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Ces traitements « inéprouvés » des cancers qui multiplient le risque de décès par deux

Jacques Robert, professeur émérite de cancérologie biologique à l’Université de Bordeaux, signe une contribution dans le rapport de la Miviludes que Rue89 Bordeaux publie dans une version légèrement plus courte. Le spécialiste y dénonce les soins « inéprouvés » défendus « par des personnages douteux » et regrette « que plus de la moitié des patients y recourent ». Il entreprend également de démontrer l’inconsistance et le manque de sérieux de certaines méthodes.

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Ces traitements « inéprouvés » des cancers qui multiplient le risque de décès par deux

L’imagination des charlatans est sans bornes lorsqu’ils se mêlent de traiter les maladies les plus graves… Il est impossible dans ce domaine d’être exhaustif et je me contenterai de décrire quelques unes des entreprises menées par des personnages douteux, médecins parfois, hélas, pour abuser de la confiance des malades.

Certains sont isolés, mais d’autres appartiennent à ce qu’ils appellent un « mouvement de pensée » collectif et n’en sont que plus dangereux en raison de l’emprise qu’ils exercent sur leurs affidés. Il s’agit d’un problème que les cancérologues ne peuvent ignorer, car le nombre de personnes qui recourent à des traitements que l’on qualifie pudiquement « d’inéprouvés » est élevé. On estime que plus de la moitié de nos patients y recourent.

Garder la porte ouverte

Certains de ces traitements sont inoffensifs, heureusement ; d’autres sont agressifs, voire létaux, soit en raison de leur toxicité propre, soit parce qu’ils interfèrent avec les traitements prescrits par l’équipe ayant pris en charge le patient, soit enfin parce qu’ils incitent les personnes confiantes mais abusées à interrompre leur traitement.

Malheureusement, les patients qui y recourent ne se confient pas à leur médecin, craignant bien sûr sa désapprobation. Or, l’attitude du médecin n’est pas d’approuver ou d’interdire, mais d’informer le patient afin de lui donner la possibilité de choisir de poursuivre ce traitement parallèle ou de l’abandonner, de sa propre volonté.

Quand le médecin peut dire au patient : « Je ne pense pas que cela contribue efficacement à votre traitement, mais vous pouvez en prendre sans danger… en plus du traitement que je vous prescris », tout le monde est content, sauf le porte-monnaie du patient. Mais quand le médecin sait que ce traitement met en danger la santé du patient, déjà rendue précaire en raison de son cancer, ou que le patient envisage l’abandon du traitement qu’il lui a prescrit pour ne prendre que le traitement alternatif, il doit prendre le temps de lui expliquer, de lui montrer les conclusions d’études sérieuses, de tenter de le convaincre d’y renoncer.

Et s’il n’y parvient pas, il doit bien sûr laisser la porte ouverte à une reprise du traitement standard. La rupture de la communication entre le patient et l’équipe médicale est à redouter, car elle conforte le patient dans son rejet de ce qu’il appelle « la médecine officielle ».

Attitudes négatives

Il est nécessaire de ne pas confondre les traitements alternatifs, qui sont souvent suivis par des malades qui abandonnent ou ont abandonné les traitements éprouvés, avec les traitements complémentaires. On range dans cette catégorie les massages, techniques de relaxation ou de méditation, yoga, tai-chi, autohypnose, musicothérapie, aromathérapie et autres interventions bénignes qui ont pour objectif d’aider le patient à accepter sa maladie, à supporter les effets secondaires des traitements, à lutter contre son anxiété ou son état dépressif, pas de traiter son cancer.

Il est nécessaire toutefois de se méfier de certains compléments alimentaires : des substances a priori banales peuvent interférer avec les médicaments prescrits par le cancérologue, en particulier si ces derniers sont pris par voie orale.

