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Les auteurs de violences conjugales suivis par un nouveau centre à Bordeaux
Société 

Les auteurs de violences conjugales suivis par un nouveau centre à Bordeaux

par Victoria Berthet.
Publié le 26 novembre 2021.
Imprimé le 08 décembre 2021 à 13:30
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Jeudi 25 novembre, le centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales centre Nouvelle-Aquitaine (CPCA) a été inauguré à Bordeaux, au sein de l’hôpital psychiatrique Charles Perrens. Né à l’aune du Grenelle des violences conjugales, ce centre assure une prise en charge globale des auteurs dans une perspective de limite de la récidive, mais aussi de suivi sanitaire et social.

Son emplacement exact sur le site de l’hôpital Charles Perrens, est confidentiel. Ouvert depuis l’été dernier, le Centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales centre Nouvelle-Aquitaine (CPCA) a été officiellement inauguré ce jeudi 25 novembre. Depuis juin dernier, il accueille des auteurs de violences conjugales, dans le cadre d’un suivi socio-judiciaire ou de demandes spontanées.

À la suite du Grenelle des violences conjugales, en septembre 2019, des appels à projets ont été lancés pour l’ouverture de structures dédiées à la prise en charge des auteurs. À Bordeaux, c’est celui du centre hospitalier Charles Perrens et de l’association SOS Solidarités qui a été retenu. En Nouvelle-Aquitaine, deux autres CPCA sont implantés à Limoges et à Pau, au nord et au sud de la région.

Présentation du CPCA, à Charles Perrens (VB/Rue89 Bordeaux)

Victimologie et criminologie

À Bordeaux, le centre a la spécificité d’être piloté par deux pôles de Charles Perrens : le Centre régional psychotraumatisme sud Nouvelle-Aquitaine (CRP) et Erios, l’unité dediée à la prise en charge des auteurs de violences sexuelles. Chantal Bergey est la responsable du Centre psychotraumatisme :

« Il est logique que nous ayons la volonté de travailler ensemble, puisque la victimologie trouve ses origines au sein même de la criminologie. La lutte contre les violences conjugales ne repose plus désormais seulement sur la victime. Les mentalités ont évolué tout comme les politiques publiques. L’éradication des violences conjugales, intrafamiliales ou sexuelles, ne peut faire l’économie de toutes les formes de prévention. »

Le CPCA a pour objectifs la prévention de la récidive, mais aussi celle du passage à l’acte. Les auteurs suivis dans le centre ne sont pas nécessairement placés sous main de justice. Le centre suit également des personnes qui se présentent spontanément, conscientes de leur « potentiel de violences ».

Dépistage

Florent Cochez est psychiatre et médecin légiste. Il dirige l’unité Erios, spécialisée dans le suivi des auteurs de violences sexuelles :

« L’intérêt du soin est à deux niveaux : d’abord, organiser un dépistage de différents troubles qui pourront être pris en charge dans des filières déjà existantes. Après le dépistage, il s’agira d’investiguer la personnalité de l’auteur, son passage à l’acte, mais aussi sa vision des relations de couple, de la masculinité et de la féminité… »

Présente lors de l’inauguration du CPCA, Frédérique Porterie, procureure de la République de Bordeaux, a fait état d’une « explosion » de plaintes pour violences intrafamiliales depuis deux ans :

« En 2019, nous avons recensés 1 900 plaintes. En 2020, ce nombre est passé à 2 459. Au 30 octobre 2021, alors que l’année n’est pas finie, nous sommes à 2 700 plaintes. Trop longtemps, les victimes ont été les grandes oubliées des procès pénales. Mais pour les auteurs, ça reste compliqué pour la justice. Il est difficile, par exemple, de trouver des places d’hébergements pour évincer les auteurs de leurs victimes lors d’un flagrand délit, quand ils sont en attente d’une convocation. »

Une capacité d’accueil déjà dépassée

Pour l’heure, l’équipe du CPCA à Bordeaux est composée, notamment, d’une psychologue, d’un psychiatre, d’un éducateur spécialisé, de directeurs adjoint et administratif. Le centre assure un suivi en ambulatoire, aucun lit n’est « dédié » aux auteurs de violences conjugales en psychiatrie.

Seulement, depuis juin, la capacité d’accueil a été dépassée, comme l’a expliqué Chantal Bergey :

« Le projet du centre a vu le jour avant l’explosion des violences intrafamiliales, notamment pendant le confinement. Il a été dimensionné pour suivre une trentaine d’auteurs de violences conjugales à l’année. Mais depuis son ouverture en juin, nous avons dépassé cet objectif. Nous ne nous attendions pas à avoir autant de suivis longs et situations complexes à évaluer. »

Avec un budget annuel de fonctionnement d’environ 400 000 euros, la question des moyens « va se poser ». Le CPCA espère, notamment, ouvrir un nouveau poste d’infirmier.

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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