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Le réchauffement climatique accélère l’extinction du vivant en Nouvelle-Aquitaine
Ecologie 

Le réchauffement climatique accélère l’extinction du vivant en Nouvelle-Aquitaine

par Simon Barthélémy.
Publié le 24 juin 2022.
Imprimé le 05 juillet 2022 à 09:21
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De nombreuses espèces sauvages endémiques de la région sont menacées de disparaitre à cause du changement climatique, préviennent les chercheurs de Cistude Nature à l’issue d’une étude scientifique au long cours, les Sentinelles du climat. L’association exhorte les collectivités à se lancer dans une stratégie de conservation des hotspots de biodiversité, mis en péril par l’agriculture intensive ou les projets d’urbanisme ou d’infrastructure.

« Il va falloir se regrouper entre associations pour faire comprendre aux décideurs qu’il y a le feu. C’est un scénario noir : on voit des pertes d’espèces y compris dans des réserves naturelles et des sites protégées, alors les naturalistes se demandent à quoi a servi 30 ans de travail ».

Directeur de Cistude Nature, Christophe Coïc confesse donc avoir « le seum » ce jeudi lors de la présentation des résultats des Sentinelles du Climat. Cette vaste étude lancée en 2016 a entrepris de documenter l’impact du changement climatique sur la biodiversité en Nouvelle-Aquitaine.

Celle-ci confirme « que les ours blancs sur leurs glaçons ne sont pas les seules victimes » du réchauffement global qui, après les changements d’usage des terres et la surexploitation du vivant, est une cause majeure de la 6e extinction massive des espèces – la seule population mondiale des vertébrés terrestres a baissé de 68% depuis 1970.

Alors que la Nouvelle-Aquitaine est une des régions de France comportant la biodiversité la plus riche, de par la variété de ses milieux et la présence de vastes zones non occupées par l’homme (Pyrénées, cordon dunaire, landes…), elle est aussi l’une des plus exposées à l’élévation des températures – déjà +1,5° depuis 1900.

« Appauvrissement drastique »

D’où la démarche des Sentinelles du climat, un projet initiée dans la foulée du rapport Acclimaterra et soutenu par l’Union européenne dans le cadre du FEDER, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Gironde et le Département des Pyrénées-Atlantiques.

L’apollon, espèce sentinelle des montagnes (Mathieu Molières/Cistude Nature)

Pour mesurer l’impact sur les espèces sensibles à cette mutation, 182 stations ont été dispatchées dans des écosystèmes de la région afin de dénombrer les espèces animales et végétales. Et les conclusions sont sans équivoque :

« Papillons, lézards, grenouilles, marmottes, libellules, criquets et végétation de leurs habitats… Les suivis sur le terrain ne laissent pas beaucoup de place à l’optimisme. Bon nombre des espèces sentinelles du climat suivies depuis 6 ans verront leurs populations s’amoindrir, leurs aires de répartition se réduire peu à peu jusqu’à parfois disparaître. La biodiversité néo-aquitaine actuelle est inexorablement vouée à un appauvrissement drastique ».

Des espèces endémiques de la région, et typiques de certains écosystèmes (montagne, prairies, zones humides, littoral), sont d’ores et déjà affectées par l’augmentation des températures et la sécheresse. C’est le cas du Nacré de la Filipendule, explique Fanny Mallard, responsable scientifique du programme :

« En 2019, le thermomètre a dépassé les 40° ce qui a entraîné une baisse de leur présence observée dans les pelouses sèches, dites calcicoles. Alors qu’on voyait 10 à 15 individus par stations, il n’y en avait plus que 3 ou 4. Ces espèces sont pourtant spécifiques de milieux habitués à de fortes chaleurs, dans des pelouses sur des coteaux calcaires. Mais on va avoir de plus en plus de températures dépassant les 35° et elles en souffriront. »

Pas de lézard

Aussi, selon les trois scénarios climatiques déterminés par le GIEC en fonction des capacités de l’humanité à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le nacré de la flipendule est voué d’ici 2100 à une baisse de sa population allant de -50 à -97%, soit une probable extinction cause par la méditerranéisation du Sud Ouest. Idem pour l’apollon, un grand papillon emblématique des Pyrénées, et dont la chenille a besoin de neige pour s’isoler du froid l’hiver.

