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Christophe Castaner à Bordeaux, « parce que la réélection d’Emmanuel Macron n’est pas acquise »
Politique 

Christophe Castaner à Bordeaux, « parce que la réélection d’Emmanuel Macron n’est pas acquise »

par Walid Salem.
Publié le 27 mars 2022.
Imprimé le 08 août 2022 à 04:09
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Faute de meeting d’Emmanuel Macron à Bordeaux, le président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale a tenu une réunion publique au Bouscat où il a chargé ceux qui talonnent son candidat dans les sondages : Le Pen, Mélenchon et Zemmour. Il a tout naturellement défendu le bilan du président de la République, « retenu au front » et empêché de faire campagne.

Françoise est venue du Bassin d’Arcachon « pour le voir ». Elle a préféré rester debout parce qu’elle n’était pas sûre de rester jusqu’à la fin, alors que quelques chaises étaient encore libres. Pierre, lui, est arrivé quelques minutes en retard et a fait la moue quand il a réalisé qu’il n’aura pas de place assise. Il pose son regard sur le groupe qui occupe le dernier rang et laisse échapper : « Ah, il y a des jeunes, c’est bien ».

Ce samedi 26 mars, la salle de l’Ermitage au Bouscat était bondée jusqu’aux cintres pour la réunion publique qui accueille Christophe Castaner, patron de la majorité à l’Assemblée nationale, en présence de Dominique David, députée en marche de Gironde, et Jean-Noël Barrot, député Modem des Yvelines.

Environ 200 personnes ont pris place, parmi elles des élus locaux et soutiens d’Emmanuel Macron, candidat à sa réélection à la présidence de la République : Thomas Cazenave, Aziz Skalli, Anne Fahmy, la députée de Bordeaux Catherine Fabre, les Modem Fabien Robert et Jacques Mangon… pour ne citer qu’eux.

Impatiente, Françoise trouve que les premières prises de parole « manquent de niaque ». Probablement déçue de ne pas assister à un meeting du candidat en bonne est due forme ?

« C’est un faux problème, Emmanuel Macron est entouré de gens qui sont capables de faire la tournée des popotes comme ça. Qu’il fasse un grand meeting, ce n’est pas ça qui va convaincre les gens. Même un débat avec les 12 candidats, je ne vois pas l’intérêt », tranche-t-elle.

« Premier quinquennat utile »

« La campagne est singulière avec un président qui n’est pas là pour la lancer », reconnaît Dominique David, première à prendre brièvement la parole, avant de laisser Jean-Noël Barrot pour un prologue plus détaillé. Celui-ci fait l’éloge d’un « premier quinquennat utile pour les Français », où « les résultats sont au rendez-vous ». Il reprend les chiffres sur le chômage que le président lui-même a avancé lors de la présentation nationale de son programme le 17 mars :

« Le taux de chômage est le plus bas depuis quinze ans, et celui des jeunes, le plus bas aussi depuis quarante ans. »

Ces chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) au quatrième trimestre 2021, sont à mettre sur le compte de l’explosion de créations de micro-entreprises (641 000 en 2021), statut connu pour son instabilité, sa précarité et sa vulnérabilité ; ainsi que sur la nette progression des contrats en alternance qui représentent largement la moitié du taux d’emploi des jeunes. Christophe Castaner vante les mérites de la réforme de l’apprentissage, « menée coûte que coûte » malgré des oppositions.

L’ancien ministre reprend les annonces d’Emmanuel Macron faites le 12 janvier, se félicitant d’un nombre d’apprentis qui a plus que doublé depuis 2017 (il s’agit en réalité de nombre de contrats d’apprentissage et un même apprenti peut signer plusieurs contrats à la suite).

« Nous sommes passés de 260000 à 700000 apprentis. Nous permettons aujourd’hui à un ferronnier de transmettre son savoir au lieu de voir une activité disparaître. Les villages se vident et c’est pour cela qu’on veut porter de type d’idées. »

Croissance toujours

Christophe Castaner octroie à son mouvement « la crédibilité de prendre des initiatives sans se laisser enfermer dans une logique de savoir si une mesure est de droite ou de gauche ». Du prélèvement d’impôts à la source (entré en vigueur le 1er janvier 2019 après une ordonnance du 22 septembre 2017), jusqu’à l’inattendu dispositif de partage des profits obligatoire pour les entreprises qui versent des dividendes inclus dans son programme 2022, en passant par la création d’un compte épargne-temps universel (monétiser les RTT, jours de congés ou bien les cumuler pour en profiter autrement), le Marcheur fustige les traditionnels bords politiques :

« Depuis que nous sommes là, nous avons tout bousculé », conclue-t-il, saluant « Emmanuel Macron [qui] m’a donné cette liberté depuis que j’ai quitté le parti socialiste ».

Christophe Castaner, Dominique David et Jean-Noël Barrot (WS/Rue89 Bordeaux)

Christophe Castaner fait un petit tour par les questions environnementales, parce que « personne ne peut se considérer comme responsable politique s’il ne considère pas l’environnement comme question primordiale » – ce que la justice a d’ailleurs rappelé à ce gouvernement en condamnant la France pour inaction climatique, et en le contraignant à réparer ce préjudice écologique. Le député trouve pourtant l’occasion de tacler le maire écolo Pierre Hurmic :

« Nous voulons poursuivre le développement du pays et nous pensons que la croissance est utile, contrairement à la décroissance prônée par quelqu’un à Bordeaux. »

Cependant, « pas de grande mesure, mais une méthode ». L’homme de Macron affirme la volonté de son candidat de baisser de 40 % la consommation énergétique de la France d’ici 2050 pour atteindre la neutralité carbone. Cette optique a été avancée par le chef d’Etat le 12 février dernier sur la base d’un rapport du Réseau transport électricité pour compenser la sortie du pétrole et du gaz, et justifier ses positions pro-nucléaire, notamment son souhait de construire six EPR (type de réacteur nucléaire) et lancer une étude pour huit autres.

« Ne rien lâcher »

Envisager l’horizon 2050 est, pour Christophe Castaner, un devoir de se projeter parce que « c’est l’honneur même de la politique ». Il dénonce parallèlement « un débat où les adversaires portent l’irresponsabilité comme slogan », ceux « qui ont érigé Vladimir Poutine en modèle ». Un coup de billard à trois bandes qui vise Marine Le Pen (18,5%), Jean-Luc Mélenchon (13,5%), et Eric Zemmour (10,5%), respectivement deuxième, troisième et quatrième dans les derniers sondages derrière le président candidat (29%). Trois candidats jugés pro-Poutine qui avaient cependant condamné l’invasion russe de l’Ukraine.

Pour vendre l’esprit de réconciliation d’Emmanuel Macron, il cite Alain Juppé alors candidat à la primaire de droite en 2016 pour l’élection de 2017 : « Je ne veux pas dresser les Français les uns contre les autres, pas de course poursuite avec le Front National. »

« Dans ces moments troubles, il faut une France forte. Et seul Emmanuel Macron peut le garantir », conclut-il en invitant l’assemblée à « ne pas croire les sondages » et « ne rien lâcher », « parce que la réélection n’est pas acquise ».

Les applaudissements sont suivis d’un échange avec la salle rapidement écourté par l’horaire du train de retour de Christophe Castaner. Ce dernier survole les questions posées sur l’enseignement et l’enseignement supérieur, la lutte contre la discrimination, le rétablissement de la tradition de l’amnistie après une élection présidentielle, ainsi qu’un rappel de la promesse « zéro SDF » du locataire de l’Élysée… un objectif jamais atteint.

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L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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