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Cédric Fauq, nouveau commissaire en chef du Capc déjà sur le pont
Culture 

Cédric Fauq, nouveau commissaire en chef du Capc déjà sur le pont

par Walid Salem.
Publié le 2 novembre 2021.
Imprimé le 01 décembre 2021 à 23:36
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Deux mois après son arrivée au Capc, Cédric Fauq propose deux expositions qui seront inaugurées ce jeudi 4 novembre à 19h. Le jeune commissaire donne le cap avec une double immersion, de près comme de loin, dans l’histoire du musée qui s’apprête à fêter ses 50 ans en 2023.

A 29 ans, et quelques solides références nationales et internationales, Cédric Fauq a intégré le poste de commissaire en chef du Capc, musée d’art contemporain à Bordeaux, le 1er septembre 2021. Deux mois plus tard, il signe déjà le commissariat de deux expositions dans les galeries du rez-de-chaussée : la première est une monographie de l’artiste britannique Olu Ogunnaike et la seconde est une exposition collective intitulée Le Club du Poisson-Lune.

Il est de coutume qu’un programme de quelques mois soit pré-établi pour laisser à la nouvelle recrue d’un tel poste le temps de trouver ses marques. Pas dans ce cas. Cédric Fauq est déjà sur le pont. « On est dans l’énergie de son arrivée » confie Sandra Patron, à la tête du musée. A croire que non seulement la réputation de « bosseur » du jeune commissaire l’avait précédé, mais il est surtout l’homme de la situation pour la directrice qui évoque « un binôme [qui] ne peut pas ne pas marcher ».

Sandra Patron et Cédric Fauq, « binôme » du Capc (WS/Rue89 Bordeaux)

L’on se souvient alors que, à son arrivée un an plus tôt, Sandra Patron relevait que l’art « a toujours représenté les mêmes communautés, toujours les mêmes zones géographiques… Il est temps de décentrer notre regard ». CQFD.

Pour décentrer le regard, Cédric Fauq invite les Bordelais dès ses deux premières propositions à un grand écart entre histoires locales et histoires globales. Les unes racontent les autres, s’instruisent et s’illustrent.

« Miettes »

Pour Olu Ogunnaike, un artiste avec qui le jeune commissaire est en lien depuis ses années vécues outre-manche, c’est sur l’histoire du musée que rebondit le regard pour faire face à la question des traites négrières, l’abolition de l’esclavage et de ses conséquences. Pour sa première exposition personnelle en France, Olu Ogunnaike inspecte littéralement la mémoire du bâtiment en partant de sa charpente en bois, jusqu’à la forêt des Landes d’où est originaire Joseph Lainé, le vicomte qui a donné son nom à l’entrepôt des denrées coloniales.

Cette exposition, intitulée « Miettes », est le fruit d’un processus qui implique le bois à chaque page d’histoire tournée par l’artiste britannique. D’abord poncer les poutres du bâtiment du musée, en récupérer la poussière et la transformer en encre pour narrer de nouveaux événements. Ou encore s’approprier un objet, un casier à vin, pour rappeler les connexions entre économie de plantation et économie viticole au lendemain de l’abolition de l’esclavage, et trouver par ce biais un nouveau moyen pour construire sur les cendres du passé.

Dans cette exposition, la pratique artistique d’Olu Ogunnaike déploie ses diverses expressions, allant de la sculpture, à la gravure, la performance et l’installation. Travaillant une nouvelle fois le bois comme matériau essentiel, il y révèle les notions historiques des communautés et l’évolution des récits de l’histoire sociale.

« Le Club du Poisson-Lune »

Dès son arrivée, Cédric Fauq s’est plongé aussi bien dans les archives du Capc que dans le milieu artistique local. De cette immersion, est née l’exposition « Le Club du Poisson-Lune ». Elle emprunte son nom à un café-théâtre bordelais créé par un groupe mené par Jean-Louis Froment en 1967 au 94 rue Camille-Sauvageau. Lieu d’expérimentation et de convivialité, il était le précurseur des expositions et performances présentées par Jean-Louis et Josy Froment dans la cave de la Galerie du Fleuve, cours du Chapeau-Rouge, avant la création du Capc en 1973.

L’exposition permet ainsi d’imaginer les potentiels qui ont nourri le musée avant qu’il ne prenne la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Dans les travaux des artistes invités, dont une partie sont du cru, dialoguent diverses disciplines dans l’effervescence et la convivialité d’une création libre qui sollicite écriture, poésie, performance, musique et œuvres plastiques. Le lieu, dont la scénographie est signée par le duo d’artistes Deborah Bowmann, offre quatre espaces distincts – le vestibule, le salon, le fumoir et la scène – et permet une déambulation aux membres du club, c’est-à-dire les visiteurs.

A travers cette proposition, Cédric Fauq rend un premier hommage à l’institution qui l’accueille et qui s’apprête à fêter ses 50 ans en 2023. Un cinquantenaire auquel Le Club du Poisson-Lune semble faire office de préambule.

Cédric Fauq (photo Frédéric Deval)

A venir

Parmi les autres projets en cours de Cédric Fauq, l’exposition « L’Académie des Mutantes » proposera en avril 2022 de penser le monde contemporain par le biais de l’art, et notamment ses formes les plus éphémères et performatives. En septembre 2022, l’artiste vietnamienne Sung Tieu sera invitée pour l’exposition « Amour Systémique ». En octobre 2022, la nef du Capc sera investie par « Barbe à papa : l’invention de la fête », une exposition en trois actes qui partira du postulat que la fête foraine et l’exposition d’art partage la même origine : la foire.

Après une jeunesse dans la région de Toulouse, Cédric Fauq a étudié à Paris où il a obtenu en 2014 une licence Métiers des arts et de la culture (MAC) à l’Université Panthéon Sorbonne. En 2015, il a suivi des recherches à l’École des hautes études en sciences sociales et obtenu en 2017 un master de commissariat d’exposition en art contemporain au Royal College of Art de Londres. Il est curateur la même année à Nottingham Contemporary où il a co-signé l’exposition « Still I Rise: Feminisms, Gender, Resistance, Act 1 ». En 2018, il est membre de l’équipe curatoriale de la Baltic Triennial 13. En 2020, il est commissaire au Palais de Tokyo et participe à la conception de l’exposition Anticorps. Il y prépare actuellement la rétrospective Sarah Maldoror (novembre 2021) avec François Piron et l’exposition d’Aicha Snoussi (printemps 2022).

Vernissage « Miettes » et « Le Club du Poisson-Lune » jeudi 4 novembre à 19h. Plus d’infos en cliquant sur ce lien.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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