FAB).

En tout, 9 spectacles. Et il fallait bien deux après-midis bien remplis pour les enchainer. Le pari était audacieux et il est remporté. Comme entendu de la bouche d’un comédien : « ça fait du bien de se voir, ça fait exister. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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