Toutefois, les patients recevant un traitement complémentaire sont très nombreux à refuser tel ou tel traitement proposé par l’équipe d’oncologie qui les prend en charge. C’est ainsi que 7 % d’entre eux refusent la chirurgie (contre 0,1 % des patients ne prenant pas de traitement complémentaire), 34 % la chimiothérapie (contre 3,2 %), 53 % la radiothérapie (contre 2,3 %) et 34 % l’hormonothérapie (contre 2,8 %).

Ce n’est donc pas tant les traitements complémentaires qui sont néfastes que l’attitude négative des patients qui en prennent vis-à-vis des traitements éprouvés. Et c’est bien regrettable…

Les alternatives à l’étude

Les National Institutes of Health (NIH), aux États-Unis, ainsi que l’Union internationale contre le cancer (UICC) ont tenté de répertorier et de classer l’immense variété des traitements inéprouvés. Je n’essaierai pas de résumer, mais de me focaliser sur quelques exemples, en commençant par les plus anciens.

Alors que ces traitements restaient relativement confidentiels, l’arrivée de la « bulle Internet » et des réseaux prétendument sociaux a permis d’en déverser des tombereaux. Des sites innombrables vantent les mérites d’une quantité invraisemblable de remèdes miracle – on en arrive à se demander comment il se fait que plus de 150 000 personnes meurent chaque année du cancer en France, alors qu’il existe tant de merveilles.

Une remarquable étude a été réalisée aux États-Unis à l’aide des fichiers de la National Cancer Database sur près de 2 millions de patients pris en charge dans l’un des 1 500 centres américains de traitement des cancers entre 2004 et 2013. Les chercheurs se sont limités à quatre types de cancers non métastasés (donc guérissables) : sein, prostate, côlon-rectum et poumon, et ont apparié chacun des patients recevant un traitement « alternatif » à deux patients n’en recevant pas, afin d’éliminer les biais (âge, sexe, type de cancer, stade d’évolution, etc.).

Le risque de décès est multiplié par 2,5 chez les 280 patients de l’étude ayant reçu un traitement alternatif et, au bout de 5 ans, 50 % d’entre eux sont en vie, alors que 75 % de ceux ayant reçu un traitement conventionnel le sont.

Traitements « naturels »

Plusieurs types de discours sont tenus systématiquement par ceux qui proposent ces traitements inéprouvés. Le premier est qu’ils ont une approche « holistique » qui prend en charge l’individu tout entier et non le seul organe atteint. Je rappellerai que, depuis Hippocrate, les médecins considèrent l’individu comme un tout, et non comme une collection d’organes distincts.

Quand un oncologue traite un patient atteint de cancer, il prend en compte ses éventuelles pathologies associées : diabète, hypertension, insuffisance rénale ou autre. Il s’intéresse aussi à sa consommation de tabac et d’alcool, à son alimentation, à son hygiène génitale et buccale et à tant d’autres « petites » choses qui peuvent en expliquer de grandes et l’aider à établir diagnostic, pronostic et traitement.

Une deuxième revendication des « thérapeutes » (j’utilise un terme générique qui recouvre beaucoup de variantes) est qu’ils proposent des traitements « naturels », à base de plantes, et non des médicaments « chimiques ». Les oncologues ne les ont pas attendus ! C’est au début des années 1960 que plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans la recherche systématique de produits naturels, issus des règnes bactérien et végétal, dotés de propriétés anticancéreuses.

L’ethnopharmacologie, c’est-à-dire l’étude des médecines traditionnelles, a permis ainsi d’isoler des molécules actives de la pervenche de Madagascar, de l’écorce de l’if du Pacifique, de la racine de mandragore américaine, des bactéries des sables rouges de l’Adriatique, d’un arbuste chinois, et d’autres plantes : cela montre bien à ceux qui dénigrent les molécules utilisées en chimiothérapie que nombre d’entre elles sont d’origine naturelle.

