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11000 exilés d’Ukraine pourraient trouver refuge en Nouvelle-Aquitaine
Société 

11000 exilés d’Ukraine pourraient trouver refuge en Nouvelle-Aquitaine

par Simon Barthélémy.
Publié le 23 mars 2022.
Imprimé le 01 juillet 2022 à 07:41
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Les services de l’État ont présenté ce mardi à Bordeaux un dispositif visant à simplifier les démarches pour les déplacés ukrainiens, de la délivrance de l’attestation de protection temporaire à la recherche d’un travail. Si plusieurs centaines d’exilés sont déjà arrivés en Nouvelle-Aquitaine, la préfecture de Région veut préparer l’hébergement de milliers d’autres dans les prochaines semaines. Et elle compte pour cela sur l’accueil chez l’habitant.

Quelle sera l’ampleur de l’exode en France des ukrainiens fuyant l’invasion russe ? Sans doute plusieurs centaines de milliers, pronostique le gouvernement, qui s’emploie à débloquer des places d’hébergement. En Gironde, ce sont pour l’heure 206 personnes qui ont été hébergées chez l’habitant, et 572 qui se sont inscrites sur le site internet de la préfecture pour en bénéficier.

« Mais on s’attend dans les mois qui viennent à recevoir 11000 personnes en Nouvelle-Aquitaine », indique Fabienne Buccio, comparant ce chiffre aux 16000 migrants répartis dans la France entière après le démantèlement des camps du Nord, à Calais. « Il faut donc qu’on s’organise au mieux pour gérer cet afflux, sans toucher aux places d’hébergements d’urgence et dans les CADA (centres d’accueil de demandeurs d’asile) dont nous avons besoin », poursuit la préfète de la Gironde.

Pour cette dernière, « il faut créer un autre type d’hébergement » pour les personnes déplacées d’Ukraine – les services de l’État n’utilisent pas le terme de réfugiés puisqu’elles n’en ont pas le statut officiel. Afin de faire face aux « arrivées massives » attendues, trois hubs capables d’accueillir chacun 200 personnes vont donc être créés à Bordeaux, Limoges et Poitiers, où elles pourront être hébergées 48 heures.

La solidarité des particuliers

Elles seront ensuite aiguillées vers de plus petites unités, appelées sas, qui logeront une cinquantaine de personnes. Une trentaine de ces structures seront créés dans tous les départements de la région, pour un séjour de quelques jours ou semaines, avant que les exilés ne soient accueillies dans des institutions ou des familles.

Le dispositif reposera donc grandement sur la solidarité, alors que 4760 places d’hébergement solidaire ont déjà été recensées en Gironde, 18000 en Nouvelle-Aquitaine. Toutes ces offres passent par les mairies, avant que France Horizon n’assure pour le compte de l’État l’appariement avec les demandes d’hébergement, explique Stéphanie Casula, directrice régionale de cette association :

« On appelle tous les demandeurs pour connaître leur situation familiale, combien ils sont d’adultes et d’enfants, s’ils ont des animaux, etc. Et on fait la même chose côté hébergeur, pour savoir notamment combien de personnes ils sont disposés à recevoir, et pour combien de temps. Puis on les met en relation, en leur demandant de nous rappeler pour vérifier que tout aille bien ».

Parcours du combattant

Par ailleurs, la préfecture s’emploie à fluidifier les démarches administratives, qui s’avèrent un véritable parcours du combattant pour les étrangers en France. Après avoir signifié leur présence sur le territoire, via un formulaire disponible sur internet, les Ukrainiens reçoivent une convocation permettant lors d’un seul rendez-vous de régulariser leur situation.

Les déplacés d’Ukraine sont reçus sur rendez-vous à la préfecture de Bordeaux, où Fabienne Buccio a présenté ce mardi le dispositif d’accueil (SB/Rue89 Bordeaux)

Ce mardi, ils sont une quarantaine à patienter dans le hall de la préfecture afin de recevoir leur attestation de protection temporaire. Toutes les personnes déplacées d’Ukraine – citoyens ukrainiens, mais aussi réfugiés et apatrides vivant en Ukraine, et ressortissants étrangers en situation régulière et dans l’incapacité de rentrer dans leur pays d’origine – bénéficient de ce dispositif exceptionnel autorisé par décision du Conseil de l’Union européenne, et en vigueur dans tous ses pays membres.

Ce titre de séjour, valable 6 mois et renouvelable jusqu’à 3 ans, ouvre en effet de nombreux droits : accès sans condition au marché du travail, protection universelle maladie et complémentaire santé (ex CMU), allocation demandeur d’asile (dont le montant, lié à la composition familiale et aux ressources, varie de 300 euros pour un adulte isolé à 900 euros pour un couple et deux enfants)…

Sans réponses

Avec l’aide d’une stagiaire d’origine ukrainienne, les fonctionnaires tentent d’éclairer les exilés ukrainiens, souvent venus à la préfecture avec la personne qui les accueille ou les épaule à Bordeaux. S’ils remercient la France, Vitalii et Ladmila se sentent un peu perdus, malgré l’aide de leur amie Anna, qui vit à Pessac.

« Il a fallu que je cherche moi-même comment trouver une aide humanitaire pour des aliments et des produits d’hygiène, et je ne trouvais pas, déplore cette dernière. Il manque un centre d’accueil des réfugiés comme il en existe ailleurs. On ne peut pas venir à la préfecture sans rendez-vous, et on ne peut pas aller à la mairie sans traducteur. »

Pour la jeune femme, ses amis « ont l’impression de ne pas avoir de réponses à toutes leurs questions » :

« Ils veulent travailler, mais ne sont pas arrivés pour l’instant à scolariser leurs enfants de 2, 5 et 13 ans, explique celle-ci. On leur a proposé un logement dans une ferme, mais ce n’est pas adapté à une vie avec des enfants. Et pour avoir un logement, il faut des garanties d’emploi qu’ils n’ont pas, ils ne peuvent donc être hébergés que chez des particuliers, or à cinq ce n’est pas évident ».

Le couple espère pouvoir regagner un jour Dnipro, bombardée par la Russie.

« On veut rentrer chez nous, mais on attend que soit sécurisé », raconte Vitalii, ingénieur mécanique de 36 ans.

Il a déjà reçu une proposition de travail, via Pôle Emploi qui tient un bureau à la préfecture. De nombreux organismes se sont rapprochés des déplacés ukrainiens pour répondre à des problèmes de manque de main d’œuvre, comme les chambres d’agriculture de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, ou l’ARS (agence régionale de la santé) pour faire face à la pénurie d’aide-soignantes.

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L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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