Le lézard ocellé, espèces sentinelles des dunes atlantiques (Matthieu Berroneau/Cistude Nature)

Ces deux espèces, très dépendantes de leur milieu, pourront difficilement migrer. D’autres ont déjà commencé à le faire, comme le lézard des murailles, très commun dans les Pyrénées : depuis 2011, il a gagné 122 mètres d’altitude, pour s’installer à plus de 2000 m, « là où seul le lézard de Bonnal, endémique de la partie centrale des Pyrénées, était présent jusqu’alors ».

Pour permettre au lézard ocellé de survivre sur la dune atlantique, qui disparait sous l’effet de l’érosion du littoral, et entraine une diminution et un morcellement de l’habitat de ce reptile, Cistude Nature travaille avec l’ONF pour créer des corridors écologiques lui permettant de se déplacer en cas de recul du trait de côte.

Landes and freedom

Les zones humides ne sont pas non plus épargnées par le réchauffement climatiques, notamment les landes. « De plus en plus sèches, elles verront une probable disparition de l’Azuré des mouillères », poursuit Fanny Mallard :

« Ce papillon se déplace peu et il y a peu de chance qu’il colonise d’autres zones. En 2017, un printemps plus chaud et sec a entraîné une diminution d’autres espèces de papillons spécifiques aux landes humides, dont le cycle biologique a été modifié, avec un développement plus précoce des larves. On fait le même constat pour la Rainette ibérique, qui a besoin de se plaquer contre la végétation pour éviter de se dessécher, et subit donc les effets négatifs de la sécheresse. »

La rainette ibérique, sentinelles des lagunes des landes (Matthieu Berroneau/Cistude Nature)

D’où la nécessité de « maintenir une diversité de microhabitats et des microclimats frais », estime l’écologue, car « la rapidité du réchauffement climatique ne laisse pas assez de temps aux espèces pour s’adapter », ni souvent d’échappatoire pour changer d’air.

Faire bouger les collectivités

L’association a identifié des hotpots de biodiversité vulnérables « qu’il serait particulièrement intéressant de protéger pour des enjeux de conservation des espèces », dans le cadre d’une stratégie régionale. La sauvegarde du triangle landais, dont les zones humides sont menacées d’assèchement des zones humides serait une priorité, estime Christophe Coïc.

« Il faut arrêter de planter du pin au bord des lagunes, ou de cultiver du maïs, car ils pompent dans les nappes phréatiques. Or il y a dans ce triangle des reliquats de l’ère glaciaire, des espèces liées à la dernière glaciation que l’on ne trouve qu’ici et dans le nord de l’Europe. »

Autre menace pesant sur le secteur : les projets de LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax.

« Oui, ce serait impactant, et on est bien entendu contre, même si les grands projets comme GPSO bénéficient quand même d’un suivi par l’Etat pour limiter leurs effets. A côté, il y a des dizaines de projets d’urbanisation, y compris dans l’agglomération bordelaise, qui impactent de manière considérable la biodiversité en artificialisant des terres agricoles, et ceux là passent sous les radars. »

Cistude Nature espère donc faire bouger les collectivités – « qui n’ont pas encore saisi l’urgence de la défense du vivant et du monde sauvage, contrairement au grand public et aux médias ». Alors que son programme vient d’être dupliqué en Occitanie, et pourrait l’être en Normandie et en Bretagne, l’association espère bien voir reconduit leur soutien financier aux Sentinelles du climat.

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Article actualisé le 24/06/2022 à 10h15
L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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