Traitements « personnalisés »

Un autre leitmotiv présent dans l’argumentaire de la médecine alternative est la personnalisation des traitements. Précisément, depuis vingt ans, la connaissance de plus en plus détaillée de l’oncogenèse, c’est-à-dire de la façon dont naissent et progressent les cancers, a conduit à la recherche de médicaments susceptibles d’inhiber ces mécanismes. On espère ainsi pouvoir agir directement sur les causes du cancer, et non sur ses effets (la prolifération cellulaire), passant de la sorte d’une approche symptomatique (on lutte contre les symptômes de la maladie) à une approche étiologique (on lutte contre les causes de la maladie).

Comme les mécanismes précis de l’oncogenèse varient d’un cancer à l’autre, même au sein de grandes entités comme les cancers du sein ou les cancers du côlon, les oncologues ont développé des traitements « personnalisés » dans le cadre d’une médecine « de précision » qui identifie les anomalies moléculaires des tumeurs avant de prescrire un médicament.

On entend souvent également les tenants des médecines parallèles dire qu’ils cherchent à stimuler les défenses de l’organisme contre le cancer, ce dont la médecine serait incapable. Justement, les chercheurs y sont parvenus et, depuis le milieu des années 2010, nous disposons d’un éventail de molécules capables d’inhiber le freinage du contrôle immunitaire des cancers qu’induisent les tumeurs. Des succès spectaculaires ont été obtenus, dans le traitement par exemple des mélanomes malins et des cancers du poumon, et d’autres indications sont à l’étude.

Protocoles stricts et contrôlés

Laboratoires et oncologues se sont astreints à une chose difficile, longue et coûteuse : l’évaluation. Évaluation de l’efficacité des molécules et des traitements, évaluation de leur toxicité, évaluation de leur place exacte dans la stratégie thérapeutique de chaque cancer. Rien n’est laissé au hasard, tout est contrôlé, « validé ».

L’efficacité est recherchée d’abord in vitro (sur des cultures de cellules cancéreuses), puis in vivo (sur des souris immunodéficientes auxquelles l’on a greffé des cellules cancéreuses humaines). Et si ces tests appelés « précliniques » sont satisfaisants, la molécule est testée en clinique, sur des patients qui acceptent d’entrer dans ces essais, qui visent d’abord à établir sa tolérance (phase I), puis son efficacité (phase II), puis sa place par rapport aux traitements existants (phase III).

Ce n’est qu’à la fin de ce triple processus que la demande d’autorisation de mise sur le marché est faite, auprès des organismes indépendants que sont la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis et l’EMA (European Medicines Agency) en Europe. La sécurité des patients est toujours le premier souci de tous les acteurs du processus. Ceux qui ne se conforment pas à cette réglementation sont passibles de lourdes amendes et même de prison.

Ces protocoles stricts et contrôlés ne sont jamais suivis par les charlatans, qui clament sans la moindre preuve, sur la seule foi de « témoignages », que leur molécule ou leur invention sont efficaces et que les médicaments « officiels » sont dangereux…

L’inefficacité de la Laetrile

Dans le bref inventaire qui suit, je ne donnerai que quelques exemples de traitements inéprouvés et je rapporterai les résultats de tests réalisés selon les normes rigoureuses des essais cliniques. Je commencerai par des exemples de traitement développés sur des bases apparemment scientifiques, avant de décrire les approches « ésotériques » développées en dehors de toute démarche rationnelle.

Le laetrile a connu un engouement certain aux États-Unis dans les années 1970. La base est la croyance ancienne que le cyanure, présent dans les amandes des noyaux d’abricot, est capable de tuer les cellules cancéreuses et non les cellules normales. Une substance, l’amygdaline, rebaptisée « vitamine B17 », en a été extraite et constitue le laetrile, qui connut un rapide succès commercial ne reposant sur aucune étude sérieuse.

Une étude rétrospective a été faite, qui a conclu à l’absence de toute activité anticancéreuse. Malgré cela, sous la pression du grand public, le National Cancer Institute (NCI) a lancé un essai clinique prospectif qui s’est révélé négatif, et ses conclusions sont sans appel : « Aucun bénéfice substantiel n’a été observé en termes de guérison, d’amélioration ou de stabilisation du cancer, d’amélioration des symptômes liés au cancer ou d’allongement de la durée de vie » chez ces patients.

