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Malgré son interdiction par la justice, l’Etat autorise la pêche d’espèces menacées dans le « Far Sud Ouest »
Ecologie 

Malgré son interdiction par la justice, l’Etat autorise la pêche d’espèces menacées dans le « Far Sud Ouest »

par La Rédaction.
Publié le 20 mai 2022.
Imprimé le 08 août 2022 à 03:39
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Le tribunal administratif de Pau a suspendu fin avril la pêche dans l’Adour de cinq espèces de poissons migrateurs (lamproies, aloses, saumon) en danger. Pourtant, la préfecture des Landes continue à l’autoriser, déclenchant l’ire des 16 associations ayant obtenu sa condamnation.

Le 22 avril 2022, le Tribunal administratif de Pau a suspendu l’arrêté autorisant la pêche au filet en amont de l’Adour de cinq espèces – lamproies (marine et lamproie fluviatile, en voie d’extinction), grande alose (en voie critique d’extinction), alose feinte et saumons (vulnérable) – dans les Landes. Il ne suspend que la pêche à la grande alose et à la lamproie marine dans les Pyrénées-Atlantique.

La justice avait été saisie par 16 associations environnementales et de pêcheurs amateurs, et une première décision de justice interdisant cette pratique avait été rendue le 9 juillet 2021.

« Le juge a retenu une violation du principe de précaution qui relève du bon sens et revêt une valeur constitutionnelle du fait de l’existence d’un risque de dommage grave et irréversible sur l’environnement », relève Sea Shepherd, une de ces associations.

Sea Shepherd souligne en effet que « l’Adour est un des rares fleuves européens qui possèdent encore des frayères à saumon ». L’ONG s’interroge :

« Mais pour combien de temps ? En effet, des filets posés dans le fleuve, en pleine zone Natura 2000, barrent la route des espèces migratrices menacées qui arrivent de l’océan et viennent en rivière pour se reproduire, stoppant ainsi une étape cruciale du cycle de vie de ces espèces. »

« Far Sud Ouest »

Alors que ces espèces sont en pleine période de migration, « nous avons pourtant constaté que la pêche a continué malgré tout sur l’Adour fluvial », indique, photo à l’appui, l’association Défense des milieux aquatiques (DMA), dans un communiqué ce mercredi 18 mai.

Contrôle par la police de l’environnement (OFB) de la capture d’un saumon par le navire « Salumax » près du pont d’Urt le mardi 17 mai 2022 (DMA/DR)

« L’attitude de la préfecture des Landes est un déni de justice », charge son président, Philippe Garcia. Dans une lettre adressée au président de l’association agréée des Pêcheurs professionnels en eau douce le 16 mai dernier, la Préfète des Landes Françoise Tahéri justifie en effet le maintien dans son département de la capture des espèces dont la pêche reste autorisées chez les voisins.

« L’article R436-37 du code de l’environnement prévoit que quand un cours d’eau ou un plan d’eau est mitoyen entre plusieurs départements, il est fait application, à défaut d’accord entre les préfets, des dispositions les moins restrictives dans les départements concernés. En application de cet article, la pêche professionnelle et amateur aux filets du Saumon Atlantique, de l’Alose Feinte et de la Lamproie fluviatile reste possible sur les seules parties des cours d’eau mitoyens avec le département » des Pyrénées-Atlantique. »

Traduction par l’association DMA :

« Respecter le jugement le moins restrictif aboutira à la violation du jugement le plus contraignant. La justice qui est sollicitée pour l’exécution de ses jugements tranchera, mais le spectacle est d’ores et déjà consternant. La Nouvelle-Aquitaine, c’est le “Far Sud Ouest”. »

« Etat voyou »

« L’État et les pêcheurs concernés par cette interdiction refusent de stopper la pêche, malgré le caractère immédiatement exécutoire de la décision de justice et les indemnisations prévues », ajoute Sea Shepherd.

« Cette attitude “voyou“ de l’État qui est pourtant garant du respect de la loi, entretient un sentiment d’impunité totale et décomplexée chez tous ceux qui portent illégalement atteinte à la biodiversité. […] Comble du scandale, Barbara Pompili, Ministre de la Transition Écologique, a engagé l’argent public pour former un recours en cassation devant le Conseil d’État le 5 Avril 2022 afin de tenter de faire annuler l’interdiction de la pêche des lamproies et des aloses. »

Défense des milieux aquatiques relève que dans le même temps, « le comité des fêtes d’Audon (Landes) a servi de l’alose, espèce ”en danger critique d’extinction”, à 800 convives le week-end dernier. Ce week-end n’a certainement pas été la fête ni pour les aloses, ni pour les générations futures qui se font dépouiller sans avoir leur mot à dire ».

L’association souhaite que les fêtes de l’alose à Audon se perpétuent, mais qu’elles soient célébrées dans le but de favoriser le sauvetage de poisson et non plus pour « sa consommation aujourd’hui anachronique ».

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