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Butrint Popaj, 38 ans, père de deux enfants scolarisés à Bordeaux, menacé d’expulsion
Société 

Butrint Popaj, 38 ans, père de deux enfants scolarisés à Bordeaux, menacé d’expulsion

par Victoria Berthet.
Publié le 28 septembre 2021.
Imprimé le 01 décembre 2021 à 04:45
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Installé en France depuis 10 ans avec sa famille, Butrint Popaj, originaire du Kosovo, a été placé en rétention administrative le 23 septembre dernier. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, il attend cette semaine la réponse de la cour administrative d’appel à son recours. À Bordeaux, où il vit parfaitement intégré avec sa femme et ses deux enfants, des parents d’élèves se mobilisent pour interpeller élus et représentants de l’État.

Il vient tout juste de sortir de rétention administrative. Lundi 30 septembre, Butrint Popaj, libre, a rejoint le rassemblement de soutien organisé devant les grilles de l’école André-Meunier, à Bordeaux. Placé au Centre de rétention administrative (CRA) le 23 septembre dernier, il risquait d’être expulsé vers le Kosovo dès le lendemain.

Après avoir déposé un réexamen de sa demande d’asile le soir même de sa mise en détention, il a été libéré ce lundi après une audience devant la cour d’appel de Bordeaux. Seulement, Butrint Popaj est toujours soumis à une OQTF (obligation de quitter le territoire français), dont le maintien ou non devrait être prononcé cette semaine par la cour administrative d’appel de Bordeaux.

« Un vol pour le Kosovo m’attendait »

Butrint Popaj, malgré une demande de régularisation entamée en 2019, est expulsable depuis le 28 janvier dernier. Cependant, domiciliée au Centre d’accueil d’information et de rétention (CAIO), la famille n’a eu connaissance de la mesure administrative que tardivement :

« J’ai su que j’avais une OQTF lors d’un contrôle routier banal, indique-t-il. C’était le 28 mars et j’ai été assigné à résidence pendant 45 jours. J’ai pointé toutes les semaines au commissariat, j’ai respecté la procédure. Mes deux enfants sont nés en France, ils ne parlent que le français. Avec ma femme, nous avons été bénévoles aux Restos du coeur. Ma vie, et celle de ma famille, est ici. »

La famille Popaj, lors du rassemblement de soutien à Bordeaux (VB/Rue89 Bordeaux)

Le 26 août dernier, Butrint Popaj et sa famille ont été expulsés du squat dans lequel ils vivaient. Le père de famille est arrêté et placé en détention au CRA. Il sera libéré deux jours plus tard, suite à la saisie du Juge des libertés et de la détention. Pour 28 jours, Burtrint Popaj est de nouveau assigné à résidence. Le 23 septembre, date à laquelle son assignation à résidence prenait fin, il est placé en détention alors qu’il venait pointer au commissariat :

« Un vol pour le Kosovo m’attendait le lendemain. Je me suis retrouvé menotté, comme quelqu’un qui a commis quelque chose de grave. »

Mobilisation pour une régularisation

Maître Lucile Hervouet est l’avocate de Butrint Popaj. Depuis une semaine, cinq recours ont été déposés pour retarder la sentence :

« Tous les recours qu’on peut faire devant le Juge des libertés et de la détention ne sont pas suspensifs, justifie-t-elle. Quand il a été placé au CRA et risquait l’expulsion le lendemain, j’ai fait une demande de réexamen de demande d’asile qui a permis de le garder en détention et d’éviter le vol pour le Kosovo. Il a été libéré aujourd’hui, mais l’OQTF n’est pas levée. La cour administrative d’appel doit se prononcer cette semaine. Il remplit toutes les cases pour la régularisation, notamment avec une promesse d’embauche et deux enfants nés en France, mais il reste à voir si cela peut convaincre l’autorité administrative. »

Lundi soir, devant l’école André-Meunier, des élus, dont Olivier Cazaux, maire adjoint de Bordeaux Sud, sont venus au rassemblement. Des parents d’élèves, à l’origine du comité de soutien, étaient aussi présents. Ils prennent en charge l’hébergement de la famille depuis son expulsion du squat en août dernier. Lily Royer en fait partie :

« Ce que l’on souhaite, c’est la régularisation. Les enfants de 5 et 8 ans ont toujours été scolarisés ici, la famille est intégrée. Le père a une promesse d’embauche pour être dessinateur projeteur en électricité, un métier en tension. Cela lui permettrait d’avoir un titre de séjour salarié. Le futur employeur est venu lui-même plaider auprès du Juge des libertés et de la détention. »

Lettre au Président

Dafina Popaj, la femme de Butrint, fait part d’une situation angoissante :

« C’est dur. En arrivant ici, je ne m’attendais pas à vivre tout ça. On n’est jamais rassuré, on ne sait jamais ce qui peut arriver du jour au lendemain. Je ne me vois pas faire ma vie ailleurs qu’ici, on s’est intégré dans la vie du quartier. On ne peut pas repartir à zéro. »

Les associations des parents d’élèves de l’école du Noviciat et d’André-Meunier ont adressé, dimanche 26 septembre, une lettre ouverte à des élus bordelais, parlementaires, ainsi qu’au Premier ministre et à Emmanuel Macron.

Elles veulent « comprendre comment le seul horizon que propose l’Etat à la famille Popaj, qui tente depuis 10 ans et sans autre infraction que le non-respect d’une obligation de quitter le territoire, se résume à l’expulsion sans délai du père dans son pays d’origine, le Kosovo, et au maintien de la mère et de ses 2 enfants en France, où ils pourront tous trois s’enfoncer plus encore dans la misère ».

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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