Par contre, des symptômes d’intoxication au cyanure ont été relevés chez plusieurs patients. Encore et toujours, via les sites Internet et les réseaux sociaux, la promotion du laetrile continue bien qu’il soit passé de mode.

Les doses toxiques des physiatrons

Les « physiatrons » sont l’invention d’un certain Dr Jean Solomidès (1911-1979), qui avait commencé sa carrière de façon honorable, avec un doctorat en médecine et une licence en sciences naturelles, puis un poste d’attaché de recherche au CNRS qui lui ouvrit les portes de l’Institut Pasteur où il travailla de 1938 à 1947.

Et puis une « révélation » est survenue, dans les années 1950, avec son cortège d’affirmations gratuites élevées au rang de « preuves ». Solomidès proposa des traitements à l’aide de peroxydes, générateurs d’oxygène, qu’il baptisa « physiatrons synthétiques », capables de détruire les cellules cancéreuses. Une des préparations avait obtenu une autorisation de mise sur le marché en France en 1952 ; elle contenait de l’uréthane, composé reconnu comme cancérogène quelques années plus tard, et fut retirée de la pharmacopée en 1984.

Il n’y a pas eu, à ma connaissance, d’essai thérapeutique contrôlé visant à évaluer l’efficacité et la toxicité de ces physiatrons, mais le contenu de ces ampoules miraculeuses a été analysé : elles contenaient des anticancéreux classiques, à des doses toxiques, ainsi que des bactéries qui n’avaient rien à y faire.

La « maison Beljanski »

Mirko Beljanski (1923-1998) avait, lui aussi, après une thèse de sciences, commencé une carrière honorable à l’Institut Pasteur où il découvrit des substances capables selon lui d’attaquer sélectivement les cellules cancéreuses.

Avec un langage ayant les apparences de la science, incluant l’ADN dont la chaîne « se déstabilise » dans les cancers, Beljanski vendait des extraits divers de plantes comme Pao pereira (d’origine amazonienne), Rauwolfia vomitoria (d’origine africaine), Ginkgo biloba (d’origine chinoise), plus ou moins présentes dans la pharmacopée traditionnelle de ces régions mais n’ayant jamais montré la moindre activité anticancéreuse.

Bien qu’il ait été condamné pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie en 1994, le petit commerce de la « maison Beljanski » continue de prospérer… Il proposa, nous dit un de ses fidèles, médecin de surcroît, « une nouvelle vision de la cancérogenèse tendant à démontrer que des extraits naturels de plantes avaient la propriété d’inhiber la synthèse des ADN promoteurs de cancers, et non celle des ADN sains ».

Ce charabia ne fait pas honneur aux professeurs de biologie qui ont formé ce médecin… Beljanski mourut d’une leucémie, diagnostiquée en 1996, dont il ne parvint pas à se guérir.

Anticorps de cheval

Les sérocytols sont des anticorps de cheval de diverses sortes, correspondant à des indications variées, vendus en Suisse par un « laboratoire » dénommé Serolab et créé par un certain Jean Thomas en 1958. Auparavant, ils avaient été vendus en France sous le nom de spécytons et certains avaient même reçu une autorisation de mise sur le marché en 1955.

Ces anticorps sont obtenus après immunisation des animaux contre divers tissus de fœtus de porc, ce qui leur confèrerait leur « spécificité » d’organe. Les trente produits vendus sous le nom de sérocytols sont présentés comme agissant sur des organes ou systèmes distincts (articulations, poumons, foie, cerveau, etc.) selon le tissu injecté pour l’immunisation ; en ce qui concerne les cancers, plusieurs types de prescriptions sont proposés pour « soutenir les traitements conventionnels ».

On trouve ailleurs que les sérocytols seraient capables d’agir « sur la cellule cancéreuse elle-même, l’anticorps venant se fixer sur l’antigène de la cellule entraînant la lyse de la cellule », mais aussi « sur l’état immunitaire de l’organisme qu’il vient stimuler qui, une fois activé, ira attaquer à son tour la tumeur cancéreuse ». Aucun de ces produits n’a fait l’objet d’une étude clinique quelconque : toutes les affirmations sont purement gratuites…

De l’urine et du sang

Les antinéoplastons sont des composés extraits de l’urine et du sang de personnes bien portantes, qui ne seraient pas produits chez les sujets atteints de cancer. Leur inventeur, Stanislaw Burzynski, de formation médicale et scientifique, a proposé des mécanismes explicatifs, d’apparence rationnelle : intercalation entre les bases de l’ADN pour empêcher l’action des composés cancérogènes, inhibition du transport de glutamine dans les cellules cancéreuses, liaison à la chromatine, inhibition de la méthylation de l’ADN. En fait aucun de ces mécanismes potentiels n’a été démontré.

Ces molécules, une fois identifiées, ont été synthétisées en laboratoire, puis testées dans des modèles précliniques ; des effets cytotoxiques ont été obtenus à très haute dose. Plusieurs antinéoplastons sont alors entrés dans des essais cliniques dans les années 1990, sous l’égide du NCI, sans le moindre résultat positif.

Cela n’a pas empêché Burzynski de persévérer et de poursuivre des essais cliniques dans le domaine des tumeurs cérébrales, plus ou moins sous le manteau, publiant des résultats positifs alors que les autres investigateurs n’obtenaient aucune réponse tumorale. Les dernières publications de Burzynski sont parues entre 2012 et 2015, sans jamais convaincre la communauté médicale.

Médecine anthroposophique

Parmi les approches reposant sur des bases totalement irrationnelles, il faut commencer par la « médecine anthroposophique ». Le gui, Viscum album, est à la base d’une préparation, pharmaceutique autant que spirituelle, appelée iscador (ou iscalor)… Il est dit que le gui se situe « entre les forces de pesanteur et de légèreté », s’opposant ainsi « à l’action des forces éthériques », donc à la prolifération cellulaire.

Ce langage est celui d’un nommé Rudolf Steiner (1861-1925), occultiste multicarte autrichien, dont l’approche consiste en « une investigation scientifique du monde spirituel, qui perce à jour les insuffisances du caractère partiel de la science et de la mystique courantes ». Les anthroposophes racontent ainsi que « la maladie est envoyée par les dieux pour nous aider à vaincre nos péchés, dans le cadre de la réincarnation ».

Dans la médecine anthroposophique, le cancer est « le résultat d’un déséquilibre entre les forces de structuration du complexe supérieur et celles de multiplication venues du complexe inférieur ». Selon un ancien adepte qui a passé plus de 30 ans sous l’emprise de l’anthroposophie, Grégoire Perra, de nombreux adeptes atteints d’un cancer « ont refusé d’être soignés en France et ont opté pour une clinique anthroposophique à l’étranger.

En guise de soins, ils y ont reçu des injections d’iscalor, de l’homéopathie et ont participé à des séances d’art-thérapie. Aucun n’est jamais revenu. Certains ont légué tous leurs biens à l’anthroposophie ». Comme d’habitude, les essais cliniques entrepris n’ont trouvé aucune activité à ces préparations ; une revue en témoignant a été publiée en 2003 .

Scientologie

La scientologie ne le cède en rien à l’anthroposophie, pour ce qui est de l’aspect pseudo-scientifique de son approche. La scientologie a été créée par un nommé Ron Hubbard (1911-1986), auteur de science-fiction qui a commencé sa carrière de gourou par la publication d’un livre consacré à la « dianétique ».

Je ne détaillerai pas le contenu des croyances diverses des adeptes, que l’on retrouve dans de nombreuses mouvances du New Age : réminiscences, réincarnation, vies antérieures, promesses de révélations, on trouve de tout. Ses nuisances sont rencontrées dans le domaine de la santé mentale, le cancer n’entrant pas directement dans son jeu, à ceci près que la scientologie exclut pour ses membres tout traitement par chimiothérapie ou radiothérapie.

John Travolta, adepte comme le sont d’autres acteurs, a pris ses distances avec la secte lorsque son épouse a été atteinte d’un cancer ; elle fut soignée au MD Anderson Medical Center (Houston, Texas), l’un des plus grands centres anticancéreux des États-Unis et, lors de son décès, l’acteur a publiquement remercié l’équipe médicale, au grand dam des scientologues…

Quand la religion s’en mêle

D’autres prétendues « religions » sévissent dans le domaine du cancer. C’est ainsi que « l’Invitation à la vie intense », classée parmi les sectes en 1995 et prétendant guérir le cancer, la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques par la prière, l’imposition des mains ou « l’harmonisation des centres énergétiques du corps » appelés chakras.

Cette secte fut fondée par une certaine Yvonne Trubert et développe un système « christo-maristo-hindouisto-naturopathico-bioénergétique ». Elle est responsable de la mort de personnes ayant arrêté leur traitement conventionnel à la suite de promesses de guérison, et l’Église a condamné cette secte qui se prétend catholique mais mêle diverses croyances en un syncrétisme étrange.

Selon elle, nous dit un sociologue des religions, Régis Dericquebourg, « la maladie est la conséquence des “blessures de la mémoire” : déceptions, manque d’amour pendant l’enfance, deuils, mauvais traitements, humiliations qui finissent par rendre malade ». Le remède est simple : « les soins passent par la guérison de la mémoire blessée et culpabilisée par un don d’amour-énergie au cours de l’harmonisation ».

D’autres mouvements à la frontière du religieux et du sectaire se préoccupent également de la santé de leurs contemporains, sans être toutefois d’une grande nocivité et, semble-t-il, sans que leurs « guérisseurs » en tirent profit. Ces mouvements sont issus d’un christianisme dévoyé, via la mouvance de la « Nouvelle pensée » et sont nés pour la plupart à la fin du XIXe siècle. Citons le « Culte antoiniste », la « Science chrétienne », la « Science divine » et bien d’autres.

« Sincères ou arnaqueurs ? »

J’arrêterai ici cette liste des approches délétères du traitement (ou du non-traitement) des cancers… Il resterait à évoquer les solutés de Vernes, le carzodelan, le H11, les acides du Dr Le Foll, les extraits de plantes carnivores, l’endothérapie multivalente, le cartilage de requin (avec le raisonnement imparable que les requins « n’attrapent pas le cancer » et sont des poissons « cartilagineux »), et bien d’autres contributions…

Nous avons assisté au cours de la pandémie des années 2020-2021 à une profusion nouvelle de charlatans, pas forcément orientés vers le traitement des cancers, mais sévissant tous azimuts. Je ne résiste pas au plaisir de vous révéler quelques néologismes ou associations verbales étranges : la cohérence cardiaque, la médecine quantique, l’aromathérapie vibratoire, la psychologie énergétique, l’immunomodulation douce. C’est délicieux : on croirait lire les délires poétiques de Léon-
Paul Fargue.

Pour conclure cette description des traitements alternatifs des cancers et de ceux qui les préconisent, posons-nous la question : faussaires ou escrocs ? Sincères ou arnaqueurs ? Difficile de savoir ce que pensent d’eux-mêmes, dans leur for intérieur, les divers charlatans que j’ai présentés. On peut suspecter, comme Caton des haruspices, qu’ils ne peuvent se regarder sans rire, surtout ceux qui ont reçu une formation médicale ou scientifique. Après tout, peu importe : le simple fait qu’ils vendent leurs poudres de perlimpinpin montre le but mercantile de leurs « découvertes ». Et ces gens-là feront fortune aussi longtemps qu’il y aura des gens pour les croire.


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